Procès Muller : "Acquitator" a encore frappé

  • A
  • A
Procès Muller :  "Acquitator" a encore frappé
@ Maxppp
Partagez sur :

PORTRAIT -  L'avocat Eric Dupond-Moretti a obtenu jeudi à Nancy son 120e acquittement.

Le champion des acquittements. Il s'est imposé comme un champion des acquittements. Avec son physique de rugbyman, son ironie mordante et la rudesse de ses interrogatoires à la barre, l'avocat Eric Dupond-Moretti vient d'obtenir une nouvelle victoire judiciaire jeudi à Nancy, cette fois en faveur du docteur Jean-Louis Muller, accusé d’avoir maquillé le meurtre de sa femme en suicide.

Des acquittements, Eric Dupond-Moretti, ténor du barreau de Lille, en aurait arrachés quelque 120, mais il avoue ne plus les compter. "Je laisse cela à la presse", répète, faux modeste, le pénaliste de 52 ans, que les journalistes ont parfois surnommé "Acquitator". Un sobriquet qui parfois le flatte, parfois l'agace. Retour sur un personnage au parcours exceptionnel.

"Un tonton flingueur".  Craint par ses confrères, redouté par les magistrats, critiqué pour les "sales quart d'heure" qu'il promet à certains témoins, ce plaideur au timbre grave mais rond ne manque jamais de dénoncer le rouleau compresseur de la machine policière et judiciaire et entend rétablir "des procès équitables". "C'est un tonton flingueur qui confond souvent enceinte judiciaire et ring de boxe. Chez lui, la fin justifie les moyens", déplore un haut magistrat, une profession au sein de laquelle il est rarement apprécié, mais souvent respecté.

Eric Dupond- Moretti, avocat 930x620

Instiller le doute. "On dit que je terrorise les juges, c'est faux. Je terrorise les cons", a pris l'habitude de répondre le pénaliste. Sa technique ? Décortiquer inlassablement les dossiers pour en déceler les contradictions, les légèretés, les raccourcis des enquêteurs, des experts, ou des psychiatres; pour mieux instiller le doute qui doit profiter à l'accusé chez les jurés et emporter leur intime conviction.

Outreau, Sécher, Viguier… Car au fil de sa carrière entamée en 1984, Me Dupond-Moretti a constitué un dossier à charge contre la justice : Outreau, sa plus spectaculaire affaire, qui l'a fait connaître au grand public; Loïc Sécher, accusé à tort de viols puis innocenté après la révision de son procès; Jacques Viguier, le professeur de droit deux fois acquitté du meurtre de son épouse, etc. L'avocat est également devenu "un ours", "un ogre", "une bête noire" médiatique, selon le bestiaire auquel lui ou ses confrères le comparent - souvent pour mieux le critiquer.

Un verbe haut et des formules cinglantes.  Dans les prétoires, son vocabulaire pittoresque et ses colères font mouche. Il dénonce tantôt un réquisitoire en forme de "ratatouille", tantôt un procès devenu un "concours Lépine de l'hypothèse", ou encore une procédure ayant tourné au "fiasco" sous la "dictature de l'émotion". Perpétuellement en déplacement entre deux cours d'assises, celui qui a défendu Yvan Colonna se compare volontiers à un "chanteur de variétés qui se produit dans les préfectures au fil des galas".

Dupond-Moretti

© MAXPPP

Un écorché vif. Rêve d'artiste ? Récemment, il s'est essayé au cinéma en interprétant un avocat dans Les salauds de Claire Denis, et évoque, gourmand, de futurs rôles sur grand écran. Provocateur, insolent, aussi affamé à la barre que devant une assiette de charcuterie, ce fils d'un métallurgiste mort lorsqu'il avait 4 ans et d'une femme de ménage est décrit par ses confrères comme "sensible" et "écorché vif".

Coup de foudre au tribunal. Il rappelle que longtemps, il a vomi de trac avant chaque plaidoirie. Lorsqu'il s'adresse aux jurés, il use toujours de mots simples, compréhensibles par tous. Un jour, à Lille, une jurée a succombé au personnage. La romance a débouché sur un mariage, et la famille recomposée avec quatre enfants habite toujours le Nord, dans une ferme où il élève des faucons.

Des clients célèbres. Eric Dupond-Moretti a toutefois récemment cédé à la tentation d'un cabinet secondaire à Paris, bien qu'il ait longtemps fait une coquetterie de ne pas être installé dans la capitale; mais il a refusé la Légion d'honneur qu'on lui a récemment proposée. Autrefois défenseur des anonymes, il accepte aujourd'hui les dossiers de célébrités, comme le trader Jérôme Kerviel, l'ancien conseiller de l'Elysée Henri Guaino, ou Bernard Tapie.

L’avocat le plus puissant de France ? Ce revirement d'image lui a valu une rétrogradation retentissante dans le "classement annuel des avocats les plus puissants de France" établi en octobre par le magazine GQ. Dans ce Top 30 des robes noires, il est passé de la première à la cinquième place, provoquant un certain remous dans les salles des pas-perdus. Il a juré ne pas s'en émouvoir. Mais sur ce point, une fois n'est pas coutume, il n'a pas vraiment convaincu.