Villepin et Chirac accusés de pratiques occultes

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Villepin et Chirac accusés de pratiques occultes
Dominiqu de Villepin et Jacques Chirac sont accusés, par l’avocat Robert Bourgi, de financements occultes.@ MAXPPP
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Robert Bourgi affirme dans le JDD avoir convoyé pendant des années de l’argent liquide à l’Elysée.

Les accusations sont directes, les exemples et les anecdotes nombreux. Dans le Journal du Dimanche, l’avocat Robert Bourgi, au service de l’Elysée pendant près de 25 ans, met en cause nommément Jacques Chirac et Dominique de Villepin, dont il aurait été le porteur de valises. Précisément, l’homme de l’ombre, actuellement M. Afrique de Nicolas Sarkozy, assure avoir amené au palais présidentiel, et ce à de nombreuses reprises, des sommes d’argent en liquide. Et les montants évoqués sont colossaux.

"Des dizaines de millions de francs par an"

Ils sont même "incalculables", selon le terme de Robert Bourgi lui-même. "Plusieurs dizaines de millions de francs par an. Davantage pendant les périodes électorales", précise l’avocat. Robert Bourgi a en fait pris le relais en 1997 de Jacques Foccart, le M. Afrique de l’Elysée, qui a été "en charge, entre autres choses, des transferts de fonds entre (le président français, ndlr) Jacques Chirac et les chefs d’Etats africains". Quant à Dominique de Villepin (Premier ministre à l'époque, ndlr), il a été présent pour la première fois en 1995. "Le maréchal Mobutu, président du Zaïre, m’avait confié 10 millions de francs que Jacques Foccart est allé remettre à Jacques Chirac. En rentrant, il m’a dit que cela s’était passé ‘en présence de Villepinte’. C’est comme ça qu’il appelait Villepin."

Et à partir de 1997, à en croire Robert Bourgi, Dominique de Villepin gère directement les remises d’argent. "Au début, les chefs d’Etats africains se sont étonnés de devoir traiter avec Villepin, qui avait déjà son discours officiel sur la ‘moralisation’", raconte l’avocat. "Je dois dire que Villepin s’y est bien pris avec eux. Que le courant est bien passé. Il a su y faire." L'homme multiplie les anecdotes, comme quand 3 millions de dollars en provenance de Blaise Compouaré, président du Burkina Faso, ont été placés dans quatre Djembés (percussions africaines). Commentaire de Villepin en recevant l’argent : "Blaise déconne, c’est encore des petites coupures".

Puis en 2002, à l’approche de la campagne électorale, les choses se sont accélérées. Robert Bourgi se présente désormais à l’Elysée sous le nom de M. Chambertin, une "trouvaille" de Villepin. "Par mon intermédiaire, et dans son bureau, cinq chefs d’Etat africains ont versé environ 10 millions de dollars pour cette campagne". Et la victoire n’a pas mis fin aux pratiques occultes. "Cela a continué quand (Villepin) est passé au Quai d’Orsay, à l’Intérieur, et aussi quand il était à Matignon".

Avec Sarkozy "sans le système de financement par valises"

Le système a pris fin en septembre 2005. "Il m’a expliqué : ‘l’argent de Sassou, de Bongo, de tous les Africains, ça sent le soufre, c’est fini’", raconte Robert Bourgi. Fâché d’être éconduit de la sorte, l’avocat a rejoint dans la foulée l’ennemi intime, Nicolas Sarkozy. "Il m’a demandé de travailler pour lui, mais sans le système de financement par valises", jure-t-il.

Ces déclarations fracassantes semblent aussi guidées par le ressentiment. Car Robert Bourgi et Dominique de Villepin, en contact pendant des années, sont désormais brouillés. "A 66 ans, j’en ai assez des donneurs de leçons et des leçons de morale", s’agace l’homme de l’ombre. "Nous avons été très proches, comme ont peut être proche d’un ami. Depuis, fin 2005, brutalement, il m’a chassé. Oui, il m’a déçu. N’est pas De Gaulle qui veut. L’entendre donner des leçons, lui, que je connais de l’intérieur, m’exaspère".

A quelques jours de l'affaire Clearstream

Gravement mis en cause, Dominique de Villepin a pourtant accueilli ces informations avec légèreté, à en croire le Journal du Dimanche. "Tout cela n’est que fariboles et écrans de fumée", balaye-t-il au téléphone. "Je n’ai jamais cessé, depuis 1993, de le mobiliser contre les réseaux de quelque nature que ce soit, en vue d’une moralisation de la vie politique dans le cadre fixé par Jacques Chirac. On voit bien aujourd’hui combien ces actions dérangent". Et puis il y a surtout le calendrier. "On voit bien surtout les inquiétudes se lever à quelques jours du jugement dans l’affaire Clearstream. L’accusation en creux est des plus claires". Pour l’ancien Premier ministre, ces révélations portent le sceau de l’Elysée.