Procès du djihad : "il est sorti grandi de cette affaire"

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Procès du djihad : "il est sorti grandi de cette affaire"
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RECIT - Le parquet a demandé la condamnation à de la prison ferme des trois prévenus.

L'audience. Au second jour du procès de trois jeunes hommes soupçonnés d'avoir voulu partir faire le djihad en Syrie, le parquet a requis la condamnation des trois prévenus. L'avocat de Fares a demandé la relaxe de son client, celui de Youssef du sursis avec mise à l'épreuve. De son côté, Salah-Eddine a assuré sa défense seul, maladroitement. Europe1.fr était à l'audience. Récit.

Encore en retard. L'audience démarre en retard et pourtant, malgré la demande insistante du président la veille, Salah-Eddine n'est pas là. Lorsqu'il arrive, peu avant 14 heures, le magistrat ne lui jette même pas un regard. Il ne semble que peu apprécier le motif de ce retard : Salah-Eddine était à la mosquée pour la prière du vendredi. Il souligne que la justice d'un Etat laïque ne devrait pas avoir à subir les conséquences de sa pratique religieuse.

"Pas des questions piège". Pour cette seconde audience, le tribunal s'intéresse à la personnalité des trois prévenus. Le président les interroge donc chacun leur tour. "J'essaie juste de comprendre qui vous êtes. Ce ne sont pas des questions piège", assure-t-il à Youssef, lorsque ce dernier rechigne à détailler son parcours professionnel. Une nouvelle fois, le plus âgé des prévenus s'est attiré les foudres du tribunal, et notamment du procureur qui lui reproche vertement son "air goguenard" lorsqu'il répond, "comme s'il avait compulsé le 'manuel de survie devant un tribunal' après celui en garde à vue", que les prévenus s'étaient effectivement procuré lors de leurs préparatifs.

Des comparaisons osées. Certaines réponses de Youssef tirent, comme la veille, quelques sourires au public. Quand il affirme par exemple que lorsque certains ont des photos de Britney Spears dans leur téléphone portable, d'autres ont Ben Laden. Mais parfois, la provocation va un peu loin. Le jeune homme n'hésite ainsi pas à comparer les djihadistes au résistants de la Seconde guerre mondiale - "ils ont combattu pour sauver leur pays contre les nazis", tout comme, selon lui, les djihadistes doivent combattre pour aider tout pays musulman attaqué.

"J'espère que je ne dis pas de grossièreté". Pour Salah-Eddine, les questions du tribunal se concentrent autour de son parcours professionnel. Le jeune homme de 24 ans, qui travaillait à temps partiel comme livreur de pizzas, a démissionné il y a plusieurs mois "pour se reposer". "Et vos projets professionnels ? J'espère que je ne dis pas de grossièreté...", ironise le juge. "Je chercherai un emploi, je prendrai ce qu'il y a...", tente Salah-Eddine. "Et vous attendez quoi ?", s'impatiente le magistrat.

"Pas un coup de tête". Puis vient le tour des réquisitions du procureur. "Leurs intentions sont claires dès le début, dès décembre 2011", affirme-t-il. Selon lui, "il ne s'agit pas d'un départ sur un coup de tête, ils ont pris le temps de la réflexion". Les trois prévenus sont "capables de mettre en oeuvre un projet djihadiste rapidement", c'est le "symbole d'une radicalisation violente facilitée par internet", poursuit le représentant du parquet.

"Réprimer la potentialité". "Ce que vous devez réprimer c'est la potentialité pour les prévenus de parvenir au bout de leurs actes", demande-t-il au tribunal. Et si le procureur reconnait que Fares "a pris conscience de la réalité après son arrestation" - "il faudra en tenir compte" -, elle n'existe pas chez Youssef et Salah-Eddine : "le djihad est encore dans leurs têtes". Il demande donc la condamnation à six ans de prison pour Youssef, quatre ans de prison, avec mandat de dépôt, pour Salah-Eddine et trois ans dont un avec sursis pour Fares.

"Faire le djihad, c'est du terrorisme ?" Des peines beaucoup trop lourdes pour les avocats. Le conseil de Fares déplore que le tribunal soit "parti du postulat que partir faire le djihad en Syrie, c'est un acte de terrorisme". "Pendant ce procès, je n'ai pas entendu le mot terrorisme, mais j'ai entendu djihad. L'intention djihadiste est-elle nécessairement terroriste ?", résume Me Matthieu de Vallois.

"Il sort grandi". "Aujourd'hui, Fares a changé de discours. C'est un garçon qui est sorti grandi de cette affaire", poursuit son avocat. "Je ne vous demande pas de clémence, je vous demande la relaxe", conclut-il.

"Des indécis, c'est certain". L'avocat de Youssef prend ensuite la parole. Il dénonce "les peines très différentes demandées par le procureur". "Pourquoi Youssef serait-il plus à blâmer dans cette affaire ?", demande Me Julien Fresnault. Les prévenus "ne sont pas des pieds nickelés, des indécis c'est certain, mais surtout des inconscients", poursuit-il. En conséquence, il demande pour son client "un sursis avec mise à l'épreuve". "Qu'on l'oblige à voir sa fille et avoir un travail, ça a un sens", conclut-il.

Quant à  Salah-Eddine, sans avocat, il s'est contenté de dire en quelques mots qu'il ne "voyait les preuves qu'on voulait aller en Syrie".

Décision le 7 mars prochain.

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