Réunion : aucun requin pêché

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Réunion : aucun requin pêché
Un requin bouledogue.@ MAXPPP
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La première tentative de capturer 20 requins à des fins d'analyse a échoué vendredi.

Les squales sont dans le viseur de la préfecture. La pêche aux requins, organisée par les pouvoirs publics après une série d'attaques contre des surfeurs, a démarré vendredi à La Réunion, couplée à une opération de marquage afin de mieux connaître leurs habitudes. Mais la préfecture a annoncé samedi que la première tentative de capture avait échoué. D'autres sorties auront lieu la semaine prochaine.

Deux bateaux avaient été affrétés pour cette première pêche destinée à prélever au total dix requins tigres et dix requins bouledogues, qui seront ensuite rapportés à terre pour être disséqués. Précisant que cette sortie avait eu lieu "dans et en dehors du périmètre de la réserve naturelle nationale marine de la Réunion", la préfecture fait savoir qu'"aucun requin n'a été pêché".

"Il ne s'agit pas d'un prélèvement en vue de réguler la population de requins, mais d'une opération menée dans un but exclusivement scientifique aux fins d'analyse", a insisté Antonin Blaison, chercheur à l'Institut de recherche pour le développement (IRD) et spécialiste des requins, qui pilote la mission. "Il n'y aura pas de sortie pour le prélèvement seul. A chaque fois, on fera également du marquage et le requin pêché dans ce cadre sera relâché ", a-t-il affirmé.

Une opération de marquage acoustique

Officiellement, le but de l'opération est de voir si les requins pêchés sont porteurs ou pas de la toxine ciguatera (microalgue), qui interdit actuellement leur commercialisation.

L'opération de marquage acoustique, lancée, elle, depuis octobre, vise à étudier les raisons de la présence des requins et leurs déplacements le long de la côte ouest, où ont eu lieu la plupart des attaques depuis début 2011. Les trois surfeurs tués en 2011 et 2012 l'ont tous été dans cette région, la plus touristique de l'île.

Le marquage consiste à insérer par chirurgie une petite balise acoustique dans la cavité abdominale du requin en le maintenant dans l'eau après l'avoir pêché et fatigué. L'opération dure entre 20 et 45 minutes. Le squale est ensuite relâché.              

"Ne pas déséquilibrer l'écosystème"

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© Max PPP

Vingt-trois requins (14 tigres et 9 bouledogues) ont été marqués depuis l'an dernier et dix stations d'écoute installées le long de la côte afin de suivre leurs mouvements. Le relevé des enregistrements ont ainsi permis de mettre hors de cause les requins marqués dans les dernières attaques contre les surfeurs à Trois-Bassins (un jeune surfeur tué) et Saint-Leu (un surfeur amputé d'une main et d'un pied).

D'ici la fin de l'année, 80 requins devront être marqués et 50 stations d'écoute installées sur le littoral, de Saint-Paul dans l'Ouest à Saint-Pierre dans le Sud.

Pas "de risque zéro sur les sites de spots de surf"

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© MAXPPP

S'agissant de la pêche, les scientifiques seront là pour encadrer l'opération. "Une fois les lignes remontées, je déciderai quels sont les requins à marquer et à prélever", a expliqué Antonin Blaison. "Aujourd'hui, on sait exactement où sont plus ou moins leur zone de vie ou de repos et c'est là qu'on ira les chercher. Il est plus difficile de les attraper quand ils font leurs excursions sur la côte".

Mais cette pêche suscite l'inquiétude des acteurs de la région. Les prélèvements de requins, qui démarrent, "ne doivent pas être effectués en nombre massif" a mis en garde vendredi la Réserve naturelle marine de la Réunion.

Elle demande notamment que "les espèces de requins récifaux de type requin gris, requin à pointes blanches, à pointes noires" ne soient pas pêchés car "ce sont des espèces associées aux récifs", participant de leur biodiversité. Ce qui n'est pas le cas des requins tigres et bouledogues qui font des allers-retours entre la côte et le large. La Réserve souligne que "ces prélèvements n'amèneront en aucun cas un risque zéro sur les sites de spots de surf".

Parallèlement à ces sorties en mer, une pétition demandant une "révision du périmètre et de la réglementation de la Réserve naturelle marine" qualifiée de "garde-manger géant" des requins a été lancée par un député-maire réunionnais.