Tentative d’assassinat : Dassault devant les juges

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Tentative d’assassinat : Dassault devant les juges
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Le sénateur de Corbeil-Essonnes a dû s'expliquer sur ses liens avec le principal suspect de l'affaire.

Une sombre affaire. C’est un dossier qui alimente la chronique judiciaire depuis plusieurs mois à Corbeil-Essonnes. Le sénateur et industriel Serge Dassault était auditionné lundi matin en qualité de témoin assisté à Evry dans une affaire de tentative d'assassinat. Serge Dassault était entendu dans le cadre d'une instruction confiée à un trio de magistrats après la tentative de meurtre dont a été victime, le 19 février 2013, un boxeur amateur de 32 ans en plein centre de Corbeil-Essonnes, commune dont le célèbre avionneur fut le maire de 1995 à 2009.

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Dassault "offusqué". Serge Dassault a donc passé plus de quatre heures dans le bureau de juges d'instruction. A la sortie de son audition, ses deux avocats ont confié à la presse que leur client client s'était "offusqué" auprès des juges de cette convocation sous le témoin de témoin assisté. Cette dernière est intervenue après le refus début juillet du Sénat, pour "défaut de motivation", de la demande de levée de l'immunité parlementaire de Serge Dassault, que les magistrats souhaitaient entendre sous le régime de la garde à vue. Serge Dassault Dassault devait par ailleurs initialement se présenter devant les juges le 2 octobre, mais il avait obtenu le report de son audition en raison de l'état de santé de son épouse hospitalisée. 

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Un proche de Dassault en cavale. Dans ce dossier criminel, le principal suspect, Younes Bounouara, qui fut proche de la majorité municipale sous Dassault, est actuellement en cavale. Chef d'entreprise, "figure locale" au passé de voyou est au coeur de nombreuses spéculations sur un système d'achat de votes à Corbeil-Essonnes, fief de Serge Dassault. "On a raconté que je devais redistribuer l'argent que j'ai reçu. Il n'en a jamais été question", a-t-il récemment fait savoir. Dans une interview à l'hebdomadaire Le Point, Younes Bounouara, s'est en effet longuement expliqué le 10 octobre dernier, sur ses relations avec l'industriel, dénonçant en particulier des "fantasmes". Revenant sur les raisons qui l'ont poussé à commettre ce geste, Younes Bounouara explique s'être senti menacé par un "gang qui pense que Dassault (lui) a donné beaucoup d'argent pour qu'(il) redistribue".

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Les liens avec le suspect évoqués. Younès Bounouara est présenté comme l'intermédiaire de Serge Dassault dans les cités de la ville pour un système d'achat de votes. Son prénom est d'ailleurs cité par l'industriel dans un extrait d'une vidéo clandestine diffusé le 15 septembre par le site d'informations Mediapart. "Moi, j'ai donné l'argent. Je ne peux plus donner un sou à qui que ce soit", "Moi, j'ai tout payé, donc je ne donne plus un sou à qui que ce soit. Si c'est Younès, démerdez-vous avec lui", entend-on. Les liens entre "Younès" et Serge Dassault, de même que cet extrait vidéo, ont donc été abordés par les magistrats enquêteurs lors de cette audition. "Il n'a pas été interrogé à proprement parler sur l'enregistrement, en revanche la réunion" au cours de laquelle une partie de la conversation a été enregistrée "a été examinée très longuement pour savoir ce qui s'était passé, ce qui s'était dit et s'assurer que ce n'était pas à l'origine (...) de la tentative de crime sur lesquels les juges instruisent", a relevé Me Veil.

Dessinant les contours des rapports entre Younès Bounouara et Serge Dassault, l'autre conseil du sénateur, Me Haïk, a décrit une relation "qui dure depuis 20 ans", "une relation importante, affective et ancienne". "C'est quelqu'un qui l'avait aidé à connaître les quartiers" et "à mieux comprendre qui étaient les habitants d'une part et les difficultés qu'ils traversaient" d'autre part, a complété Me Veil.

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Le successeur de Dassault déjà auditionné. Dans le cadre de cette affaire, le successeur et bras droit à Corbeil-Essonnes de Serge Dassault, Jean-Pierre Bechter, avait été interrogé toute une journée par les policiers de la PJ de Versailles, le 26 juin, au lendemain d'une série de perquisitions à la mairie de Corbeil mais également aux domiciles et dans des bureaux de l'avionneur.

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Serge Dassault n'a donc pas été mis en examen lundi. Selon Me Veil, "il n'est prévu aucune autre convocation" de Serge Dassault "pour l'instant dans le calendrier des juges".