Thierry Gaubert, un prévenu très discret

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Thierry Gaubert, un prévenu très discret
@ Reuters
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Jugé dans une affaire de détournement de fonds, l'ex-conseiller de Nicolas Sarkozy était peu disert.

Jugé dans une affaire de détournement de fonds issus du 1% logement, Thierry Gaubert, ex-conseiller de Nicolas Sarkozy, était peu disert lundi au premier jour de son procès à Nanterre, laissant un co-prévenu répondre aux questions du tribunal. 

Abus de biens sociaux

Tiré à quatre épingles dans son costume gris clair, les yeux cernés, l'ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy à la mairie de Neuilly dans les années 1980 et au ministère du Budget dans les années 1990 parle vite et d'une voix basse. A la barre, il explique qu'il "signait des parapheurs", comme il l'avait dit aux enquêteurs, pour décrire son activité en tant que président de l'Habitation française, un Comité interprofessionnel du logement (Cil), qu'il a fondé et présidé de 1984 à 1998.

Il est soupçonné de s'être servi dans les années 1990 de cette structure, chargée exclusivement de la collecte de l'argent du 1% logement dans les Hauts-de-Seine, pour investir dans des programmes profitant à des sociétés civiles immobilières (SCI) ou des sociétés d'économie mixte (Sem) dans lesquelles il avait des parts ou des intérêts.

Achats et dons inexpliqués

Dans ce dossier technique, la présidente Siredey-Garnier s'est penchée sur une première infraction, un éventuel abus de biens sociaux durant la période 1992-1997 évalué à 1,27 million d'euros, s'appuyant sur le rapport d'une agence chargée de garantir le bon emploi des fonds du 1% logement.

L'organisme fait état à l'époque de dépenses dont "l'intérêt reste à démontrer". Quand la magistrate l'interroge sur l'achat de 11 places pour le tournoi de tennis Roland-Garros pour des bénéficiaires dont l'identité est inconnue, Thierry Gaubert affirme ne pas avoir été mis "au courant". "C'était une initiative du service commercial", ajoute-t-il.

A ses côtés, son ancien associé et directeur général du Cil, Philippe Smadja, prend le relais, donnant des arguments pour expliquer la stratégie commerciale du Cil, selon les termes de la présidente. "Il y avait beaucoup de concurrence entre les Cil", se justifie l'intéressé.

"J'étais frileux à l'idée d'utiliser la carte bleue"

Concernant des dons inexpliqués à des associations et fondations, Philippe Smadja explique qu'il s'agissait d'aider des bénéficiaires de logements sociaux à trouver des places en crèche."C'est aberrant. Ce n'est pas la vocation d'un Cil", s'insurge Jean-Claude Duret, ancien syndicaliste et administrateur du Cil qui s'est constitué partie civile. "Comment se fait-il qu'il y avait autant de dépenses en espèces?", poursuit la présidente. "J'étais frileux à l'idée d'utiliser la carte bleue. Je préférais avoir un compte précis et ne pas la confier à quelqu'un", répond l'ancien associé de Thierry Gaubert.

Thierry Gaubert, qui comparaît aux côtés de quatre hommes, est poursuivi pour une longue liste de délits allant de l'escroquerie à l'exercice illégal de la profession de banquier, en passant par abus de confiance, prise illégale d'intérêts et abus de biens sociaux.