Procès Chirac : jugement le 15 décembre

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Procès Chirac : jugement le 15 décembre
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"J'affirme n'avoir commis aucune faute", a dit Jacques Chirac, par la voix de ses avocats.

Dernier jour de procès dans l'affaire des emplois présumés fictifs de la mairie de Paris. Les quatre avocats de Jacques Chirac ont été les derniers à prendre la parole pour défendre l'ancien maire de la capitale. Le jugement a ensuite été mise en délibéré par le président du tribunal, le juge Dominique Pauthe. Le parquet a d'ores et déjà requis une relaxe générale.

18h21 : "L'affaire est mise en délibéré au jeudi 15 décembre à 10 heures", annonce le président du tribunal, Dominique Pauthe avant de lever l'audience.

18h18 : Le président du tribunal donne une dernière fois la parole aux prévenus. Marc Blondel est le seul à parler  : "Je vous demande de me croire. Je ne connaissais pas la forme administrative de l'embauche des chargés de mission. Et dès que je l'ai connu nous avons remboursé", dit-il. "Je vous ai dit que je n'avais jamais voté Chirac. J'ai menti. J'ai voté Chirac au deuxième tour en 2002", ajoute-t-il. "J'affirme solennellement que je n'ai dit que la vérité", conclut-il.

18h09 : "Que vous le vouliez ou non, on vous demande de juger l'ancien maire de Paris. Mais celui que vous serez tentés de juger, c'est l'ancien Président de la République", dit Me Kiejman. "Moi non plus je ne connaissais pas cet homme, et j'ai été ému par lui. Avec ce procès, j'aurai partagé cette leçon d'humanité. Vous ne pourrez pas rabaisser Jacques Chirac, sans rabaisser la France. Et si vous avez des doutes, nom d'un chien, laissez parler ces doutes !", lance Me Kiejman. "Je ne vois pas pourquoi le parquet n'aurait pas le droit de dire qu'il ne trouve pas d'éléments" pour condamner Jacques Chirac, poursuit-il.

"Je voudrais rêver l'impossible et que le tribunal dira non à cette pression générale", dit Me Kiejman. "Je rêve d'un miracle, c'est que vous rendiez un jugement de relaxe générale. Ceux qui me trouvent trop vieux pour espérer une relaxe générale, vous me peinez énormément", conclut Me Kiejman.

17h43 : "Jacques Chirac, comme chacun de nous, est une enveloppe de chair et de sang qui est capable de faire de grandes choses. Et je pense qu'il ne s'attache pas à de petites choses mesquines", poursuit Me Kiejman. "Il a quand même occupé 50 ans de notre univers politique", rappelle-t-il avant d'égrener tous les mandats de Jacques Chirac. "Derrière l'homme à succès, c'est un homme profondément libre", assure son avocat, ajoutant que l'ancien président avait été l'un des rares de sa famille politique à se prononcer contre la peine de mort, à soutenir l'IVG ou encore à soutenir le "oui" au référendum sur le Traité de Maastricht.

"Il faut savoir qui vous vous apprêtez à condamner, et ce que vous allez condamner avec lui", dit Me Kiejman, qui évoque la position de Jacques Chirac sur la guerre en Irak, la reconnaissance de la responsabilité de l'Etat français dans le génocide juif et la création du musée des Arts premiers, "même si vous voulez que je vous parle de Madame Bres et des autres contrats". Me Kiejman lit ainsi ce que Jacques Chirac disait à propos d'une de ses rencontres avec George Bush, le discours qu'il avait lu devant l'emplacement du Vel d'Hiv' en 1995 ou encore le discours d'inauguration du musée des Arts premiers. "Il est normal que ce grand homme absent, soit au moins présent par les propos qu'il a tenus", dit Me Kiejman, qui évoque encore "sa lutte acharnée contre le Sida" ou son amitié avec la Russie.

17h36 : "Je me suis procuré l'annuaire des personnels de la Mairie de Paris", dit Me Kiejman, et "rien n'a vraiment changé. Le maire a un double cabinet qui emploie à lui seul 200 personnes sur les 50.000 fonctionnaires de la Ville de Paris." "Ce prétendu système est ridicule. Vous voyez Jacques Chirac dire tous les deux mois 'engageons Monsieur Mestre, engageons Monsieur Koté...', c'est ridicule ! Derrière ce mot de système, il n'y a que du vent", juge Me Kiejman. "Qu'y a-t-il de commun entre l'engagement de Monsieur Koté, à la demande de Marc Blondel, ou de celui de Monsieur Mestre, qui a demandé à être détaché de son corps d'origine ? Il n'y a pas de système", martèle l'avocat. "Le tribunal n'a aucune idée du désordre qui règne dans l'administration", dit-il encore.

