Plainte contre une pilule de 3e génération

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Plainte contre une pilule de 3e génération
La jeune femme, qui a subi un accident vasculaire cérébral (AVC) en 2006, et se trouve depuis lourdement handicapée, porte plainte pour "atteinte involontaire à l'intégrité de la personne humaine" contre le directeur général de Bayer Santé@ MAXPPP
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Une femme attaque contre un labo, dont la pilule aurait provoqué son handicap. Une première.

L'info. "Cette pilule ne sert strictement à rien, et elle est dangereuse", a dénoncé vendredi Me Jean-Christophe Coubris, l'avocat de Marion Larat. Cette jeune femme porte plainte contre le groupe pharmaceutique Bayer, qui commercialise Meliane, une pilule dite de "troisième génération". Il s'agit de la première plainte déposée contre ce type de médicament, assure l'avocat.

Pourquoi elle porte plainte. Marion Larat a subi un accident vasculaire cérébral (AVC) en 2006 et se trouve depuis lourdement handicapée. Elle porte plainte pour "atteinte involontaire à l'intégrité de la personne humaine" contre le directeur général du groupe pharmaceutique. La plainte, qui doit être déposée vendredi auprès de la procureure de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, vise aussi le directeur général de l'Agence nationale de sécurité du médicament, qui n'a pas demandé le retrait de cette pilule du marché, "malgré le principe de précaution", a ajouté l'avocat. "Il faudra qu'on nous explique un jour pourquoi elle a été remboursée", réclame Me Courbis.

Des millions d'utilisatrices. "Ce risque reste toutefois très faible, de 3 à 4 cas pour 10.000 utilisatrices", assure toutefois le ministère de la Santé. Entre 1,5 et 2 millions de femmes utilisent aujourd'hui une des nombreuses pilules de 3e génération sur le marché, dont la moitié n'est pas remboursée par la Sécurité sociale.

Le jour où la vie de Marion Larat a basculé. "Elle a fait son AVC seulement trois mois après avoir commencé à prendre la pilule mais elle a été sauvée, c'est une miraculée", raconte André Larat, le père de la jeune femme âgée aujourd'hui de 25 ans. Selon lui, "il ne lui a jamais été proposé un dépistage de facteur de coagulation. Le protocole veut aussi qu'on lui demande ses antécédents familiaux et ça n'a pas été fait", regrette-il, rappelant qu'elle est aujourd'hui "épileptique, aphasique et handicapée à 65%". "Son quotidien est un cauchemar: elle est fatigable au dernier degré, souffre de crampes", a-t-il ajouté.

Des cas encore plus graves ? Toutes celles qui ont pris la pilule de troisième génération ne semblent pas avoir eu autant de "chance" que Marion Lajat. Comme le raconte le journal Le Monde, plusieurs jeunes filles sont mortes. "Ma fille est décédée fin 2007, à la suite d'une embolie pulmonaire massive", témoigne ainsi le père de l'une des victimes. Le quotidien cite également Adèle, sportive, non fumeuse, décédée d'une mystérieuse embolie pulmonaire elle aussi, alors qu'elle prenait cette pilule. "Nous ne saurons jamais ce qui s'est passé exactement", reconnaissent ses parents.

Quelles sont les preuves ? Dans le cas de Marion Lejat, le lien entre la pilule et le risque d'AVC a été confirmé en juin, par la Commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux de la région Aquitaine. La ministre de la Santé, Marisol Touraine, a également annoncé mi-septembre la fin du remboursement par la Sécurité sociale de ces pilules contraceptives de troisième génération. Le déremboursement prendra effet à compter du 30 septembre 2013. Une décision prise après les conclusions rendues par la Commission de transparence de la Haute autorité de santé (HAS), qui a, elle, estimé insuffisant le service médical rendu (SMR) de ces pilules et relevé, selon le ministère, "un risque de complications thrombo-veineuses (les phlébites), deux fois plus élevé que chez les femmes sous pilules de 2e génération".

Les laboratoires ne nient pas. A l'instar de Bayer, les laboratoires fabriquant ces contraceptifs de 3e génération, et même ceux de 4e génération, ne nient pas les risques liés à la prise de leurs pilules, comme le précise Le Monde. Ils se protègent juridiquement en faisant mention sur des notices d'utilisation. Mais à l'époque où Marion prenait Meliane, la notice "ne mentionnait pas l'augmentation du risque thromboembolique artériel par rapport aux contraceptifs oraux de 2e génération", ajoute le quotidien du soir, citant la plainte.