Procès des apprentis djihadistes : "ma fille s'appelle Djihad"

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Procès des apprentis djihadistes : "ma fille s'appelle Djihad"
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LE RÉCIT DE L'AUDIENCE - Europe1.fr vous a fait vivre le procès de trois jeunes, soupçonnés d'avoir voulu partir faire le djihad en Syrie.

Ils avaient tout planifié pour leur périple. Mais le voyage de trois jeunes originaires d'Ile-de-France, qui avaient prévu d'aller faire le djihad en Syrie, s'est arrêté en mai 2012 au comptoir d'enregistrement de l'aéroport de Saint-Etienne. Ils sont jugés jusqu'à vendredi devant le tribunal correctionnel de Paris pour "association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme".

>> Europe1.fr vous a fait suivre minute par minute ce procès. Retrouvez-en ici les temps forts. 

19h15. L'audience est suspendue. Elle reprendra demain vendredi à 13h30.

19h. Le plus jeune des prévenus est sous le feu des questions du procureur et du président. Le tribunal cherche à savoir pourquoi il est parti avec ses deux comparses alors qu'il affirme ne plus leur faire confiance au moment du départ, qu'il a l'intention de leur faire faux bond en arrivant en Turquie et poursuivre son chemin vers le Yémen pour étudier l'islam. Le jeune homme se retranche derrière une situation familiale difficile qui le pousse, dit-il, à vouloir quitter son domicile. "Pourquoi ne pas attendre d'avoir des contacts au Yémen avant de partir, puisque cette situation dure déjà depuis longtemps", s'interroge le président. "Pourquoi ne pas avoir simplement quitté la région et vous être installé ailleurs en France ?"

18h15. Sur le téléphone portable d'un des prévenus, la police a trouvé la photo d'un des deux comparses tenant à la main une grenade à plâtre appartenant au troisième. "Je l'ai trouvée par terre", justifie ce dernier. "Moi, j'ai jamais trouvé de grenade à plâtre par terre", ironise le président.

18h. On passe à l'étude du profil Facebook du premier prévenu. Les allusions à l'islam radical y sont nombreuses. "C'est juste un personnage de djihadiste, je pensais que porter les armes c'était une forme de piété", justifie-t-il.

17h55. Le tribunal étudie toujours les écoutes des conversations téléphoniques des trois comparses. On parle notamment "de canne à pêche, de pêcheur, de fleuve et de gros poissons". "Une canne à pêche, c'est une canne à pêche", assure un prévenu. "Vous pêchez dans le désert vous ?", lui demande le président. "Oui, à Tombouctou sur le fleuve Niger", répond-il goguenard. "Moi j'avais compris des armes", rétorque un autre. "Vous vous rendez compte, il vous proposait une partie de pêche et vous vous aviez compris des armes", se moque le président.



16h45. Quelques jours avant leur départ, les trois prévenus parlent "d'entraînement". "J'y allais pour filmer et s'il y avait un entraînement pour courir, tirer, faire du sport, je le ferais. Je peux m'entraîner et ne pas faire la guerre. Pour le plaisir", rétorque l'un des trois.

16h20. L'un des prévenus se rend dans une armurerie pour se renseigner sur des machettes et des couteaux. Dans une conversation téléphonique, il se plaint que le matériel n'est pas aiguisé : les armes "ne tranchent pas de têtes". "C'est une façon de parler", se défend-il aujourd'hui, et souligne que toute la conversation était sur le ton de l'humour.

15h55. On poursuit l'achat de matériel. "Les trucs sans les doigts, ça s'appelle des mitaines. C'était pour quoi ? - Pour conduire - Ah vous deviez conduire beaucoup parce qu'on a retrouvé trois paires. - Ça s'use vite...". Le président semble s'agacer des réponses des prévenus. Deux des jeunes hommes expliquent que tous ces achats devaient servir à un départ en randonnée. "On trouve quand même des gilets tactiques et des holsters", s'étonne le magistrat. "C'était pour du airsoft", justifie un prévenu.



15h15. Le président revient en détail sur le matériel acheté par le trio avant de partir : un 4x4 puis un zodiac. "Je voulais faire du bateau en Méditerranée", explique l'un des trois prévenus. Le magistrat raille : "c'était pour faire du ski nautique ?" Puis ils achètent des lunettes à visée nocturne : " c'était pour voir quoi ?", s'interroge le président. "C'est parce qu'il n'y a pas de lumière là on voulait aller." Plus tard, le président lit la retranscription d'une conversation téléphonique où d'eux des prévenus disent chercher "des jumelles comme dans Pirates des Caraïbes".

14h50. Le plus jeune raconte son parcours de radicalisation. Sportif de haut niveau, il a subi une blessure. "Et là, tout le temps que je passais au sport, je l'ai passé devant des vidéos sur internet. Les vidéos montraient que le djihad est une cause juste, que le combat de Ben Laden est légitime. Je ne le pense plus", explique-t-il.



14h45. Le président interroge l'un des prévenus sur le prénom de sa fille. "Elle s'appelle Djihad", répond-il. Devant l'étonnement du magistrat, il explique : "en France, il y a bien des gens qui appellent leur enfant Pierre, cochon ou jambon." "Ah bon?", demande le président. "Je l'ai vu dans des reportages à la télévision."

14h30. Les trois prévenus réitèrent leurs témoignages. Le premier assure qu'ils se rendaient dans des camps de réfugiés syriens en Turquie pour prendre des contacts afin de rentrer en Syrie. "Mes deux camarades étaient partis sur une idée de s'entraîner au maniement des armes pour faire partie du soulèvement en Syrie", explique le jeune homme. Les deux autres répètent qu'ils se rendaient bien dans des camps en Turquie mais pour faire des reportages. "J'aurais voulu être journaliste", justifie l'un d'eux.



14h15. Le troisième comparse arrive. "Mieux vaut tard que jamais", s'agace le président.

14h10. Le président du tribunal rappelle les faits pour lesquels les trois jeunes hommes sont poursuivis. Il détaille notamment tout le matériel retrouvé sur eux lors de leur arrestation et ce qui a été trouvé lors de perquisitions.

14h. L'un des prévenus comparaît libre, un autre a été extrait de prison. Le troisième est absent. Il n'a pas d'avocat.

13h45. Sur le banc des prévenus. Ils ont 21, 24 et 26 ans et sont tous les trois originaires de la région parisienne. Etudiants en rupture ou sans emploi, ils se sont tournés vers l'islam radical et ont trouvé des réponses à leurs questionnements sur internet.

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