Récit d’un ex-évadé fiscal

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Récit d’un ex-évadé fiscal
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L’ancien titulaire d’un compte en Suisse raconte comment et pourquoi il a rapatrié son argent.

Ils avaient jusqu’au 31 décembre pour se faire connaître. Il y a un an, Eric Woerth inaugurait la cellule de régularisation fiscale, à Bercy. 3.500 Français exilés fiscaux se seraient présentés depuis. L’un d’entre eux, qui avait hérité de 5 millions d'euros déposés sur un compte en Suisse, a accepté de se confier à Europe 1, sous couvert d’anonymat.

"Cet argent m’est tombé du ciel. Je ne me considérais pas comme un voyou. Mais en période de crise, quand on voit des salariés qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts, alors que je ne paye pas l’impôt… Il y a un grand côté moral qu’on n’a pas assez expliqué", raconte l’homme, qui exprime son soulagement après sa décision de rapatrier l’argent en France. "Je suis serein, content, surtout de ne plus être caché. Je ne suis pas dans le maquis. Je suis devenu un citoyen assujetti à l’impôt sut cette somme-là, dont il me reste environ les trois quarts. " Soit près de 4 millions d’euros.

"Il y avait une paranoïa"

Les régularisés ont négocié des taux de pénalité moins importants, à hauteur de 20% pour le retard d'ISF et la fraude, au lieu de 70 % voire 80 % s'ils s'étaient fait prendre. Il s’agit le plus souvent de retraités qui régularisent en vue de leur héritage. La plupart ne sont pas des spécialistes de l'évasion fiscale. Bien souvent, ils n'avaient pas d'avocats et ont ouvert les Pages Jaunes au hasard. Le tout dans un climat de psychose.

"Il y avait une paranoïa. Une peur de l’impôt, peur de l’Etat, peur du fisc, peur du contrôle. Une peur aussi de s’engager dans un processus avant de bien en comprendre tous les tenants et les aboutissants", confirme maître Carine Duchemin, du cabinet DJP, qui a géré elle-même sept dossiers de régularisation. "Certains clients au début non seulement ne donnaient pas leur nom, mais ils appelaient régulièrement de cabines téléphoniques pour être sûrs de ne pas être identifiés au cas où nos téléphones seraient mis sur écoute.

Dix inspecteurs à plein temps

Mais en fait, beaucoup de dossiers n'ont pas abouti car les exilés n'ont pas eu le temps de se retourner. Six mois pour trouver l'avocat, faire les démarches, décider les autres membres de la famille, c'est court. Et la cellule a vraiment commencé à voir arriver des candidats à partir de septembre, donc après la menace d'Eric Woerth qui avait brandi sa liste de 3.000 évadés.

Aujourd'hui, 10 inspecteurs du fisc travaillent à temps plein sur les dossiers, et les courriers qui confirment la régularisation sont en train d'arriver. Mais les chèques de règlement de l'ISF signés en octobre n'ont toujours pas été encaissés. Il y a un peu de retard car chaque inspecteur a 300 dossiers à éplucher.

En tout, près de 3.500 dossiers ont été régularisés. Mais on estime qu'il y a 500.000 comptes français cachés, uniquement en Suisse.