Première plainte contre un site de "Sugar babies"

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Première plainte contre un site de "Sugar babies"
Des profils de jeunes femmes sur le site Seeking Arrangement@ Capture d'écran
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INFO E1 - Une association va déposer une plainte pour proxénétisme contre un site de "sugar babies". Le but : mettre en lumière l'hypocrisie de ces sites "de rencontres", qui dissimulent une nouvelle forme de prostitution.

L'INFO. Depuis la médiatisation de ces sites, avocats et juristes semblent s'arracher les cheveux sur les portails en ligne de sugar babies, un phénomène qui s'apparente à de la prostitution et qui semble prendre de l'ampleur avec l'arrivée de la version française de Seeking Arrangement, le leader sur le marché. Mais cela pourrait changer avec la plainte pour proxénétisme d'une association contre un des sites français, sugardaddy.fr. 

L'objectif d'Equipes d'action contre le proxénétisme est simple : mettre fin à l'hypocrisie de ces sites qui se présentent comme des "sites de rencontres", mettant en relation des hommes riches d'un côté, et des jeunes femmes qui cherchent à se faire au moins en partie entretenir, de l'autre. En réalité, une partie des jeunes femmes inscrites sont des escorts girls. Et au moins une partie des hommes recherchent des prostituées.

"Cette hypocrisie ne tient pas". Mais jusqu'à aujourd'hui, aucune plainte n'avait été déposée contre ce type de site en France. Aux Etats-Unis, Seeking Arrangement a réussi jusque-là à échapper à des condamnations en se protégeant notamment derrière ses conditions générales d'utilisation, comme peut le faire le site français Sugar Daddy. En s'inscrivant sur le site, l'utilisateur s'engage "à ne pas utiliser [le] site pour envoyer des sollicitations à caractère professionnel ou commercial, ni de proposition de rencontres à caractère vénal" et "à ne pas demander d'argent en contrepartie de quelque service que ce soit".

Seeking Arrangement

© Capture d'écran

Si aux Etats-Unis, cette protection semble avoir tenu Seeking Arrangement à l'écart des ennuis judiciaires, l'argument ne tient pas dans l'Hexagone, assure à Europe1.fr Henri de Beauregard, l'avocat d'Equipes d'action contre le proxénétisme : "Ce serait comme un proxénète qui fait se rencontrer une prostituée et un client, puis dirait "je ne sais pas ce qu'ils font une fois dans la chambre'. Cette hypocrisie ne tient pas".

Où est la frontière ? Mais l’ambiguïté inhérente de ces sites pose problème. Me Henri de Beauregard, l'avocat d'Equipes d'action contre le proxénétisme, le reconnaît : "Quelle est la différence entre certaines des jeunes filles inscrites et une femme qui épouse un homme pour son argent ?". Cette plainte, si elle aboutit, pourrait donc faire évoluer la définition de la prostitution en France.

Car la quasi-majorité des jeunes filles interrogées ne se considèrent pas comme des prostituées. L'une d'entre elles, interrogée par Europe 1, reconnaît avoir eu une relation longue avec un sugar daddy qui finançait son quotidien et ses envies de luxe. Mais, pour elle, c'était une relation "normale".

Le véritable but : faire évoluer le droit. Pour Elda Carly, présidente d'Equipes d'action contre le proxénétisme, "il n'est ni facile de dire 'je me paye des putes', ni de s'avouer 'je suis une prostituée'". Ce type de site permet donc de maintenir un voile de façade sur cette pratique, même si "quand on passe du temps à discuter avec de jeunes étudiantes qui vendent leurs charmes, elles finissent toutes par avouer qu'elles sont prostituées", affirme à Europe1.fr la présidente de l'association. Et cette dernière de souligner qu'une femme qui choisit ses clients n'en est pas moins prostituée.

Avec cette définition de la prostitution, les responsables des sites internet pourrait donc tomber sous le coup de l'infraction de proxénétisme, qui interdit "d'aider, d'assister ou de protéger la prostitution d'autrui". Si en plus, le site en tire profit par le biais de ses abonnements, la condamnation peut être plus ferme.

Pour autant, le but de l'avocat n'est pas forcément de faire condamner ce site internet, mais de forcer l'appareil judiciaire à se prononcer. "Si le parquet nous répond : 'En l'état du droit, nous ne pouvons rien faire', dans ce cas, très bien. Il faudra peut-être légiférer sur la question", selon lui. Le but est donc de faire évoluer le droit sur cette ambiguïté, dont profitent les sites de sugar babies, comme le demandait dans les Dernières nouvelles d'Alsace Anne-Cécile Maifert, porte-parole d'Osez le féminisme : "A l'occasion du vote de la loi sur la pénalisation de l'achat d'actes sexuels, nous espérons que les parlementaires aborderont les sites internet."

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