Prisons : beaucoup trop de suicides

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Prisons : beaucoup trop de suicides
Un rapport de l'OIP montre du doigt les mauvaises conditions générales d'incarcération en France.@ MAXPPP
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L'Observatoire des prisons a rendu un rapport sans concession sur la situation en France.

C'est un document d'envergure qu'a remis mercredi l'Observatoire international des prisons (OIP). Dans un livre de près de 350 pages, l'OIP dresse le bilan de l'univers carcéral de 2005 à 2011. Europe1.fr vous présente les points marquants de ce rapport attendu.

Trop de suicides. La France présente l'un des taux de suicide carcéral les plus élevés de "l'Europe des Quinze", résume le rapport. Un taux qui a été multiplié par cinq en cinquante ans. "En 2003 et 2010, la fréquence des suicides, un tous les trois jours, et le taux de mortalité par suicide (14,6/10.000 détenus) sont dramatiquement identiques", souligne l'OIP, qui rappelle qu'on se suicide 5 à 6 fois plus en prison qu'en dehors. Le rapport conclut que les autorités devraient faire plus de prévention sur le suicide en prison.

Trop de répression. Entre 2005 et 2010, pas moins de 18 nouvelles lois pénales ont été adoptées pour lutter contre la récidive. L'OIP les juge "inefficaces voire contre-productives". Il s'appuie sur deux études qui montrent que les taux de récidive les moins élevés concernent les libérés conditionnels (39%) et les condamnés à une peine alternative (45%), suivis des bénéficiaires d'un aménagement de peine dont le bracelet électronique (55%). Au contraire, ceux qui récidivent le plus sont ceux qui ont purgé la totalité de leur peine avec 63% de récidive dans les cinq ans qui suivent la libération.

Des conditions d'incarcération "indignes". C'est le mot employé dans le rapport. La raison principale : la surpopulation. En six ans, "le nombre moyen de personnes incarcérées passe de 58.288 à 60.761, soit un accroissement de 4%", rappelle le rapport. Dans le même temps, la construction de nouvelles cellules prend du retard… conduisant à la condamnation régulière de l'état pour des conditions de détention "n'assurant pas le respect de la dignité". C'était le cas à Rouen, en 2008, où trois détenus se partageaient une cellule de 12m2.

Ça pourrait l'être aussi à Nouméa, où jusqu'à six détenus sont entassés dans les cellules. L'aération défectueuse, l'absence de cloisonnement des toilettes, sont également montrées du doigt dans le rapport de l'OIP. Par ailleurs, le contact avec l'extérieur est encore insuffisant. "Seules 17 des 191 prisons" sont pourvues d'unité de vie familiale", un lieu au sein de la prison où les détenus peuvent recevoir leur famille. Le droit des détenus à la liberté d'opinion et d'expression n'est pas reconnu en France.

La santé des détenus pose question. L'OIP dresse ce constat : "les conditions d'hygiène et de surpopulation" sont incompatibles "avec un bon niveau de santé". Les expertises approfondies des détenus sont rares, et la prison n'est pas un lieu de soin. Or "plus de 20% des détenus seraient atteints de troubles psychotiques", ajoute le rapport, qui déplore des "conditions d'hospitalisation désastreuses", quand il y en a. "les patients sont placés dans des chambre d'isolement aux murs nus, sans mobilier, et sont fréquemment attachés à leur lit". L'OIP regrette la "timide évolution" concernant le quartier disciplinaire, dont la durée maximale est passée de 45 à 30 jours… "alors qu'elle est moitié moindre" chez nos voisins.

Un salaire ridicule. Les rares détenus qui travaillent (24%) doivent se contenter de 318 euros pour un temps plein. Hors le coût mensuel de la vie intramuros s'élève à plus de 200 euros, rappelle le rapport de l'observatoire. Mais le travail en détention reste un privilège pour les détenus. Ils n'ont pas beaucoup plus de chance du côté de la formation. En 2010, seuls 8,6% des détenus ont bénéficié d'une formation professionnelle, et 24,6% ont été scolarisés. Tout cela alors que plus d'un quart des détenus sont illettrés ou au moins du mal à lire, et près de la moitié n'a aucun diplôme.