17h29 : "Ce procès est inéquitable", assure Me Kiejman. "D'accord par la présence des parties civiles. Anticor prétend défendre les citoyens, mais non ! Il représente un seul magistrat désavoué qui croit pouvoir prendre sa revanche", dénonce l'avocat de Jacques Chirac. "Se pose aussi le problème de la durée de ce procès", poursuit Me Kiejman, convenant qu'il n'a pas toujours d'accord avec ses confrères, notamment Me Veil qui pensait que puisque Jacques Chirac avait bénéficié d'une immunité, on ne pouvait reprocher la durée de la procédure. "Mais vous ne pouvez pas reprocher ce délai de protection car 8 Français sur 10 ont voté pour lui en 2002", prolongeant ainsi son immunité, estime Me Kiejman.

17h23 : Georges Kiejman est le dernier avocat à prendre la parole dans ce procès. "Je vous étonnerais si je vous disais que je n'ai pas été convaincu par les arguments de mes confrères", dit Me Kiejman. "Je suis conscient que ce tribunal est coutumier des affaires difficiles. Mais ce procès est peut-être l'un des plus difficiles que vous aurez à trancher. Il est rat qu'on ait à juger des faits vieux de 20 ans. Et pour la première fois, on juge un ancien Président de la République. Votre responsabilité est immense : votre jugement sera la dernière image que l'on gardera de Jacques Chirac. Vous transformez la vie de Jacques Chirac en destin. Soit vous restez des magistrats au service de la loi, soit vous vous élevez à cette condition supérieure du juge qui sait que parfois la justice est contraire à la loi", dit Me Kiejman. "Même en restant dans la loi, il me semble que l'acquittement de Jacques Chirac et des autres prévenus est possible", ajoute-t-il.

16h10 : Eric Dezeuze, un troisième avocat de Jacques Chirac, plaide. Il débute en parlant de Gerhard Richter, un peintre allemand figuratif qui reproduit des photos en les floutant. "Un juge (en allemand, Richter signifie juge, ndlr) qui rend la réalité floue", dit Me Dezeuze, dans une allusion à peine voilée au président du tribunal. L'avocat évoque les contrats que sa consoeur n'a pas évoqué juste avant, ceux de Marc Blondel, de Madeleine Farrard, de Jean-Michel Beaudoin et de Patricia Lefeuvre.

"Le président Chirac réclame le droit. Il veut être jugé comme un citoyen ordinaire, avec des preuves pas avec des suspicions. Le tribunal n'a rien", conclut Me Dezeuze. "Monsieur Chirac est devant vous, à travers ses avocats."

15h13 : Une deuxième avocate de Jacques Chirac prend la parole. "Vous n'êtes pas saisis par une ordonnance de renvoi mais par un acte d'accusation", dit Marie Burguburu. "L'ordonnance se fonde essentiellement sur de prétendus accords politiques, sous-entendu accords politiques frauduleux", ajoute-t-elle. Me Burguburu démonte à son tour une partie des emplois fictifs reprochés à Jacques Chirac. "Parce que c'était lui, parce que c'était moi, parce que c'était De Gaulle, parce que c'était Chirac, parce que c'était politique... alors c'était forcément délictueux, a estimé le magistrat instructeur", dénonce-t-elle.

"Une deuxième chance n'est pas un délit. Si tel était le cas, dans quelle société serions-nous ? Et je n'aime pas cette société", dit Me Burguburu, à propos du contrat de François Debré. "Nous sommes ici dans une enceinte de justice et le droit doit primer sur les rumeurs qui ont fait tant de mal", lance l'avocate avant de demander la relaxe de Jacques Chirac. L'audience est suspendue une dizaine de minutes.

15h05 : Me Veil dit quelques mots à propos de Jacques Chirac. "J'ai beaucoup vu Jacques Chirac. Moins récemment. Je l'ai beaucoup vu en 2007, 2008, 2009. Mais je ne connais pas Jacques Chirac. Qui connaît Jacques Chirac ? Derrière la Corona, les gauloiseries, il faut creuser profond pour voir qui est cet homme. C'est d'abord un intellectuel. A l'Assemblée, on l'a vu lire Saint-John-Perse. Il passe pour un spécialiste des arts premiers. Qui se cache derrière Jacques Chirac, derrière le Jacques Chirac des Guignols ? Un homme blessé par la vie, par la maladie de sa fille - une maladie qui fera qu'il sera toujours attentif aux autres. Peut-être à l'enfant handicapé qu'élève seule Madame Farrard. Peut-être à François Debré. Jacques Chirac, c'est un enfant de Pompidou, il n'a aucun lien avec Michel Debré. C'est la même chose pour Madame Poujade, Jacques Chirac n'a pas besoin de son mari, secrétaire général du RPR", raconte Me Veil.

