Retraites : les femmes lésées

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Retraites : les femmes lésées
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Des députés et des associations jugent discriminatoire le projet de loi. La Halde est saisie.

Les femmes, un cas à part. Le projet de réforme des retraites, dont l’examen a commencé mardi à l’Assemblée nationale est considéré comme discriminatoire envers les femmes par des députés de gauche - dont les communistes Marie-George Buffet et Roland Muzeau, la socialiste Danielle Bousquet, les Verts Noël Mamère et Anny Poursinoff et Martine Billardet du Parti de gauche - et des associations. Alors qu’1,1 à 2,7 millions de Français sont descendus dans la rue pour manifester contre ce projet mardi, ils ont saisi la Haute Autorité de discrimination et pour l’égalité (Halde).

"Certaines mesures existantes et/ou figurant dans le projet de loi de réforme des retraites constituent des discriminations indirectes envers les femmes ", écrivent les plaignants. Les signataires estiment que deux mesures "touchent de manière disproportionnée les femmes" : la durée de cotisation exigée pour bénéficier d'une retraite à taux plein et le report parallèle de l'âge légal à 62 ans et de l'âge du taux plein à 67 ans.

La situation actuelle

Aujourd’hui, les pensions que les femmes obtiennent grâce à leur propre travail sont de 42% inférieures à celles des hommes. Elles s’élèvent en moyenne à 825 euros contre 1.425 euros pour les hommes : ce qui équivaut à un écart de 600 euros. La faute à un statut particulier.

Des carrières discontinues

Les femmes sont plus nombreuses que les hommes à être en situation de précarité, cumulant en moyenne des salaires moins élevés - 25% d’écart - et des carrières plus hachées. Ce constat est souvent dû aux grossesses, au besoin de temps libre pour s’occuper des enfants, et au fait qu’elles sont nombreuses à avoir travaillé avec leur mari, sans cotiser. Par exemple, les femmes occupent 82% des temps partiels, et ne sont que 44% à faire une carrière complète, contre 86% des hommes.

Les mamans expliquent subir une double pression. "On nous dit occupez-vous de vos enfants et en réponse, pour notre retraite il faut que l'on travaille plus longtemps. On nous culpabilise si on ne va pas chercher nos enfants à l'école et dans le même temps, si on s'occupe de nos enfants, on nous punit d'avoir été une bonne mère et on nous demande de travailler plus", raconte Laurence qui a pris un congé parental à la naissance de son deuxième enfant.

Le projet de réforme propose de reculer l’âge de taux plein de départ à la retraite de deux ans sans subir de décote, ce qui touche plus directement les femmes en raison de leur situation. Ainsi, pour toutes celles qui n’ont pas réussi à réunir leurs annuités il faudra donc attendre 67 ans pour partir avec une retraite à taux plein, contre 65 ans jusqu'à aujourd'hui.

Le cas des parents fonctionnaires

Autre aspect critiqué de la nouvelle réforme : les parents fonctionnaires qui ont trois enfants et au moins 15 ans d’ancienneté ne devraient plus pouvoir anticiper leur départ en retraite. Et ce, alors que ce dispositif bénéficie surtout aux femmes.

Deux améliorations

Le projet de loi prévoit par contre de comptabiliser comme salaires les indemnités journalières de maternité, ce qui permettra aux femmes de cotiser davantage. Autre promesse : le texte promet "des mesures destinées à garantir que les entreprises s’investissent dans la réduction des écarts salariaux entre hommes et femmes".