Carrelage et dallage, le haut du pavé.

  • A
  • A
Carrelage et dallage, le haut du pavé.
Partagez sur :

Des trois mots carrelage, dallage et pavé, tout Français de langue maternelle sait instinctivement en user à bon escient. Apparemment. Car il ignore certainement qu’ils peuvent se montrer interchangeables dans certain cas et que leur histoire brouillerait les pistes d’un étymologiste amateur en veine d’explications rationnelles. Mais qui démontre surtout que ces termes ont recouvert, c’est le cas de le dire, des acceptions tout à fait étonnantes.

Des trois mots carrelage, dallage et pavé, tout Français de langue maternelle sait instinctivement en user à bon escient. Apparemment. Car il ignore certainement qu’ils peuvent se montrer interchangeables dans certain cas et que leur histoire brouillerait les pistes d’un étymologiste amateur en veine d’explications rationnelles. Mais qui démontre surtout que ces termes ont recouvert, c’est le cas de le dire, des acceptions tout à fait étonnantes.

 

 

A commencer par le carreau, dont l’origine est évidemment le carré, mais qui décrivait au Moyen-Age le trait, le fer de la flèche d’une arbalète, de section quadrangulaire ; mais aussi un coussin carré pour s’agenouiller ou s’asseoir, voire le parement en pierres peu profondes d’un mur ou encore un carré de verre enchâssé dans le bâti d’une fenêtre. En bref, si cela constituait peu ou prou un petit carré, ça pouvait être un carreau, qu’on orthographiait indistinctement carrel, quarrel ou quarreau.

 

 

 

Quadrangulaire souvent mais pas forcément carré !

 

Les notions géométriques de nos ancêtres étant ce qu’elles étaient, rien n’indique que ces derniers se tenaient strictement à la définition d’un carré, à savoir un quadrilatère à côtés égaux et angles droits. Autrement dit, les carreaux se montraient protéiformes.

 

On notera qu’à l’origine, le mot carrelage désignait la pose de carreau, et non le matériau lui-même comme c’est si souvent le cas aujourd’hui. Et pour parfaire la confusion, on disait le carreau pour désigner le sol d’une pièce ; un usage qui s’est perdu mais qui nous a laissé l’expression « rester sur le carreau ».

 

 

 

Un objet de décoration.

 

Après les carrelages de marbres multicolores des Patriciens romains qui se mêlaient à la mosaïque la plus aboutie, l’époque médiévale s’inspira de la plèbe en utilisant des carreaux de brique et de terre cuite, parfois estampés en creux pour former motifs, émaillés de couleurs, aux contours variés, s’éloignant ainsi de la forme carrée originelle. Ce n’est qu’au XVIe siècle que les carrelages en faïence peint firent leur apparition en masse pour finir, à l’époque moderne, dans nos salles de bains.

 

 

 

Le dallage.

 

Au même titre que le carrelage, le dallage exprimait, à l’origine, l’action de poser des dalles, et non le résultat fini. Des dalles de marbre, de granit, dont les Romains faisaient grand usage pour leurs sols, imitant en cela les Grecs. Avec une technique de découpe en carrière et de polissage qui s’est perdu avec le chute de l’Empire romain et que les médiévaux furent bien en peine d’imiter, préférant user de dalles de moindres dimensions, autrement dit des carreaux comme nous l’avons vu précédemment. Un mot dalle qui nous vient d’une langue scandinave, daela qui désignait une rigole, une gouttière.

 

 

 

 

 

 

 

La dalle en pente.

 

Ce qui s’explique fort bien puisque, dans certaines régions mais notamment en Bretagne, la dalle était une sorte d’évier en pierre, très peu profond. D’où l’expression se rincer la dalle, autrement dit faire couler un liquide dans son gosier ou encore avoir la dalle en pente, aimer boire puis par extension, avoir soif. Un sens aujourd’hui perverti puisque avoir la dalle signifie, au XXe siècle, avoir faim.

 

Evidemment, avec l’avènement du béton, la notion de dalle peut décrire une structure de gros œuvre même si, dans le langage courant, elle reste le principe d’une plaque de faible épaisseur réservée au pavement des sols (contrairement à carreau et carrelage qui conviennent aussi bien pour le sol que pour les murs).

 

 

 

Pavage, pavement et pavé.

 

Trois termes largement synonymes quelle que soit l’époque, qui nous viennent du latin pavimentum, qui désignait n’importe quel sol, qu’il soit de pierres ou de briques mais aussi de planches ou de terre battue. Bref, toute plate-forme consolidée pour pouvoir de s’y tenir était un pavimentum. Une acception que le Moyen-Age conservera.

 

En clair, il s’agit de recouvrir un sol avec des pavés, une cube résistant qui peut être de marbre, de granit, de grès, mais aussi de bois ce qu’appréciaient les cyclistes parisiens par temps de pluie il y a encore quelques décennies.

 

Des pavés qu’on utilisait dans les édifices, certes, mais également pour le revêtement des rues, un usage fort ancien puisqu’on le trouve aussi bien à Carthage que chez les Romains qui s’en firent une spécialité puisque non seulement ils pavèrent les rues de leurs villes, mais également les grandes routes d’accès à travers l’Empire.

 

 

 

 

Sous les pavés, la plage.

 

En France, c’est Philippe Auguste, au XIIe siècle, qui entreprit de paver certaines rues parisiennes. Le parler populaire ayant tôt fait d’user du mot pavé aussi bien pour la pierre cubique elle-même, chère à nos révolutionnaires soixante-huitards, que pour le pavement à proprement parler.

 

Pour l’anecdote, sachez que l’expression tenir le haut du pavé vient de ce qu’il était d’usage, quand on marchait dans la rue, de réserver la partie la plus proche des maisons aux gens de biens, voire aux dames pour les plus galants, afin qu’ils ne soient pas éclaboussés par les véhicules, ni salis par les immondices qui s’écoulaient au centre de la voie.

Retrouvez tous nos articles immobiliers sur www.toutsurlimmo.com