Polémique autour du dernier film de Samy Naceri

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Polémique autour du dernier film de Samy Naceri
@ Capture d'écran
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Deux procédures en référé ont été déposées en lien avec ce censé sortir en salles le 11 septembre.

Le film Voyage sans retour, la France a aussi des djihadistes sortira-t-il en salle ? Prévue pour le 11 septembre, le film fait l'objet de deux procédures judiciaires, dont l'une vise à interdire la sortie du film, comme le révèle Les Inrocks cette semaine. Fait inédit : François Gérard, le producteur du film, également réalisateur et acteur principal, a assigné en référé Samy Naceri, l'un des acteurs de son film. Il reproche à l'acteur de desservir la promotion du film. Et la polémique ne s'arrête pas là.

Une histoire qui rappelle l'affaire Merah. Voyage sans retour retrace l'histoire de Kad, un jeune caïd de la banlieue toulousaine, forcé de fuir la France, après avoir arnaqué une bande de trafiquants de drogue. Une fuite qui prend la forme d'un voyage initiatique. Après être passé par l'Inde, le Pakistan et l'Afghanistan, Kad devient poseur de bombes. L'association humanitaire qui le cache se révèle en effet être un réseau de recrutement pour les camps djihadistes.

Une histoire qui rappelle clairement l'affaire Merah, du nom du tueur au scooter. Le film a d'ailleurs été  en partie tourné au Mirail. C'est dans ce quartier sensible de Toulouse que Mohamed Merah a grandi et où s'est déroulé l'assaut du Raid. Mais la comparaison s'arrête là, car le film a été tourné il y a huit ans et s'inspire davantage de l'affaire Khaled Kelkal, un terroriste islamiste algérien tué près de Lyon lors d’un assaut de police en 1995.

Voici la bande-annonce du film :

Naceri accusé d'islamophobie. Sauf qu'entre le tournage et le montage du film, le réalisateur se serait un peu éloigné de son idée initiale. Des changements qui embarrassent Samy Naceri. Dans une interview accordée dernièrement au site Panamza, l'acteur reproche au réalisateur de l'avoir dupé et d'exploiter son image pour faire la promotion du film. "Ça fait huit ans que le film il est fini, il est monté, je n’ai vu que des extraits : 'Samy Naceri, Samy Naceri, Samy Naceri, Samy Naceri....' pour berner les fans. J’ai eu trois jours de tournage. Je me suis retrouvé en prison après", rapporte-t-il.

Depuis la diffusion de la bande-annonce cet été, l'acteur, qui incarne un policier dans le long-métrage, essuie par ailleurs les critiques d’internautes l’accusant d’avoir contribué à un film islamophobe. "Dans la bande-annonce, il met ma tête et il montre que des trucs islamophobes. Donc moi je suis en train de rattraper le coup. Tous les gens qui disent que je suis un islamophobe, que ceci, que cela, on est bien obligé de se justifier auprès d’eux", regrette-t-il. Dans un message publié sur son compte Twitter, Samy Naceri déplore être la cible de nombreuses critiques. "Bonsoir ! Tout le monde me fait chier avec la sortie du film Voyage sans retour en me traitant islamophobe !", s'exaspère le comédien.

Le réalisateur porte plainte contre son acteur. Estimant que Samy Naceri desservait la promotion de son film, François Gérard a donc décidé d'assigner le comédien en référé. Le délibéré doit être rendu avant la fin du mois. En attendant, le producteur se défend d'avoir réalisé un film islamophobe. "J’ai soumis mon scénario à Christophe de Ponfilly, journaliste spécialiste de l’Afghanistan et auteur notamment du documentaire 'Massoud, l’Afghan'. Il a trouvé l’histoire crédible et m’a dit : 'Je ne sais pas si les spectateurs vont l’accepter mais vas-y.'", se défend-t-il sur Arte.

"L'avocat des voyous" dans l'imbroglio. L'affaire pourrait s'arrêter là mais c'était sans compter sur l'intervention de Karim Achoui. "L'avocat des voyous", aujourd'hui président de la Ligue de défense judiciaire des Musulmans (LDJM) compte interdire la sortie du film. Selon lui, le film desserre "pose un problème d’image donnée d’une culture, d’une population et d’une communauté." Il assure, dans les Inrocks, préparer un référé qu’il compte déposer lundi au tribunal administratif pour tenter de bloquer le visa d’exploitation délivré par le ministère de la Culture. La sortie, prévue à une date stratégique (le 11 septembre, date de commémoration des attentats) pourrait ainsi être retardée.