Week-end d’intégration, un terrain glissant

  • A
  • A
Week-end d’intégration, un terrain glissant
@ MAXPPP
Partagez sur :

Le possible viol d’une étudiante montre les failles des fêtes d’intégration des grandes écoles.

Les voyages d’intégrations sont une tradition dans les écoles d’ingénieurs et de commerce, l’occasion d’accueillir les nouvelles promotions. Bien que ces rassemblements occasionnent des dérapages, mettant en cause l'alcool consommé, et la sécurité fait souvent défaut, comme l’a prouvé les soupçons de viol d’une étudiante, dans la nuit de samedi à dimanche, à Grasse.

L’agression aurait eu lieu dans l’un des bâtiments du Belambra-clubs VVF de Clavary, à Grasse. “Aux environs de 4 heures du matin, une jeune étudiante a été retrouvée à demi dénudée et en état de choc par des secouristes de la sécurité civile. Elle avait de toute évidence absorbé beaucoup d’alcool. Les premières constatations médicales montrent qu'il y a bien eu au moins une relation sexuelle. Des analyses toxicologiques sont en cours pour savoir notamment si la jeune fille était sous l'emprise d'une drogue.

Une sécurité défaillante

Cette affaire met en exergue les limites de la sécurité au cours de ces week-ends d’intégration. L’agression aurait eu lieu sur un village vacances, “un peu en retrait de la ville, dans les pinèdes, avec des bungalows éparpillés sur une surface de plusieurs hectares. Dès qu’on sort des zones communes, il y a peu d’éclairage. Si tu n’as pas d’amis à tes côtés, tout peut se passer “, témoigne Robin Nocella.

En 2005, il était membre du Bureau des étudiants (BDE) de l’Ecole de Commerce de Toulouse et avait organisé le week-end d’intégration dans le même village vacance. Le BDE avait alors contacté une agence de sécurité pour dépêcher sur place 4 ou 5 agents de sécurité, accompagné par des élèves de l'école.

“Ils sont livrés à eux-mêmes“

Mais tous ne prennent pas les mêmes précautions, et certaines écoles de moindre taille ne prévoient aucun dispositif de sécurité, bien que ces soirées rassemblent entre 200 et 800 étudiants.

“On fait de la pédagogie active, mais sur la sécurité elle-même, ils sont livrés à eux-mêmes“, reconnaît Benjamin Dahan, président de la Fédération française des bureaux d’étudiants (FFBDE). “Le BDE doit prévoir cet aspect-là, mais ils ont la croyance de pouvoir tout gérer“, précise-t-il.

“Les écoles gèrent les week-end d’intégration comme elles le veulent. Rarement sur place, la direction demande à être tenue informée par le BDE avec un coup de téléphone toutes les 3 heures“, confirme Pierre Aliphat, délégué général de la Conférence des Grandes Ecoles (CGE). “Ce n’est pas à la conférence d’édicter des règles de droit. Il y a une loi (interdisant le bizutage) et tous les établissements se doivent de la respecter “.

Le BDE peut être poursuivi

“Les écoles en font pas de pédagogie sur cet aspect-là“, accuse Benjamin Dahan. “Après un reportage de M6, les écoles se sont organisées, mais la conférence des grandes écoles ne l’a jamais mis à l’ordre du jour en réunion. Il y a un peu d’hypocrisie“, poursuit-il.

Or, en cas de dérapage, les membres du BDE peuvent être poursuivis en justice, un scénario que les étudiants ignorent souvent. “S’il est stipulé dans le contrat que le BDE est responsable, il peut être poursuivi par les parents de l’élève“, confirme le président de la FFBDE.

Outre la mise en place d’un véritable dispositif de sécurité, les BDE doivent donc prendre leur propre assurance, qui couvre toute l’équipe et les évènements organisés à l’extérieur des écoles. L’ICN de Nancy, dont est issue la victime du viol, avait-il prévu de tels garde-fous ? La direction de l’école n’a pas encore souhaité répondre, mais le BDE avait mobilisé 5 agents de sécurité, une équipe de pompiers et affirme avoir prévu une équipe de 36 étudiants pour encadrer la fête.

Une mission en cours

Suite à ce fait divers, la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, a demandé une mission sur les actions pouvant être conduites pour "protéger les étudiants des dérives" liées aux week-ends d'intégration. Elle a demandé "à la rectrice de Limoges, Martine Daoust, professeur de pharmacie, de conduire une mission de réflexion sur l'ensemble des actions pouvant êtres conduites afin de protéger les étudiants de toutes les dérives qu'occasionnent ce type de rassemblement".