Violence sur les handicapés : "du mépris, aux coups et aux insultes"

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Violence sur les handicapés : "du mépris, aux coups et aux insultes"
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TROIS QUESTION A - Marion Claus, rédactrice en chef de Zed, la production à l’origine d’un documentaire sur la maltraitance des jeunes handicapés.

L’INFO. Des coups, des insultes, des neuroleptiques à haute dose, M6 diffuse dimanche dans Zone Interdite une enquête choc sur le traitement réservé aux enfants handicapés dans certaines structures. Les images sont tellement violentes que la ministre déléguée aux personnes handicapées, Marie-Arlette Carlotti, a réagit avant la diffusion de l’émission. “Je continuerai à faire preuve de la plus grande fermeté avec les établissements dans lesquels des maltraitances auront été avérées”, rappelle-t-elle dans un communiqué.

>>> Marion Claus est la rédactrice en chef de Zed Production. Elle a encadré le travail de Nicolas Bourgoin, le réalisateur du documentaire. L’enquête a duré un an et donne la preuve des maltraitances dont sont victimes les enfants handicapés dans certaines structures.

Europe 1 : Les violences que vous avez constaté dans le documentaire sont-elles généralisées ?

Marion Claus : Il est très compliqué d’estimer l’ampleur de ces dérives. On a pu tourner à Moussaron (un institut récemment mis en cause pour des maltraitances, ndlr), mais aussi dans une clinique privée et dans un centre près d’Amiens qui a été mis en cause par la justice. Bien entendu, il y a de nombreuses structures dans lesquelles on fait le maximum, où le personnel est suffisant et bien formé. Il y a d’autres endroits où les choses vont du simple mépris jusqu’à des coups, des insultes. Il y a une gamme très large de maltraitance.

De là à pouvoir dire où cela se passe précisément, c’est compliqué. Nous, on a relevé beaucoup de témoignages qui nous permettent de dire que ça arrive. Quand on est en face d’un enfant qui ne s’exprime pas, ça peut être la porte ouverte à beaucoup de choses graves. On a réalisé une projection récemment avec des associations et les gens étaient très émus. Ils étaient à la fois catastrophés par ce qu’ils venaient de voir mais satisfaits qu’on en parle.

E1 : Comment les familles vivent-elles cette situation ?

M.C. : La détresse des parents est ce qu’il y a de plus évident dès le début du documentaire. Ce sont des gens qui ne savent plus quoi faire, qui n’ont plus de vie de couple, qui n’ont plus de vie de famille avec leurs autres enfants. Ils n’ont plus de vie sociale parce que plus personne ne vient les voir et ils ne peuvent plus sortir : ils sont complètement coincés. Ils vont vivre ça pendant quelques années, mais au bout d’un moment, ils craquent.

Parfois la solution, c’est d’avoir son enfant très loin de soi ou de le mettre dans une centre dont on sait qu’il n’est pas optimal. C’est une grande détresse pour les parents que de vivre avec un enfant handicapé, mais en même temps, le placer dans un centre où il n’est pas très bien, c’est une culpabilité horrible.

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E1 : Cela amène à des dérives financières ?

M.C. : En France, on estime qu’il manque 13.000 places pour les enfants handicapés. Cela pousse les parents à envoyer leurs enfants à l’étranger, en Belgique notamment. Ces enfants-là reçoivent une subvention de la sécurité sociale pour leur prise en charge. Il y a une dérive financière dans le sens où le long de la frontière se sont créés de nombreux centres qu’on appelle des “usines à Français”.

Dans ces centres, le personnel est très peu formé et reçoit les enfants dans des locaux inadaptés tout en sachant qu’ils ne seront jamais contrôlés. Les prix qu’ils font payer à la journée sont très intéressant pour eux. Pour l’Etat français, c’est une solution. Les parents ne trouvent pas de place : on les oriente vers la Belgique. Ils n’ont pas envie que leurs enfants soient à l’autre bout de la France, mais en même temps, vivre avec un enfant handicapé, ça peut parfois être un enfer.

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