Sale temps pour les colos

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Sale temps pour les colos
La décision du Conseil d'Etat risque de faire augmenter les coûts des colonies de vacances.@ MAXPPP
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Une décision du Conseil d'État fait craindre le pire aux organisateurs de colonies.

"Les jolies colonies de vacances…" Ce refrain bien connu sera-t-il bientôt obsolète ? Certains directeurs de colonies le craignent : une décision du Conseil d'Etat va rendre obligatoire un repos quotidien de onze heures pour les moniteurs. "C'est la fin des colonies de vacances", fustige, fataliste, Didier Le Guern, qui gère la colonie de Pierrefiques, en Seine-Maritime.
Car cette nouvelle règle "suppose d'avoir deux équipes au lieu d'une", explique-t-il à Europe1.fr. Son centre peut accueillir jusqu'à cent enfants, avec, "en règle générale", treize animateurs, soit un pour sept enfants. "Je ne vois pas comment faire financièrement", déplore-t-il, soulignant que "la plupart des organisations ont déjà un mal de chien à équilibrer leur budget".

"On ne sait pas quoi faire pour la Toussaint"

"On est très embêtés, on ne sait pas quoi faire pour la Toussaint",indique de son côté à Europe1.fr Nadia Bellaoui, secrétaire nationale de la Ligue de l'enseignement. Concrètement le surcoût est estimé à "à peu près 30%" pour les familles, selon Thierry Damien, de Familles rurales. Une journée revenant à 30 euros aujourd'hui coûterait ainsi 10 euros de plus.
Conséquence de cette augmentation : une exclusion des classes moyennes, qui n'auront plus les moyens de payer une colonie à leurs enfants. De quoi fragiliser ce "creuset où l'on trouve un peu de tout", pour Nadia Bellaoui. Ce sont en effet ces classes moyennes qui "paient intégralement leur séjour, sans aides et sans être aisées", souligne-t-elle. Les familles les plus pauvres, elles, bénéficient de nombreuses aides : certaines villes prennent en charge jusqu'à 70% du coût du séjour, les 30% restants pouvant être réglé à l'aide des bons vacances distribués par la CAF.

Or, bien souvent, les classes moyennes "travaillent dans des petites entreprises, où il n'y a pas de comité d'entreprise, et sont juste au-dessus du quotient familial pour toucher des bons vacances",  renchérit Didier Le Guern.

Nature des relations

A la mairie de Saint-Denis, qui envoie chaque année un millier d'enfants en colonie, on avoue n'avoir pas encore "commencé à  budgéter". "On a des tarifs qui n'ont pas bougé depuis dix ans", souligne-t-on cependant dans l'entourage du maire, qui dit tenir à la "dimension sociale" des colonies. "Soit on se bagarrera, soit on prendra des mesures pour que ça n'impacte pas les gens".

Mais au-delà du coût, cette décision suscite d'autres inquiétudes. Mehdi Coly, organisateur de séjours au sein de l'association Vitacolo, estime qu'avec un encadrement d'un moniteur pour cinq enfants, il n'y aura pas d'impact sur le prix des séjours. Mais il affirme tout de même que la décision du Conseil d'Etat risque de "changer la nature des relations avec les monos".

Toujours un peu de bénévolat

"Ce n'est pas vraiment du salariat, il n'y a pas de relation hiérarchique", explique-t-il à Europe1.fr, ajoutant qu'il y a "toujours un peu de bénévolat". Même son de cloche chez le directeur de la colonie de Pierrefiques. "On plaque sur une situation très particulière une organisation du travail professionnel", fustige-t-il.

"Il y a des animateurs qui encadrent, parce que c'est pour eux une respiration, un moyen de vivre quelque chose de fort pendant l'été", complète Nadia Bellaoui, expliquant que pour elle, la solution passe par l'inscription du statut de moniteur dans une "forme nouvelle de service civique".