Double meurtre de Montigny : Henri Leclaire a-t-il joué un rôle ?

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Double meurtre de Montigny : Henri Leclaire a-t-il joué un rôle ?
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PORTRAIT - Premier suspect dans l'affaire de Montigny, il a bénéficié d'un non-lieu en 2013. Depuis mardi, il se retrouve mis en examen pour meurtre.

Pour lui "le cauchemar continue". Le nom d'Henri Leclaire revient régulièrement dans l'enquête sur le double meurtre de Montigny-lès-Metz, le 28 septembre 1986. Cet ancien manutentionnaire a été le premier suspect dans l'enquête avant de bénéficier d'un non-lieu en 2013. Mais depuis mardi, il se retrouve une fois de plus dans le rôle du suspect. Le retraité, aujourd'hui âgé de 65 ans, a en effet été mis en examen pour meurtre et placé sous contrôle judiciaire.

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Ces nouvelles poursuites résultent d'une information judiciaire ouverte en avril dernier au lendemain du procès de Francis Heaulme. La cour d'assises de Moselle, qui devait alors juger "le routard du crime" pour le double meurtre, avait renvoyé le procès après deux témoignages de dernière minute accablant Henri Leclaire. Le procès Heaulme était de fait devenu celui d'Henri Leclaire.

Europe 1.fr revient sur un feuilleton vieux de 28 ans.

Nerveux. A l'époque du drame, Henri Leclaire travaille dans une imprimerie au pied du talus où ont été retrouvés Cyril et Alexandre. Son comportement dans les jours qui suivent le crime intrigue les gendarmes - la grand-mère de l'une des victimes travaille comme femme de ménage chez le père d'Henri et le jeune homme se montre très nerveux en sa présence, explique Le Républicain lorrain.

Confessions. Devant les enquêteurs, Henri Leclaire avoue avoir tué les deux enfants de huit ans. Des confessions retranscrites dans cinq pages d'audition. Il raconte notamment avoir fait des rondes en Vespa, dans la rue en contrebas du talus, l'après-midi du crime. Il assure avoir frappé les garçons avec "une pierre de la grosseur de la main".

Reconstitution. Mais la reconstitution des faits tourne court. Du fait de sa corpulence, Leclaire est incapable de monter en haut du talus. Celui qui est alors le suspect n°1 s'embrouille également dans le nombre de pierres utilisées pour frapper les enfants et sur la manière dont ils étaient habillés. Les enquêteurs abandonnent cette piste.

Conversation. En 2002, c'est Francis Heaulme lui-même qui ressort le nom d'Henri Leclaire. Il affirme avoir "vu un homme petit et trapu avec des cheveux courts descendre en vitesse du talus". Heaulme assure également avoir parlé avec lui : "J'ai fait une connerie. Je m'appelle Henri Leclaire", lui aurait dit cet homme. Puis il assure par la suite avoir inventé cette conversation, mais Heaulme ne cesse de changer de version. Au cours des investigations menées à partir de 2008, Leclaire n'est pas mis en examen. Il est entendu sous le statut de témoin assisté.

Mystère. L'un des mystères est de savoir si Heaulme et Leclaire se connaissaient. Ce dernier affirme n'avoir jamais vu le tueur en série avant 2002, date du procès en appel de Patrick Dils. Mais une témoin affirme le contraire. Marjorie Thiriet, secrétaire de l'entreprise pour laquelle travaillait Heaulme comme manutentionnaire au moment du crime, affirme avoir vu les deux hommes ensemble peu après le double meurtre.

Oncle. Dans un reportage d'Envoyé Spécial consacré à l'affaire, elle affirme que Francis Heaulme est venu récupérer son solde de tout compte, quelques jours après la mort des enfants. Selon elle, l'accusé était accompagné d'un homme qui s'est présenté "comme son oncle". Alors qu'on lui présente des photos d'Henri Leclaire datant de l'époque, elle se dit frappée par la ressemblance entre l'homme de son souvenir et celui qu'elle voit sur la photo.

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Incohérences. Pour l'avocat de Leclaire, les accusations de Heaulme ne sont qu'un moyen pour détourner l'attention. "Ce dossier comporte assez d'incohérences pour que Francis Heaulme, le plus grand criminel du XXe siècle, accuse un innocent", dénonce Me Hellenbrand dans les colonnes de l'Express.

Usé. "Je suis fatigué et usé. Tout ça a gâché ma vie. Je veux juste qu’on me laisse tranquille maintenant. Je n’étais pas rue Vénizelos le 28 septembre 86, je ne connaissais pas les enfants et je ne connaissais pas Heaulme", martelait pour sa part Henri Leclaire avant l'ouverture des débats en mars dernier.

Rebondissements à l'audience. "Tranquille", Henri Leclaire ne l'aura pas été lors du procès Heaulme. Quelques jours avant l'ouverture des débats, de nouveaux témoignages le désigne.  Ainsi, dès les premiers jours, le procès du "routard du crime" est devenu le sien.  Ces deux témoins de dernières minutes ont en effet clairement désigné Henri Leclaire comme l'une des personnes à l'origine du drame. La femme d'un avocat avait assuré avoir reçu les confidences d'Henri Leclaire et l'autre, un conducteur de train, avait affirmé l'avoir vu à proximité des lieux du crime le jour du double meurtre.

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Ces nouvelles révélations ont donc provoqué le renvoi du procès de Francis Heaulme et l'ouverture d'une information judiciaire visant Henri Leclaire. Deux juges d'instruction ont alors été désignés par mener l'enquête. Mardi, les magistrats ont estimés qu'ils disposaient "d'éléments grave et concordants" justifiant de le mettre en examen.

Et maintenant ? Il devrait donc y avoir un procès avec deux accusés : Francis Heaulme et Henri Leclaire. Un procès qui ne devrait pas intervenir avant deux ans. En attendant, Henri Leclaire a été placé sous contrôle judiciaire, avec notamment l'interdiction pour lui de rencontrer les trois témoins l'incriminant dans cette affaire.

Cet article, initialement publié le 30/03/2014, a été mis à jour le 05/08/2014

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