Vers des vacances d’été plus courtes ?

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Vers des vacances d’été plus courtes ?
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ENQUETE - La nouvelle piste pour réformer les rythmes scolaires serait de réduire les vacances.

On efface tout et on recommence. La réflexion sur l’amélioration du rythme scolaire, dans le but de l’adapter à celui de l’enfant, semble aboutir à un consensus sur la fin de la semaine de quatre jours, et son retour à quatre jours et demi. Le comité de pilotage, qui doit rendre ses conclusions à Luc Chatel en juin, devrait y être favorable.

L’autre piste dont on parle désormais de plus en plus est le raccourcissement des vacances d’été. Dans ce cas, un zonage pourrait être mis en place, et tout le monde ne partirait pas en congés en même temps. Une proposition qui est loin de convaincre les professeurs.

La semaine de quatre jours, trop fatigante

Pour les spécialistes, la semaine de quatre jours, mise en place il y a quatre ans par Xavier Darcos, alors ministre de l’Education nationale, ne serait pas du tout adaptée au rythme de l’enfant. Les principales conséquences de cette organisation sont des journées de cours trop chargées, et deux coupures dans la semaine, qui sont très fatigantes pour les écoliers.

Cette réforme, mise en place dès la rentrée 2007, est une mesure-phare du début de mandat Nicolas Sarkozy. Après la décision de supprimer l’école le samedi matin, la très grande majorité des écoles, à qui le choix avait été donné, ont adopté ce rythme. Il risque donc d’être politiquement difficile de revenir en arrière.

Vacances plus courtes pour journées moins chargées

La piste de réflexion privilégiée pour alléger des journées trop chargées pour les élèves est de prévoir des vacances plus courtes. On évoque15 jours de vacances d’été en moins. Une solution qui permettrait d’"équilibrer" les journées de cours, selon Jean-Jacques Hazan, le président de la FCPE, association de parents d’élèves. "Aujourd’hui, notre journée est la plus courte d'Europe (...) Il faut trouver les moyens d’avoir les journées de cinq heures les plus équilibrées", a-t-il affirmé mardi matin sur Europe 1.

Pourtant, les principaux intéressés, à savoir les élèves, ne l’entendent pas de cette oreille. "Etre en juillet à l’école, ça paraît impossible, alors là en août c’est encore pire, c’est l’été", affirme ainsi un écolier au micro d’Europe 1. "On a vraiment besoin d’une coupure pour pouvoir se remettre de l’année scolaire", lance un autre.

Si cela peut paraître anecdotique, au ministère de l'éducation nationale, comme à l'Elysée, on redoute déjà une éventuelle mobilisation des jeunes. "On ne peut pas se permettre d'avoir le bordel dans les lycées à quelques mois de la présidentielle", a notamment confié à Europe 1 un conseiller.

Une perte sèche pour le tourisme

Réduire les vacances scolaires est difficilement envisageable pour les professionnels du tourisme. Six semaines de vacances au lieu de huit semaines, économiquement, ça n'est pas viable. "Il y aurait une perte d’activité pour les professionnels du tourisme. Réduire la période des départs ferait augmenter les prix, personne n’a à y gagner", a déclaré à Europe 1 Valérie Bonède, secrétaire générale déléguée du syndicat national des agences de voyage.

La solution avancée pour résoudre le problème est le zonage, qui existe déjà pour les vacances plus courtes. On couperait la France en deux, avec la moitié des Français qui partiraient par exemple du 15 juin au 31 juillet, et l'autre moitié de la France qui partirait, elle, du 15 juillet au 30 août.

La contestation des enseignants

Si la solution paraît techniquement envisageable, il va falloir convaincre les enseignants. Et ils ne manquent pas d’arguments. Tout d’abord, selon eux, le zonage sonnerait la fin du bac national tel qu'il est organisé aujourd'hui. Il faudrait par exemple passer le bac en contrôle continu. Par ailleurs, le calendrier des inscriptions dans l’enseignement supérieur serait bouleversé.

Le zonage pourrait aussi perturber les familles recomposées, notamment celles dont le père n’habiterait pas dans la même zone que ses enfants.

Et puis les professeurs avancent aussi l'argument du salaire. S'ils ont moins de vacances, il va falloir mieux les payer, insiste Daniel Robin, du SNES. "Je ne connais pas de profession qui accepterait sans rien dire de travailler plus sans une contrepartie". "Les enseignants se mobiliseront si on leur demande de travailler plus sans compensation", affirme-t-il aussi.

Preuve que le sujet est délicat : alors que Luc Chatel avait demandé que les propositions lui soient faites fin mai, le rapport du comité de pilotage ne sera finalement rendu public qu’à la fin du mois de juin.