"J'ai plusieurs fois vu ce que représentait pour lui, après 79 ans, dont 60 à se consacrer aux affaires de la France, l'idée d'être traduit devant un tribunal. Il n'a jamais cillé. J'ai accompagné Jacques Chirac lors de sa première audition par la juge Siméoni. Elle portait un tailleur neuf et était allée chez le coiffeur. Jacques Chirac aussi", dit Me Veil. "J'aurais préféré qu'il soit là aujourd'hui", conclut-il.

15h03 : Me Veil explique que les personnels du département de Paris "sont intégralement payés par la Ville de Paris", sauf ceux qui "travaillent exclusivement pour lui". "Le budget du département est presque exclusivement dédié aux aides sociales", poursuit-il. 

14h57 : "Il est indubitable que M. Boué a travaillé pour Jeannie Longo", dit Me Veil. "M. Boué a arrêté de travailler un jour. Est-ce que Jacques Chirac l'a su ? Est-ce qu'il allait quai des Célestins, vérifier la pointeuse ? Non", assure Me Veil. "Le juge d'instruction a été excédé par la situation de Monsieur Boué qui bénéficiait d'un salaire sans travailler. Mais comme on ne pouvait pas avoir M. Boué seul, on a mis aussi Jacques Chirac", dit son avocat.

14h49 : Me Veil examine l'emploi de Jean-Claude Mestre et François Musso. "A un moment, les finances de la Ville de Paris ont été mises en danger et il a fallu trouver des solutions. Les relations avec les communes suburbaines sont essentielles pour la mairie de Paris", assure Me Veil. "L'emploi de Jean-Claude Mestre était légitime et là aussi vous entrerez en voie de relaxe", demande Me Veil.

"François Musso était parlementaire européen. Il était soit à Strasbourg, soit à Bruxelles, ou en Corse, où il habite. Mais il n'avait aucune raison d'être à Paris. Il a donc bénéficié d'une intendance pour la mission que lui a demandée Jacques Chirac. "Monsieur Musso a rencontré par hasard Madame Bres. Il n'a pas eu de relation amoureuse avec elle. Jacques Chirac non plus d'ailleurs. Et elle a travaillé. Puis elle n'a plus eu de travail. Mais croyez-vous que Jacques Chirac l'ait su ?", demande Me Veil, avant de plaider la relaxe.

14h43 : Pour Me Veil, l'AIMF (association internationale des maires francophones) participait au rayonnement de la France. "Pierre Figeac, le secrétaire général de cette association trouvait que son salaire n'était pas assez élevé et que le travail particulier qu'il effectuait pour la mairie de Paris justifiait un complément de rémunération payé par la Ville. En 1994, sa rémunération a changé et le contrat de chargé de mission de Pierre Figeac a pris fin parce qu'il était suffisamment payé par l'AIMF", plaide Me Veil. "L'emploi de Monsieur FIgeac était totalement légitime", dit l'avocat de Jacques Chirac.

14h36 : Me Veil passe ensuite aux emplois de la "cellule Jean-Pierre Denis". "C'est lui qui les recrute mais il n'est interrogé qu'une seule fois, pas mis en examen", dit Me Veil. "Certains disent que les études faites au 174 boulevard Saint-Germain ont servi le candidat Chirac. Mais c'est d'une bêtise crasse... Quand on est élu, on cherche bien sûr à être réélu.", lance Me Veil.

"Était-ce absurde d'occuper ces locaux vides pendant la journée ? Ces bureaux servaient aux militants, qui venaient le matin ou le soir", assure Me Veil. "Ce n'est pas Jacques Chirac qui a recruté ces étudiants. Il ne les a d'ailleurs sans doute jamais vu. Et ces étudiants, vous croyez qu'ils seraient allés s'épancher auprès d'un ancien ministre, de 40 ans leur aînés, parce que leur statut leur semblait étrange ? C'est absurde", lance-t-il encore.

14h24 : Me Veil examine les emplois de la "cellule corrézienne". "On s'attend à voir passer un nombre important de collaborateurs. Le premier c'est Jean-Marie Roche, qui est venu témoigner à la barre du tribunal", rappelle l'avocat. "C'est pas Chirac qui aurait dû rembourser pour l'emploi de Roche, c'est le contraire. Cela dit, ce n'est pas Jacques Chirac qui a recruté Jean-Marie Roche. C'est Mme Lhéritier, mais bien sûr puisque c'est elle qui s'occupe des relations avec la Corrèze à la Mairie de Paris", dit Me Veil. "Comme il y avait plus de demandes de la part des Corréziens, il valait mieux que ce soit un Corrézien qui fasse 'gare de triage'", ajoute Me Veil.

