Villepin s'emporte après les réquisitions

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Villepin s'emporte après les réquisitions
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L’ANTISECHE - Voici ce qu’il ne fallait pas rater des réquisitions du procès Clearstream II.

"Le ministère public persiste et signe", a dénoncé Dominique de Villepin, lundi soir, à l’issue d’une très longue et éprouvante journée d’audience, dans le cadre du deuxième procès Clearstream. "Tout ceci serait incompréhensible, si on oubliait que le ministère public est le représentant du garde des Sceaux, placé lui-même sous l’autorité du président de la République", a-t-il ajouté, après que le parquet a requis contre lui 15 mois de prison avec sursis.

Après 2h30 de monologue à leur encontre de la part de l’avocat général Dominique Gaillardot, les deux autres hommes dans le box des accusés, Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud, ont fait l'objet de réquisitions encore plus sévères.

Villepin, "complice par abstention" - Durant un exposé de plus de deux heures, Jean-Louis Perol, l'avocat général, s’est appliqué à démontrer que l’ancien Premier ministre, relaxé en première instance le 28 janvier dernier, était coupable de "dénonciation calomnieuse par abstention". Pour cela, il a avancé que celui qui était à l’époque ministre des Affaires étrangères, avant de passer à l’Intérieur, connaissait depuis janvier 2004 l’existence des fichiers Clearstream.

Le parquet général a ensuite avancé que Dominique de Villepin connaissait la source - l’informaticien Imad Lahoud - depuis mars 2004, et qu’il aurait su dès juillet 2004 que le fichier était falsifié. Or, alors qu’il en avait "l'influence et le pouvoir", juge le parquet général, "il n’a pas agi" et s'est montré coupable de "dissimulation". D’où le concept juridique de "complicité par abstention". Une démonstration que Dominique de Villepin a souvent contestée en faisant "non" de la tête, face à l'avocat général, alors que ses avocats, dont Me Metzner, se sont même exclamé 'c’est faux !', à l’encontre de l’avocat général, lorsque ce dernier a évoqué des déclarations contradictoires de leur client.

"Deux menteurs, deux manipulateurs"

"Gergorin et Lahoud, les deux doigts d’une même main " - Condamnés respectivement à 15 et 18 mois de prison ferme et 40.000 euros d’amende en première instance, Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud ont été accablés par le parquet général. Le mathématicien Imad Lahoud risque 15 mois de prison ferme, tandis que 12 mois de prison ferme ont été requis contre l’ancien numéro 2 d’EADS.

L’avocat général Dominique Gaillardot les a longuement décrits comme "deux menteurs et deux manipulateurs". "Gergorin est bien à l’initiative de la dénonciation, il en est le seul bénéficiaire", a-t-il affirmé. Il a d'ailleurs eu un mot pour Jean-Louis Gergorin, qui tente depuis le début du procès de convaincre la cour qu’il a été manipulé par Imad Lahoud. "Ne vous laissez pas attendrir par la fable du corbeau qui voulait se faire passer pour un pigeon", a-t-il lancé, après avoir imputé la fabrication conjointe des fausses listes de comptes bancaires aux deux prévenus. "La justice est là pour faire en sorte que la démocratie ne soit pas perturbée par des coups tordus", a aussi lancé l’avocat général.

"Villepin, l’arbre qui cache la forêt"

"La faute de l’Etat" - La matinée avait auparavant été consacrée aux parties civiles. L’occasion d’une plaidoirie très inspirée de Me Mignard, avocat d’Edwy Plenel et du magistrat Gilbert Flam. Il a affirmé que l’affaire Clearstream était révélatrice d’un "dysfonctionnement grave des institutions". Selon lui, "l'arbre Villepin ne doit pas cacher la forêt de la faute de l’Etat".

Un discours proche du côté de Me Fedida, avocat d’Alain Madelin, qui considère que si "le système judiciaire a fonctionné dans cette affaire", c’est "l’Etat" qui "n’a pas su exercer ses contre-pouvoirs".