Un "scandale sanitaire" dans les pressings ?

  • A
  • A
Un "scandale sanitaire" dans les pressings ?
@ MAXPPP
Partagez sur :

Le perchloroéthylène, solvant utilisé pour le nettoyage à sec, est probablement cancérigène pour l'homme.

Vivre à proximité d'un pressing est fortement déconseillé, si l'on se fie aux observations de deux associations. Réseau santé environnement et Générations futures s'alarment en effet du danger que représente le perchloroéthylène, un solvant très usité dans les pressings.

Puissant et efficace et rentable, le perchloroéthylène est également très nocif, selon les études scientifiques sur lesquelles s'appuient les deux associations. Il "est toxique pour les travailleurs, pour les riverains et pour la population générale", annoncent-elles dans un communiqué de presse.

Des vapeurs qui s'incrustent

Les vapeurs de perchloroéthylène s'échappent des machines de nettoyage à sec lors de l'ouverture du hublot. Outre l'employé, exposé directement, les vapeurs touchent aussi les personnes qui habitent au-dessus du pressing, puisqu'elles peuvent traverser le béton et les planchers jusqu'à trois étages.

Voisins, passants et clients des pressings sont aussi souvent en contact avec le solvant. Selon André Cicolella, cité par l'AFP, du Réseau santé environnement, les normes de l'OMS sont de 250 µg/m3, et les riverains de pressing "sont en moyenne exposés à 2.000 µg/m3".

"Ça a toutes les caractéristiques d'un vrai scandale sanitaire. Il y a les études scientifiques et les victimes", explique à Europe1.fr François Veillerette, porte-parole de Générations futures.

Une septuagénaire morte du perchloroéthylène

Car si les associations se mobilisent aujourd'hui, c'est pour sensibiliser après la mort de José-Anne Bernard en 2009. Cette septuagénaire de Nice habitait au dessus d'un pressing. Selon son fils, Frédéric, une autopsie a montré qu'il y avait du perchloroéthylène dans tous ses organes sauf l'estomac, ce qui exclut l'ingestion.

Le gérant du pressing a été mis en examen en septembre pour "homicide involontaire" et "poursuite de l'exploitation d'une installation classée non conforme à la mise en demeure". L'instruction est en toujours en cours.

Trois alternatives viables

"Les normes en vigueur ne sont pas adaptées", poursuit François Veillerette, qui rappelle que les Etats-Unis ont pris des "mesures fortes" contre le perchloroéthylène, ainsi que le Danemark dès 2003. "Ce qu'on demande n'est pas particulièrement utopique. On souhaite qu'une date de sortir du perchloroéhylène soit fixée. Au lieu de ça, les ministères de la Santé et de l'Environnement sont retranchés derrière les normes", regrette-t-il.

Le porte-parole de Générations futures cite trois alternatives éventuellement viables "sous réserves de la validation des études scientifiques" : "un procédé à base d'eau et vapeur, l'utilisation d'un solvant peu toxique, le siloxane, ou l'utilisation du gaz carbonique à basse température".

Ne plus installer de pressing près de logements

Contacté par Europe1.fr, le ministère de la Santé se défend. "Un renforcement de la réglementation a eu lieu en 2009 et les mesures adoptées ont permis de limiter les émissions de perchloroéthylène dans les logements situés au dessus de ces installations", explique la sous-direction prévention des risques liés à l'environnement et à l'alimentation.

"Compte tenu de la persistance des expositions dans certains cas, un nouveau renforcement de la réglementation est en cours d'adoption", insiste-t-elle.

Mais ce n'est pas tout. Le ministère de la Santé rappelle qu'en 2010, le Haut conseil de santé public, sollicité par la Direction générale de la Santé, a recommandé "qu'à l'avenir, aucun nouveau pressing ne soit installé au voisinage immédiat de logements".

Ces actions ne satisfont pas les associations, qui ont recensé "une dizaine de victimes ou d'ayants droits", selon François Veillerette. "Nous avons déposé une plainte contre X dans le dossier de Mme Bernard, et si le perchloroéthylène n'est pas banni, on sera obligé de lancer une action administrative pour carence fautive de l'Etat", menace-t-il. "La balle est dans le camp des pouvoirs publics".