"Une mobilisation forte le 1er mai"

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"Une mobilisation forte le 1er mai"
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INTERVIEW - Le sociologue Guy Groux ne pense pas que la division syndicale soit un handicap.

Directeur de recherche CNRS au CEVIPOF, Guy Groux est spécialiste du syndicalisme en France. Il fait le point pour Europe1.fr sur la mobilisation du 1er mai et les luttes sociales en France.

Comment s’annonce la mobilisation du 1er mai ?

Je pense que ce sera une mobilisation forte, en tout cas les syndicats aujourd’hui font tout pour que ce soit ainsi. Plus il y aura de monde dans la rue, plus les syndicats faibles français pourront se prévaloir du succès des manifestations pour essayer d'influencer le cours des réformes. Le point noir sur la question de la mobilisation, c’est que l’unité syndicale qui avait été très forte l’année dernière n’existe plus. FO a décidé de rester à l’écart. Mais je ne pense pas que ce soit un handicap.

Est-ce que ce sont les syndicats qui réussissent la mobilisation ?

Il est incontestable que du point de la vue de la force militante seuls les grands syndicats, notamment la CGT, peuvent organiser de grandes manifestations pour le 1er mai. Ce qui n’empêche pas que beaucoup des personnes qui défilent sont non-syndiqués. Cette journée est avant tout la fête du travail.

Les séquestrations de patrons se multiplient. Ces conflits sont-ils plus nombreux ?

On pâtit en France d'une crise du syndicalisme. Beaucoup de salariés ne sont plus en relation avec les syndicats représentatifs. Et faute d'encadrement syndical suffisant, certains peuvent ressentir un désarroi d'autant plus grand qui conduit à des conflits plus radicaux. Mais ces combats ne constituent qu’une infime minorité des conflits sociaux qui existent en France. Il y en a beaucoup d’autres dont on ne parle pas, naturellement, parce qu'il ne s'agit pas de conflits spectaculaires. Et il est incontestable que nous avons beaucoup moins de grève en France qu'il y a dix ans ou même trente ans.

Les conflits radicaux sont-ils nouveaux ?

On assiste aujourd'hui principalement à des conflits du désespoir, dans le contexte d'entreprises qui ferment. Les salariés sont simplement acculés à demander un surenchérissement de leur prime de départ. Ils ne remettent pas en cause la fermeture et ne sont pas plus violents. Dans les années 1970, la radicalité était beaucoup plus forte. Les conflits impliquaient souvent des formes de projets alternatifs à la société capitaliste. Les revendications se liaient intiment à l'idéologie ce qui n'est plus du tout le cas aujourd'hui.