Un village défend un meurtrier présumé

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Un village défend un meurtrier présumé
Charles B. a reconnu avoir tué son voisin mais tout son village demande à ce qu'il ne soit pas condamné.@ MAXPPP
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Charles a avoué avoir tué un marginal, mais dans son village, tout le monde le soutient.

L'histoire est digne d'un roman d'Agatha Christie. Un marginal tué par arme blanche, un village entier qui lui en veut et un homme qui avoue l'avoir tué par accident. Le procès de Charles B. s'est ouvert mercredi devant les assises de la Haute-Saône mais les habitants de Vezet soutiennent l'accusé.

180 coupables potentiels

Le 14 juillet 2008, les parents de Frédéric Badet, un marginal de 35 ans, retrouvent le corps de leur fils. Il a succombé dans la nuit à trois coups de couteau. Dès le début de l'enquête, les gendarmes comprennent que dans le village de Vezet, les 180 habitants ont tous une raison de lui en vouloir.

La victime, un enfant du pays reconnu invalide à 80%, était en effet un habitué des petits larcins et dégradations dans le village. Il avait aussi harcelé plusieurs fois des petites filles et même agressé sexuellement une octogénaire deux mois avant sa mort.

Un accident ?

A la barre, Charles Beau a affirmé ne pas avoir eu "l'intention de tuer" Frédéric Badet. Il a ajouté avoir "une pensée" pour la famille de sa victime. Selon sa version des faits, en promenant son chien, il aurait été attiré par de la lumière provenant du cabanon d'un de ses voisins qu'il savait absent. Il serait ensuite allé chercher un couteau chez lui puis retourné près du cabanon. Badet "a foncé sur moi, voulant forcer le passage, je l'ai repoussé avec deux coups de couteau et il est parti en courant", a-t-il ajouté.

Blessée au foie, la victime s'est réfugiée dans la grange familiale où elle a succombé. L'accusé, "dans un état second", a ensuite lavé le couteau et ses chaussures pleines de sang, avant de faire disparaître l'arme.

Une pétition pour soutenir l'accusé

Dans le village et autour, une pétition a circulé pour que Charles Beau ne soit pas condamné. Elle a recueilli plus de 18.000 signatures.

"Avec tout ce qui s'est passé dans le village et les méfaits (de la victime) beaucoup de gens pensaient que cela finirait mal, et comme ils connaissaient mon mari comme quelqu'un de gentil et travailleur, ils l'ont soutenu", a expliqué mercredi Estelle Beau, l'épouse de l'accusé.

"La mémoire de mon fils a été salie, les gens disent des choses horribles à son sujet alors qu'il est mort", s'est indignée la mère de la victime, Jacqueline Badet. "Je ne dis pas que Frédéric n'avait rien fait, mais il a toujours été puni par la justice pour ses bêtises. La victime c'est mon fils, pas son meurtrier", souligne-t-elle.

Frédéric Badet, l'un des huit enfants d'une famille de gens du voyage sédentarisés, était handicapé à 80% pour une déficience mentale. Mis en cause dans plus d'une vingtaine d'affaires mineures, il avait été condamné cinq fois pour vols avec violence, extorsion de fonds ou cambriolage.

La partie civile de son côté conteste la thèse de l'accident et rappelle que trois coups de couteau ont été portés. L'accusé encourt 30 ans de réclusion criminelle. Le verdict est attendu vendredi.