Sarkozy sur écoute : une nouvelle affaire en six actes

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Sarkozy sur écoute : une nouvelle affaire en six actes
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RÉVÉLATION - L'ancien président est suspecté d'avoir bénéficié des informations d'un haut magistrat sur l'avancée de l'affaire Bettencourt.

L'affaire pourrait donner lieu à un scandale d'Etat. Nicolas Sarkozy et deux de ses anciens ministres ont été placés sur écoutes téléphoniques, révèle Le Monde. En analysant les enregistrements, les enquêteurs auraient mis à jour un trafic d'influence.

Nicolas Sarkozy est en effet suspecté d'avoir bénéficié des informations de Gilbert Azibert, un haut magistrat, le renseignant au sujet de l'avancée de l'enquête sur l'affaire Bettencourt. En échange, Nicolas Sarkozy lui aurait promis un poste de conseiller d'Etat à Monaco. Autant de révélations qui écornent l'image de la Cour de cassation. La plus haute juridiction de l'ordre judiciaire est en effet suspectée d'être sous influence. Ses principaux membres devraient être interrogés par les policiers. Pour sa part, l'avocat de Nicolas Sarkozy, Thierry Herzog, dénonce une affaire "montée de toutes pièces".

ACTE I - Sarkozy et deux de ses ministres placés sur écoute. Tout commence le 19 avril 2013. A l'époque, le parquet de Paris ouvre une information judiciaire pour corruption. L'enquête concerne un éventuel soutien financier de la Libye à la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, en 2007. Pour mener à bien cette enquête, les juges Serge Tournaire et René Grouman décident de placer Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux et Claude Guéant sur écoute. En décembre 2013, Le Monde révèle une partie du contenu de ces écoutes téléphoniques. On apprend alors que Brice Hortefeux entretient "une proximité gênante" avec l'ancien patron de la police judiciaire de Paris, Christian Flaesch. A la suite de ces révélations, ce dernier est mis à l'écart.

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© REUTERS

ACTE II - Nicolas Sarkozy se méfie... mais pas suffisamment. Mais cet épisode interpelle Nicolas Sarkozy et ses proches. Au point que l'ancien président prend des précautions lors de ses entretiens téléphoniques qui deviennent d'un coup très "laconiques", selon Le Monde. Nicolas Sarkozy va même plus loin. Il utilise un second téléphone portable, acquis avec une identité d'emprunt et acheté par Me Herzog, son avocat. Les juges s'aperçoivent de l'entourloupe et le placent sur écoute sur son nouveau téléphone.

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ACTE III - Sarkozy et son avocat renseignés sur l'affaire Bettencourt. Là, ils découvrent que Nicolas Sarkozy et Me Herzog échangent sur des dossiers sensibles, notamment sur l'affaire Bettencourt, à propos de laquelle les deux hommes sont particulièrement bien informés. Et pour cause. Gilbert Azibert, avocat général près la Cour de cassation, affecté à une chambre civile, semble les renseigner sur l'avancée de ce dossier. Les écoutes attestent en effet que le haut magistrat, qui a accès au service intranet de la haute juridiction, leur donne des informations capitales sur "l'évolution des tendances au sein de la Cour de cassation", selon Le Monde.

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ACTE IV - La promesse d'une sinécure à Monaco ? En échange de ces informations, Nicolas Sarkozy est suspecté d'avoir promis à Gilbert Azibert un poste de conseiller d'Etat à Monaco. Ce dernier, qui connaît Me Herzog de longue date, part en effet bientôt à la retraite et aimerait bénéficier d'une sinécure. Coïncidence troublante : Nicolas Sarkozy a passé la dernière semaine de ses vacances de février, à Monaco, où il a été rejoint par son avocat. Ils auraient pu profiter de cette occasion pour solliciter les autorités monégasques afin de récompenser Gilbert Azibert. Une hypothèse vivement démentie par Me Herzog.... et par les services judiciaires de Monaco.

"La direction des services judiciaires de la Principauté de Monaco confirme que M. Gilbert Azibert a été candidat à un poste de magistrat à la Cour de révision, équivalent à Monaco de la Cour de cassation", ont indiqué vendredi les services judiciaires de la principauté. "Elle indique qu'au terme du processus de recrutement sa candidature n'a pas été retenue" et souligne "qu'aucune intervention extérieure n'est venue interférer dans cette procédure de recrutement".

ACTE V - Une information judiciaire ouverte et des perquisitions. Alerté de ces échanges téléphoniques entre Nicolas Sarkozy et Me Herzog, le tout nouveau parquet national financier (PNF) a ouvert en février une information judiciaire pour "violation du secret de l'instruction" et "trafic d'influence". Patricia Simon et Claire Thépaut, les deux juges chargés de l'affaire souhaitent savoir si l'ancien président a vraiment favorisé la carrière de Gilbert Azibert.

Et les juges d'instruction semblent vouloir aller vite. Mardi, des perquisitions ont été menées à Paris, Nice et Bordeaux aux domiciles et aux bureaux de Me Herzog et de Gilbert Azibert. Les enquêteurs avaient notamment saisi chez l'avocat de Nicolas Sarkozy les deux téléphones portables, trois courriels, des billets d'avion pour Nice. Plusieurs hauts magistrats de la Cour de cassation pourraient donc être entendus par les enquêteurs de l'office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales, rapporte Le Monde.

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ACTE VI - Une affaire "montée de toute pièce", selon Herzog. Interviewé par Le Monde, Me Herzog dénonce une affaire "montée de toutes pièces" dans le but de nuire à son client qui, d'après lui, pourrait toujours être sur écoute à l'heure actuelle. L'avocat nie formellement tout trafic d'influence et parle "d'une affaire politique". "Il n'y a eu aucun trafic d'influence. Je n'ai pas à m'exprimer sur une enquête à laquelle je n'ai pas accès. Je défends des principes qui ont été violés. Je suis un avocat et je constate qu'on a monté une affaire artificiellement", dénonce-t-il.

Me Herzog reconnait toutefois avoir suspecté être la cible "d'écoutes sauvages". Ce dernier confie donc avoir "pris des précautions pour faire en sorte que les droits de la défense soient respectés et que nos conversations (avec Nicolas Sarkozy, ndlr) restent confidentielles." L'avocat rappelle d'ailleurs "que les conversations entre un avocat et son client ne peuvent être écoutées, pire enregistrées et retranscrites pour fonder l'ouverture d'une information."

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