"Madame Demichel, c'est la lectrice. Selon la juge d'instruction, Jacques Chirac avait 'nécessairement besoin' de quelqu'un qui lise les livres à sa place. Est-il légitime pour les archives nationales, tous les mots de remerciement envoyés par Jacques Chirac ? Non, la place pour archiver coûte cher. En 1995, on ne faisait pas comme Google, on ne scannait pas tous les documents. On a demandé à Mme Demichel la preuve impossible. Huit ans après les faits, quel intérêt de garder les résumés ?", demande Me Veil. "Voilà, c'était ça la cellule corrézienne...", lâche-t-il.

14h19 : "J'ai beaucoup poussé à la transaction" avec la mairie de Paris, dit Me Veil, "car Jacques Chirac ne voulait pas que l'on pense qu'il avait bénéficié d'un enrichissement". "Vous serez évidemment déclaré irrecevables", lance Me Veil aux parties civiles.

14h15 : "C'est plutôt un inventaire à la Prévert", ajoute Jean Veil. "Une cellule, c'est deux ou trois personnes", moque-t-il.

14h05 : "Dans ce dossier, il n'y a pas de système", dit Me Veil. "Il faudrait un critère quantitatif et un critère qualitatif", poursuit-il. "Dans notre dossier, nous avons 21 emplois. Nous voulons bien prendre en plus les 14 emplois prescrits. 35 emplois sur 18 années, on peut même réduire à 10 ans, de 1988 à 1998. Ces 35 emplois n'ont pas duré les dix années, certains se sont chevauchés. A comparer avec comparer 40.000 emplois permanents. Est-ce que c'est un système ?", demande l'avocat de l'ancien maire.

"L'élément de qualité. A priori, un système est prémédité. Est ce que vous voyez dans les 21 emplois poursuivis, un élément de préméditation ? Un élément de pétaudière, bien sûr, un élément d'improvisation, bien sûr", assure Me Veil. "C'est pour qu'il y ait des co-prévenus qu'on a dit qu'il y avait un système. Il aurait dû comparaître seul devant vous", dit-il encore.

13h52 : Me Veil revient sur "le contexte", en rappelant les conditions d'élection de Jacques Chirac et l'ambiance qui a suivi. "Jacques Chirac et le premier parti de France sont devenus une cible", dénonce-t-il. "Jacques Chirac a occupé des fonctions, à la fois à Paris et en province. Et c'est tant mieux !", dit son conseil.  "Un maire c'est comme un ministre, ça fait de la politique. La mairie, c'est comme le gouvernement. Le maire est chargé du gouvernement mais il n'est pas chargé au quotidien de l'administration. Et les directeurs de cabinet sont là pour faciliter les décisions du maire", assure Me Veil. "Jacques Chirac fait de la politique, il ne fait pas de l'administration. Un ministre, on ne lui demande pas ses compétences", dit Me Veil.

13h48 : "J'ai regardé le dossier très attentivement avant d'en prendre la charge", dit Me Veil avant d'ajouter : "j'aime bien gagner". "J'aime bien être du côté du parquet. Je trouve ça plus agréable", confie encore l'avocat. "J'ai trouvé vos réquisitions excellentes", lance-t-il au deux représentants du parquet.

13h36 : Me Jean Veil débute sa plaidoirie. La dernière audience de ce procès Chirac est ouverte. Le premier avocat de Jacques Chirac, Me Veil assure que le retardement du procès, à cause d'une QPC, n'est pas du fait de son client et lit une lettre que Jacques Chirac avait écrite pour l'audience du 8 mars dernier. Jacques Chirac y écrit qu'il se présente devant le tribunal en tant que "citoyen comme un autre", même si "ce procès constitue à titre personnel un moment particulièrement cruel". "Le principe de responsabilité est au coeur de l'action politique", souligne-t-il. "Aujourd'hui, au soir de ma vie, il m'en faut témoigner une ultime fois".

"Ce procès donne tort aux démagogues qui disent que la justice de notre pays serait complaisante avec les forts. Ce procès montrera que je n'ai rien fait de contraire à la probité et à l'honneur", lit Me Veil. "Il n'y a pas deux Chirac. Il n'y a qu'un homme fait d'un bloc de sang, de chair et de principes. Ce n'est pas à tel ou tel collaborateur de rendre des comptes. J'étais le maire, j'étais le chef, c'est à moi et moi de seul d'en prendre la responsabilité. J'affirme n'avoir commis aucune faute, ni pénale ni morale", poursuit l'avocat. En référence au protocole d'indemnisation conclu avec la ville de Paris en septembre 2010, Jacques Chirac assure encore que ce n'est "en aucun cas une reconnaissance de culpabilité".