"Vous m'avez toujours menti, M. Kerviel"

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"Vous m'avez toujours menti, M. Kerviel"
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Un ancien responsable de la SocGen a nié avoir eu connaissance de ses prises de risques.

"Vous m'avez toujours menti, Monsieur Kerviel"... L'apostrophe, lancée au deuxième jour du procès de l'ancien trader, émane d'un ancien patron de la SocGen. Mercredi devant l'ancien trader, Jean-Pierre Mustier n'a eu de cesse de répéter ne pas avoir été au courant des prises de risques de son ancien salarié.

"La hiérarchie c'est moi, la hiérarchie ne savait pas" qu'il avait engagé des dizaines de milliards sur les marchés financiers, a insisté cet ancien responsable de la Société Générale avant d'asséner : "On encourage les traders à savoir prendre des risques, pas à prendre des risques".

Des limites pulvérisées

Quelques minutes avant, Jerôme Kerviel avait de nouveau mis en cause ses supérieurs, les accusant de lui avoir demandé de prendre des risques de plus en plus grands. Longuement interrogé, beaucoup plus à l'aise que la veille, toujours dans son costume sombre mais sans cravate, l'ancien trader de la Société Générale a admis dans l'enceinte du tribunal ce qu'il avait déjà reconnu : il a exagéré, pulvérisé les limites, enregistré des opérations fictives pour couvrir ses engagements.

Mais il a aussi répété que sa hiérarchie savait tout ce qu'il faisait et encourageait les "stratégies de trading" qui rapportent de l'argent.

L'audience du jour était consacrée à la question des "limites" supposées et leurs "dépassements" dans les salles de marchés. Selon la banque, le cumul des risques pris par les traders ne devait pas dépasser 125 millions d'euros. Mais selon Kerviel, ces limites étaient dépassées "quasiment tous les jours" : "On recevait un mail (...) mais on n'avait jamais de remontrance". Et pour ajuster artificiellement ses positions, il saisissait "des opérations fictives".

"La transparence est toujours de rigueur"

Au début des débats, Jean-François Lepetit, 68 ans, ancien président de l'Autorité des marchés financiers (AMF), était venu expliquer le fonctionnement des salles de marchés. Il a comparé Jérôme Kerviel à "un somnambule dans un champ de tir", se disant "pas convaincu qu'il ait bien compris ce qui se passait autour de lui".

Le risque "calculé" est "la matière première d'une salle", a-t-il dit, et "il arrive que les limites soient dépassées". Mais dans ce cas, a souligné Jean-François Lepetit, "la transparence est toujours de rigueur" et, "bien sûr, "les opérations fictives, c'est interdit".

Il encourt cinq ans de prison

Jérôme Kerviel, 33 ans, est jugé, pour avoir fait perdre à la banque près de 5 milliards d’euros, après avoir pris à l'insu de sa hiérarchie des positions spéculatives exorbitantes, en déjouant tous les contrôles. Il encourt cinq ans de prison et 375.000 euros d'amende.