Trocadéro : comment la police est remontée jusqu'aux casseurs

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Trocadéro : comment la police est remontée jusqu'aux casseurs
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Un mois après les incidents, une vingtaine de personnes ont été interpellées grâce aux images de télésurveillance.

Trocadéro. Le 13 mai 2013. La cérémonie de remise du trophée de champion de France de ligue 1 au PSG vire à l'émeute : trente-deux blessés dans des échauffourées retransmises en direct sur les chaînes d'info en continu. Dès le lendemain, Manuel Valls, sous le feu des critiques de la droite qui réclame la démission du préfet de police de Paris, promet un vaste travail d'identification des suspects grâce à la télésurveillance. Près d'un mois plus tard, grâce à l'analyse de ces images, 20 individus ont été interpellés en deux vagues d'arrestations en Ile-de-France : d'abord neuf supporteurs catalogués "ultras" du PSG puis, mardi, onze casseurs présumés. Mais au fait, comment ça marche ? Comment la police exploite-t-elle ces images ? Comment a-t-elle pu remonter jusqu'aux suspects isolés ?*

Trocadéro (930x620)

© MAXPPP

Vingt policiers à temps plein. Dès le 13 mai, le dossier du Trocadéro est confié aux enquêteurs du Service des Investigations Transversales (SIT), qui dépend de la Direction de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne (DSPAP). Depuis près d'un mois ce sont 20 policiers de ce service qui travaillent à plein temps et exclusivement sur les images provenant de différentes sources.

D'où viennent les images ? Les policiers du SIT ont exploité des vidéos provenant de quatre sources différentes.

>> La première est policière : les unités de police et de gendarmeries déployés au Trocadéro ce jour-là, spécialisées dans la gestion de manifestations publiques, ont pour habitude de filmer les événements par leurs propres moyens. Le SIT  a donc adressé une demande à l'ensemble de ces services afin de se procurer ces précieuses images.

>> Les enquêteurs ont ensuite récupéré, sur réquisition judiciaire, les images des caméras du programme de vidéoprotection de la préfecture de police de Paris : quatre caméras braquées sur les événements place du Trocadéro, auxquelles s'ajoutent l'ensemble des appareils répartis sur la zone impactée, dont ceux du  réseau de transport en commun.

Emplacements des caméras de vidéoprotection dans la zone du Trocadéro :

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© Capture - site de la préfecture de police de Paris

>> Troisième source : les images capturées par les caméras de vidéosurveillance de commerce alentours et de distributeurs automatiques de billets. Enfin, les policiers ont également travaillé sur les images des médias ainsi que certaines vidéos filmées au smartphone et adressées par des témoins.

Comment ont-ils ensuite isolé les suspects ? Une fois ces ressources collectées, les policiers se sont lancés dans un véritable travail de "fourmi", souligne-t-on à la DSPAP. "Les poursuites sont engagées sur des actes individuels et non collectifs. Il faut isoler chaque visage d'individu susceptible d'avoir commis un acte passible de poursuite afin d'arriver à un creuset d'enquête", précise le commandant Régis Mongendre.

Incidents au Trocadéro (930x620)

© MAXPPP

En repérant un acte passibles de poursuites, les enquêteurs ont ensuite cherché à mettre un visage sur son son auteur. Les personnes interpellées mardi ont ainsi été identifiées pour des dégradations diverses, des jets de projectiles, des saccages de commerces ou des faits d'ordre crapuleux comme des vols de portefeuilles. Exemple avec une Jaguar, saccagée par un groupe de casseurs. Pour obtenir les clichés de leurs visages, les enquêteurs ont d'abord isolé certains des auteurs par leur tenue vestimentaire sur des images d'une première source pour ensuite recouper avec d'autres vidéos issues d'autres caméras.

Comment sont-ils remontés jusqu'aux casseurs ? A ce moment précis, les investigations se sont poursuivies en deux phases. Dans un premier temps, les enquêteurs de la SIT ont adressé leurs éléments au Service transversale d'agglomération (STAD) de la DSPAP, qui couvre l'ensemble des rencontres du PSG ainsi que le suivi des interdictions de stade. C'est cette collaboration qui a conduit à l'interpellation de neuf supporters ultras le 4 juin. Plus de la moitié d'entre eux ont fait l'objet d'interdictions de stade.

Incidents à Trocadéro (930x620)

© MAXPPP

Les policiers du SIT ont ensuite envoyé des profils de suspects accompagnés des captures de leurs visages à tous les services de police et de gendarmerie d'Ile-de-France. Et cela fonctionne : le SIT a obtenu "beaucoup de retours", explique le commandant Mongendre. Les enquêteurs se sont alors livrés à d'ultimes recoupements. D'abord en effectuant un bornage des numéros de téléphones mobiles présents dans la zone du Trocadéro, ensuite grâce à des éléments de police techniques prélevés sur des objets manipulés par les émeutiers lors des événements. C'est ainsi qu'onze casseurs présumés ont été interpellés mardi et placés en garde à vue. Et l'enquête continue. La DSPAP explique que d'autres arrestations devraient suivre dans les semaines à venir.