Samsonite: prison ferme pour les patrons
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Déjà condamnés en 2009, les repreneurs de l'usine d'Hénin-Beaumont ont écopés des mêmes peines.

L'affaire avait fait grand bruit en 2007. L'usine de fabrication de valises Samsonite de Hénin-Baumont, dans le Pas-de-Calais, fermait malgré les promesses des nouveaux dirigeants. Une fermeture dans des conditions suspectes, qui avaient intrigué la justice. Jugés en appel pour avoir sciemment provoqué la faillite de l'entreprise, les repreneurs de l'usine ont été condamnés à un et deux ans de prison ferme. Soit la confirmation du jugement en première instance en 2009 de ceux que l'on surnomme "les patrons voyons". Les trois personnes condamnées devront solidairement payer, au titre des dommages et intérêts, la somme de 2,5 millions qu'on leur reproche d'avoir détournée. Aucun n'était présent au prononcé de l'arrêt par la cour.

Tout aurait commencé en 2005. Samsonite, le numéro un mondial des bagages, avait cédé son usine d'Hénin-Beaumont en 2005, pour un euro symbolique. Les repreneurs avaient reçu plusieurs millions d'euros d'aide de Samsonite pour la reconversion. Le site devait se lancer dans la fabrication de panneaux solaires mais aucun n'avait été produit. En 2007, l'entreprise mettait la clef sous la porte et les 205 salariés perdaient leur emploi.

Prison ferme en première instance

L'affaire jugée en première instance à Paris avait été retentissante. Le secrétaire général de l'usine Jean-Michel Goulletquer avait été condamné à trois ans de prison, dont deux ferme. Le PDG Jean-Jacques Aurel à trois ans également dont un an ferme. Les deux hommes ont en outre été condamnés à une amende de 75.000 euros et une interdiction de gérer une entreprise durant 5 ans.

Olivier Walter, un ancien directeur financier de Delsey devenu consultant, a lui été condamné à trois ans de prison, dont 18 mois avec sursis, 5.000 euros d'amende et une interdiction de gérer. Le consultant, "n'avait absolument pas été gêné de recevoir 800.000 euros pour ses honoraires", ayant même présenté au départ une facture de 2,5 millions, avait fustigé la magistrate.

Un trio déjà au passé trouble

L'avocat général, Mireille Venet, avait rappelé que le trio avait été impliqué dans la reprise d'une usine Delsey à Montdidier, également liquidée en 2006 avec 200 salariés. Elle avait en revanche dédouané le groupe Samsonite, selon elle "totalement étranger aux détournements reprochés aux prévenus". Les avocats de Samsonite ont en effet toujours plaidé que le groupe "n'avait aucune volonté de fermer" le site et que le projet des repreneurs lui avait semblé viable.

Un point du vue combattu par l'avocat des salariés licenciés, Me Fiodor Rilov, qui accuse le groupe américain d'avoir fomenté le projet de reprise comme "un leurre, une farce" pour se débarrasser à bon compte de l'usine. Il attaque aussi le principal actionnaire de Samsonite au moment de la cession, le fonds Bain Capital, fondé par le candidat républicain à la Maison-Blanche, Mitt Romney.

Vers une confirmation des peines ?

Lors du procès devant la Cour d'appel de Paris au mois de mai, le parquet avait demandé la confirmation des peines contre les trois prévenus. "Il ne faut pas oublier la souffrance des 200 salariés qui, aujourd'hui, vivent pour la plupart dans la précarité, 80% d'entre eux n'ayant pas retrouvé de travail" après la liquidation de l'entreprise en 2007, avait souligné, dans son réquisitoire, l'avocat général Mireille Venet. Plusieurs dizaines d'anciens ouvriers ont d'ailleurs assisté à l'audience.

Durant le procès, le dirigeant du Front de gauche Jean-Luc Mélenchon était venu soutenir les anciens ouvriers. Hors audience, il avait dénoncé les "ravages du capitalisme financier" et déploré qu'on "juge les repreneurs mais jamais ceux qui sont derrière".