Sciences Po s'enlise dans la crise

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Sciences Po s'enlise dans la crise
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La nomination du successeur de Descoings est reportée après un rapport sévère de la Cour des comptes.

La transition est toujours aussi compliquée à Sciences Po. Dans un rapport dévoilé jeudi, et dont le contenu avait déjà fuité, la Cour des comptes épingle la "gestion défaillante" de la prestigieuse école. Les Sages annoncent avoir saisi la Cour de discipline budgétaire et financière (CDBF), qui peut prononcer des amendes. Dans la foulée, le gouvernement a décidé de repousser la nomination d'Hervé Crès au poste de directeur, alors que Sciences Po avait tenté de forcer la main de l'Etat en accélérant le calendrier le mois dernier.

Hervé Crès a été choisi par les deux conseils de Sciences pour succéder à Richard Descoings, l'emblématique dirigeant de l'école depuis 1996, décédé accidentellement en avril. Mais "les conditions ne sont pas réunies, dans un tel contexte, pour (…) procéder à la nomination d'un directeur", justifie la ministre de l'Enseignement supérieur Geneviève Fioraso.

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"Sciences Po a reconnu certaines irrégularités"

Intitulé sans détour "Sciences Po : une forte ambition, une gestion défaillante", le rapport de la Cour des comptes pointe des "irrégularités récurrentes dans la gestion" de l'école entre 2005 et 2010. Parmi les dysfonctionnements soulignés : des enseignants-chercheurs payés entièrement sans assurer nécessairement toutes leurs heures, des emprunts toxiques dans le cadre de la stratégie immobilière, l'utilisation abusive de cartes bancaires ou encore un système de rémunération opaque des cadres dirigeants, dont le salaire de Richard Descoings qui avait augmenté de 60 %. "Sciences Po a reconnu certaines des irrégularités constatées et s'est engagée à y mettre fin", précise la Cour des comptes.

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Hervé Crès dénonce "une belle injustice"

sciences po paris 930

© Max PPP

Mais l'école est loin d'avoir achevé sa mue. Les Sages mettent en cause en particulier le statut ambigu de Sciences Po qui a permis certaines de ses "défaillances" : l'Institut d'Etudes Politiques (l'école) est publique, mais la Fondation nationale des Sciences politiques (FNSP) est, elle, privée. Si le rapport ne cite aucun nom, la responsabilité d'Hervé Crès, administrateur provisoire, ancien directeur adjoint de Sciences Po, pourrait être engagée, tout comme celle de Jean-Claude Casanova, président de la Fondation nationale des sciences politiques.

Dans un entretien au Monde, Hervé Crès dénonce "une belle injustice", faisant remarquer que ses prédécesseurs ont été "poursuivis par la Cour des comptes pour gestion de fait" et condamnés. "Si je devais être poursuivi, j'aurais le sentiment d'un acharnement et j'attendrais que l'on me dise pourquoi je devrais me retirer, pourquoi me serait réservé un traitement différent de mes prédécesseurs ?" Hervé Crès ou un autre, il restera à l'école de trouver le candidat qui pourra la faire sortir de cette crise.

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