Que dit le documentaire sur Outreau ?

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Que dit le documentaire sur Outreau ?
@ CAPTURE D'ECRAN
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Un film sur l'affaire de pédophilie sort au cinéma mercredi. Il se concentre sur les victimes.

L'info. Dix ans après la vaste affaire de pédophilie qui a marqué l'opinion publique, le documentaire "Outreau, l'autre vérité" sort mercredi au cinéma. Ce film, réalisé par Stéphane Garde et produit par Bernard de la Villardière et sa société Ligne de front, qui entend réhabiliter la parole des enfants qui ont dénoncé les abus sexuels, insinue le doute sur l'innocence des acquittés.

La thèse du documentaire. "On ne vous a pas tout dit", "une parodie de justice", les phrases choc dans la bande-annonce du documentaire annoncent la couleur. Durant une heure et demi, le film s'attache à rendre justice aux enfants d'Outreau. Des enfants dont la parole aurait été ignorée, cherche à démontrer le réalisateur. "Depuis cette affaire, il y a une jurisprudence non écrite qui fait que plein de témoignages d'enfants sont rejetés parce qu'on dit qu'un enfant peut mentir et on a peur d'une nouvelle 'affaire Outreau'", assure le producteur Bernard de la Villardière, interrogé lundi soir sur France 5..

Ce qu'on voit dans le documentaire. Les témoignages de 23 personnes qui ont accepté de raconter "leur" affaire Outreau se mêlent à quelques images d'archive et des plans sur des pièces de procédure. "Je ne veux pas refaire le procès du procès. On se contente d'interroger les gens - magistrats, experts, journalistes, victimes - qui ont suivi l'affaire", assurait encore Bernard de la Villardière lundi. Deux des victimes, Dimitri et Chérif Delay (avec qui Serge Garde a déjà écrit un livre témoignage), dont les parents Thierry Delay et Myriam Badaoui ont été respectivement condamnés à 15 et 20 ans de prison pour viols, redonnent ainsi leur version des faits. Autre acteur de l'affaire : le juge d'instruction Fabrice Burgaud, qui ne s'était pas exprimé depuis la commission d'enquête parlementaire et défend son enquête dans le documentaire.

Parmi les témoins figurent encore la psychologue clinicienne Marie-Christine Gryson-Dejehansart, qui a expertisé les enfants d'Outreau mais des magistrats comme Michel Gasteau, un ancien président de cours d'assises (NDLR : qui ne présida pas la Cour d'assises de Saint-Omer). D'autres ont eu à examiner l'affaire de près ou de loin, comme l'un des deux avocats des victimes ou des journalistes, comme Jean-Michel Décugis de l'hebdomadaire Le Point. Me Pascale Pouille-Deldicque, la première avocate de Myriam Badaoui - la principale accusatrice de l'affaire, condamnée à 15 ans de prison - raconte, elle, comment les avocats de la défense ont réussi à "intimider" les enfants, selon elle. 

Le coup de gueule de Dupond-Moretti. Me Eric Dupond-Moretti, qui a défendu pendant le procès Roselyne Godard, qu'on surnommait la "boulangère", est très remonté contre le documentaire. "Ce film est d'une absolue malhonnêteté. On est allé chercher des témoins qui ne sont témoins de rien. On n'a pas raconté la véritable histoire", a-t-il dénoncé mardi sur Europe 1. Le réalisateur a interrogé "un président de Cour d'assises qui n'a rien présidé, des journalistes qui n'ont assisté à rien. On n'est pas allé voir les acquittés, les avocats, 50 personnes qui ont été accusées à tort, on n'a pas raconté la véritable histoire.", s'indigne-t-il. Le film n'est qu'insinuation, selon lui :"c'est le soupçon qui est lancé dans sa forme la plus scandaleuse. [on affirme :] Il y a parmi ces gens des coupables : choisissez lesquels ! C'est la loterie de la culpabilité !"

La réponse de l'auteur. "Il ne faut pas me prêter des intentions qui ne sont pas les miennes", lui a répondu Serge Garde, le réalisateur, sur Europe 1. "Mon film part de la parole des grands oubliés de cette affaire. Personne ou quasiment ne sait qu'il y a eu douze enfants reconnus victimes par la justice, cette même justice qui a acquitté treize des accusés. Ces enfants, on les a complètement oubliés", a-t-il justifié. "Ce n'est pas une contre enquête, je ne remets pas en question le verdict et l'acquittement", assure de son côté Bernard de la Villardière.