Raymond Aubrac, le Résistant

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Raymond Aubrac, le Résistant
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PORTRAIT - Grand Croix de la Légion d'honneur, il laissera le souvenir d'un homme engagé.

Raymond Aubrac, l'un des derniers Compagnons de la Libération a avoir côtoyé Jean Moulin, est mort mardi soir à l'hôpital militaire du Val de Grâce à l'âge de 97 ans. Avec sa femme Lucie, morte en 2007, il formait un couple emblématique de la Résistance de 1939-1945.

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De son vrai nom Raymond Samuel, Raymond Aubrac est né le 31 juillet 1914, le jour de l'assassinat de Jean Jaurès, à Vesoul, en Haute-Saône, dans une famille juive. Il était ingénieur civil des Ponts et Chaussées, licencié en droit et titulaire d'un Master of Science de la prestigieuse université américaine Harvard.

Co-fondateur de Libération

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© reuters

Il fait son service militaire en tant qu'officier du génie sur la Ligne Maginot au moment où éclate la Seconde Guerre mondiale. Il retrouve alors à Strasbourg une certaine Lucie Bernard, qu'il avait déjà rencontrée à Paris dans une réunion estudiantine et qu'il épousera le 14 décembre 1939. Ils auront trois enfants, qui leur donneront dix petits-enfants.

Dès 1940, il s'engage dans la Résistance avec sa femme, Lucie. Sous le pseudonyme Aubrac, il participe avec Emmanuel d'Astier de La Vigerie à la création de "La Dernière Colonne" qui prendra ensuite le nom de "Libération Sud", l'un des huit mouvements qui constituent le Conseil national de la Résistance (CNR).  L'activité première de ce mouvement est la diffusion d'un journal clandestin Libération, qui deviendra le second journal clandestin le plus diffusé après Combat avec 200.000 tirages. A partir du 21 août 1944, il paraîtra quotidiennement, et ce, jusqu'en 1964. Son titre sera repris en 1973 par l'actuel journal.

"C'était un homme de tête"

François Yves Guillain, ancien résistant, a connu Raymond Aubrac à 21 ans. Ce "camarade de résistance" était resté en contact avec lui et s'est souvenu sur Europe 1 d'un homme "intelligent, qui ne parlait pas tellement".

"Son épouse parlait beaucoup, était très volubile, tandis que lui était plus effacé. C'était un homme de tête, ce qu'il disait était toujours réfléchi",

"Un couple, deux héros"

Arrêté aux côtés de Jean Moulin, le 21 juin 1943 à Caluire, près de Lyon, dans le Rhône, Raymond Aubrac est interrogé par Klaus Barbie, le chef de la Gestapo. Emprisonné à Montluc, il sera libéré quatre mois plus tard grâce à sa femme, qui organisera un intrépide raid de commando, et entrera ainsi dans la légende de la Résistance.  

>> En 1983, il racontera à Paris Match le sadisme du "Boucher de Lyon". Pour lire son témoignage, cliquez ici.

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Cet épisode marquera Claude Berri, qui en a fait un film "Lucie Aubrac", sorti en 1997, avec Carole Bouquet dans le rôle de l'héroïne.

Recherché par la Gestapo, le couple fuit vers Londres. Raymond Aubrac gagne ensuite Alger, où il devient délégué à l'Assemblée consultative en juin 1944. A la Libération, il est devient commissaire régional de la République à Marseille, responsable du déminage du littoral, puis inspecteur général à la Reconstruction.

En 1947 et 1950, il est témoin à charge lors des deux procès du résistant René Hardy, mort en 1987, accusé d'avoir livré Jean Moulin à la Gestapo et finalement acquitté au bénéfice du doute.

En 1948, alors compagnon de route du PCF, il renonce à une carrière de haut fonctionnaire pour fonder le Bureau d'études et de recherches pour l'industrie moderne (BERIM), spécialisé dans le commerce avec les pays communistes, qu'il a dirigé pendant dix ans. Il est ensuite devenu directeur à l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), de 1964 à 1975.

Un citoyen actif

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Encore engagé à gauche, il avait été ovationné en février 2008 après un discours défendant la laïcité, lors du meeting de campagne de Bertrand Delanoë pour les municipales. Il avait appelé à voter pour François Hollande au premier tour de la prochaine élection présidentielle. Il avait également fait partie d'une association d'anciens résistants qui avaient dénoncé comme un "coup électoral" la possible visite, cette année comme tous les ans, de Nicolas Sarkozy au plateau des Glières, haut-lieu de la Résistance dans les Alpes.
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Grand officier de la Légion d'honneur, Croix de guerre 39-45, rosette de la Résistance, Raymond Aubrac faisait partie des Compagnons de la Libération, dont moins d'une trentaine sont encore en vie. Il avait publié en 1996 son autobiographie, "Où la mémoire s'attarde" et  était resté un citoyen très actif, se rendant pendant des années en compagnie de sa femme pour témoigner et raconter la Résistance dans les collèges et les lycées, dont beaucoup portent leur nom.