Retirée à sa famille d'accueil

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Retirée à sa famille d'accueil
Cindy est "est partie sans un doudou, sans rien" explique François@ MAXPPP
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L'aide sociale à l'enfance a confié Cindy, 5 ans, à une autre famille d'accueil pour "trop-plein" d'amour.

Elle a passé sa première nuit dans un foyer qu'elle ne connaît pas. Cindy, 5 ans, a été confiée mercredi à une autre famille après que son père naturel l'a reconnue. Sandrine et François Boyer qui l'ont élevée depuis ses deux mois, ne peuvent désormais plus l'adopter.

Tout commence en mars 2006. La fillette âgée de deux mois est confiée au couple car sa mère biologique ne peut s'en occuper. Quatre mois plus tard, l'aide sociale à l'enfance leur confirme qu'ils pourront sans doute l'adopter. Signe encourageant, Sandrine et François sont autorisés à se faire appeler "papa" et "maman".

Mais en 2009, tout bascule. La hiérarchie de l’aide sociale à l’enfance change. Tout est remis à plat. Car entre-temps, le père biologique de Cindy l'a reconnue. Il n'est donc plus question d'adoption.
Pendant les deux années suivantes, les rapports sont plus que tendus avec la direction de l’ASE. Jusqu'à mercredi et cette convocation.

"Vous ne la reverrez plus, c'est terminé"

"Au bout d'une demi-heure le responsable est venu nous voir dans la salle d'attente en nous disant maintenant vous pouvez rentrer chez vous. Cindy est dans sa nouvelle famille d'accueil. Vous ne la reverrez plus, c'est terminé. Merci, bonne journée et au revoir", raconte Sandrine au micro d'Europe 1. Si la finalité c'était qu'elle retourne avec son papa et sa maman, bien sûr on aurait eu du mal mais on aurait accepté. Ce que l'on n'accepte pas c'est qu'elle soit bougée d'une famille d'accueil à une autre, soit disant pour son bien".

Raison invoquée par l'ASE ? Il y a trop de liens entre cette famille et Cindy. François craint, lui, que cette séparation ne soit vécue comme un nouvel abandon par la petite fille.

"Elle est partie sans un doudou, sans rien et surtout les derniers mots qu'on lui a dits c'est 'à tout à l'heure ma puce. C'est une forme de mensonge, raconte François. "C'est pour cela qu'on est en colère, dans la peine, dans la détresse. On est face à un bloc pour qui l'enfant ne compte pas, Cindy ne compte pas. Aujourd'hui, j'en arrive à me demander si on a eu raison d'aimer Cindy. Finalement, il aurait fallu que ça se passe mal".

Les recours sont minces

Aujourd'hui, les recours de cette famille sont minces, voire nuls. La loi française dans ce domaine ne prévoit pas du tout la question affective contrairement aux pays anglo-saxons par exemple. Patricia Adam est députée socialiste. Elle préside le groupement d'intérêt public sur la protection de l'enfance.

"Les assistants familiaux sont des professionnels et à ce titre doivent se comporter comme des professionnels et non pas des parents", analyse la députée socialiste. "En France, le concept de l'attachement n'est pas reconnu par les autorités. Il y a des parents qui sont visiblement légitimes, qui détiennent l'autorité parentale, sinon cette enfant serait pupille, et ces parents ont aussi des droits. En France, on a la priorité de garder le lien avec les parents. Peut-être que l'on va trop loin en ce domaine et que l'on a un équilibre à trouver entre les deux".

Du côté des associations, c'est l'indignation. "Pourquoi est-ce qu'on ose traiter les enfants, comme on les traite ?, s'insurge Martine Brousse, présidente de l'association La Voix de l'Enfant. "On ne le fait même pas avec un chien qui est placé par la SPA, qui a un suivi et on ne se pose pas la question s'il faut le changer ou pas de famille". (...) "Qu'est ce que fait l'institution départementale en arrachant ces enfants des familles d'accueil ? C'est de la maltraitance institutionnelle. L'intérêt de l'enfant, c'est de pouvoir aussi avoir le droit de pouvoir dire 'papa, maman' même à des personnes qui ne sont pas les parents biologiques" conclut-elle.

Les Boyer ne veulent pas renoncer

La famille Boyer continue de mobiliser autour d’elle. Sur Internet, ils ont reçu de nombreux messages de soutien. Ils ont d'ailleurs créé un groupe sur Facebook "Pour le bonheur de Cindy". Sandrine et François ne veulent pas renoncer. Ils se disent prêts à poursuivre l’affaire devant le tribunal administratif et souhaitent une réelle prise de conscience afin de faire évoluer la législation.