"Un homme d’hier et d’après demain"

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"Un homme d’hier et d’après demain"
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ARCHIVES 2/3 - De Gaulle, un "monarque élu" qui invente les institutions de la Vème république.

Au printemps 1958, la crise qui engloutit l’Algérie menace de tourner à la guerre civile en France. Le 29 mai, le président sortant, René Coty, fait appel au "plus illustre des Français" : le général de Gaulle. Après une "traversée du désert" qui aura duré 12 ans, le général pose ses conditions : il obtiendra les pleins pouvoirs et le mandat de réformer la Constitution.

Le texte qui posera les bases de la vie politique française contemporaine sera préparé pendant l’été 1958. Le 28 septembre, il est soumis aux électeurs par référendum. La victoire est écrasante : 79,2% de "oui".

La Vème République

"Il faut un pouvoir issu du peuple, mais qui soit en mesure de se libérer des partis et de s’assurer une véritable légitimité", Michel Debré, Garde des Sceaux, 1958.

De Gaulle exécrait ce qu’il appelait "le régime exclusif des partis", succession de coalitions instables qui avaient pesé sur la IVème République, interdisant les réformes en profondeur et les décisions politiques tranchées.

Visant avant tout à la stabilité politique, la Constitution de 1958 met en place un fonctionnement hybride : elle abandonne le régime parlementaire mais sans aller jusqu’au régime présidentiel strict comme aux Etats-Unis. Le résultat : côté exécutif, un président de la République fort, "monarque élu" diront certains, qui nomme un gouvernement dirigé par un Premier ministre (poste qui n’existait pas sous la IVème). Côté législatif : un Parlement affaibli mais qui conserve le pouvoir de censurer le gouvernement.

Lors de ses interventions publiques et télévisées, le général de Gaulle n'hésite pas à user de formules percutantes :

Les 9 septembre


Les petites phrases du Général

A noter : le fait que les deux pouvoirs peuvent se renverser mutuellement. Le Président peut dissoudre l’Assemblée Nationale. Les députés peuvent renverser le gouvernement, en votant une motion de censure. Autre rupture institutionnelle qui traduit le lien direct que le t pouvoir veut maintenir avec le "peuple" : le recours au référendum.

Cet outil, le général de Gaulle l’utilisera à quatre reprises : deux fois sur l’Algérie (en 1961 sur le principe de l'autodétermination, et en 1962, sur l’indépendance - 90 % de oui) et deux fois sur des réformes institutionnelles (sur la révision de la constitution puis sur la réforme des régions et du Sénat.) Comme il s’y était engagé, après la victoire du "non" en avril 1969, le général de Gaulle a quitté l’Elysée.

L’âge d’or

Quand le général de Gaulle s’installe à l’Elysée, en juin 1958, la France est un pays largement rural et industriel. Sa population active est divisée en trois secteurs à peu près équivalents : l’agriculture et la pêche d’abord, qui font travailler plus du tiers des actifs, suivies à égalité par l’industrie d’une part, le commerce et les services de l’autre. Quand le général quitte l’Elysée, en 1969, l’agriculture n’emploie plus que 13% des actifs. La production industrielle approche des 40%. Le reste, c’est-à-dire près de la moitié des Français qui travaillent, sont dans le commerce et les services.

En dix ans, la France des "années de Gaulle" a pris le tournant de la modernité. Elle est aussi entrée dans ce qu’on commence tout juste à appeler la "société de consommation" : en 1970, quasiment toutes les familles ont un frigo et une télé. Dix ans plus tôt, on ne trouvait de frigo que dans 20% des foyers, les plus riches bien sûr. Encore plus rare, la télé était un luxe réservé à 10% des Français. Quant aux voitures, elles sont deux fois plus répandues au départ du général qu’à son arrivée au pouvoir - 30% des foyers possèdent une automobile en 1960, plus de 60% en 1970.

La naissance de la société de consommation :

de gaulle

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Salon des Arts ménagers, Paris, le 6 mai 1959

Derrière cette jubilation consommatrice, il y a deux chiffres qui n’en finissent pas de faire le bonheur des économistes : bon an mal an, la France connait un taux de croissance qui tourne autour des 5% et le chômage reste sous la barre des 2%, soit autour de 400 000 demandeurs d’emploi. Porté par la prospérité des "Trente Glorieuses", l’Etat gaulliste joue un rôle vital dans l’embellie économique : passage au "nouveau franc" en 1960, développement de la recherche, création d’une industrie nucléaire et spatiale, réforme de l’agriculture, urbanisme.

Mais le pendant social ne suit pas. Pour le général de Gaulle, la clé de relations sociales apaisées tient à ce qu’il appelle la "participation", un projet visant à associer les salariés à la gestion de leur entreprise et, financièrement, à ses résultats. Mal présentée, mal comprise, la" participation" sera balayée par l’échec du référendum sur la décentralisation.

1968 et les barricades

Face à une contestation étudiante qui veut mettre "l’imagination au pouvoir", le général de Gaulle est désarmé. Début mai, quelque centaines d’étudiants occupent la Sorbonne. La police évacue les lieux. Son intervention provoque une série de manifestations violentes, principalement au Quartier Latin, à Paris. L’escalade se poursuit jusqu’à la "nuit des barricades", du 10 au 11 mai 1968. Le général veut répondre par la force. Son Premier ministre, Georges Pompidou, opte pour la négociation. Dès le 11 mai, il ordonne la réouverture de la Sorbonne.

"Occupez le Quartier Latin", lance Daniel Cohn-Bendit :

Daniel Cohn Bendit en 1968 à la Sorbonne.

© INA



Mai 1968 sur Europe numéro : reportages La « nuit des barricades" 10/11 mai 1968, allocution de Gaulle 30 mai 1968.

La mesure ne suffit pas à stopper le mouvement. Une grève quasi générale paralyse la France. Là encore, le premier ministre opte pour le dialogue : le gouvernement entame avec les syndicats les "négociations de Grenelle". A l’Elysée, non seulement le Général se tait mais, le 29 mai, il disparait. On apprendra plus tard qu’il s’est rendu en Allemagne pour rencontrer le général Massu. A son retour à Paris, le général de Gaulle annonce la dissolution de l’Assemblée nationale. Symbole du retour à la normale, le 31 mai, l’essence revient dans les pompes. Les Français peuvent partir en week-end.

En juin, les électeurs votent massivement en faveur de l’UDR, le parti gaulliste, et de ses alliés : 58% des votes vont à la droite. Mais, pour le Général, la victoire sera amère. Un an plus tard, il soumet aux Français un projet de décentralisation. Le "non" l’emporte par 52,4%. A minuit le soir-même, le général de Gaulle quitte ses fonctions.