Pénurie de lévothyrox : comment réagir ?

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Pénurie de lévothyrox : comment réagir ?
L'association française des malades de la thyroïde (AFMT) a écrit à la ministre de la Santé Marisol Touraine pour dénoncer la pénurie de lévothyrox, un médicament indispensable dans le traitement de diverses pathologies thyroïdiennes.@ MaxPPP
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PRATIQUE- L'approvisionnement de ce médicament pour les malades de la thyroïde connaît des difficultés. Faut-il s'inquiéter ?

L'INFO. "Jamais nous n'aurions cru cette situation possible en France", a dénoncé mercredi l'association française des malades de la thyroïde (AFMT), dans une lettre envoyée à la ministre de la Santé, Marisol Touraine. En cause : la pénurie de lévothyrox, un médicament indispensable dans le traitement de diverses pathologies thyroïdiennes, à laquelle sont confrontés plusieurs patients depuis des mois. Les pharmacies éprouvent depuis le mois de juin des difficultés à s'approvisionner auprès du fabricant, le laboratoire Merck Serono

>>>  Que risquent les malades ? Cette pénurie va-t-elle perdurer ? Que doivent-t-ils faire en attendant ? Les génériques sont-ils fiables ? Éléments de réponse.

Que risquent les personnes concernées ? Près de 3 millions de patients atteints d'hypothyroïdie, mais également opérés pour des cancers de la thyroïde, sont actuellement traités par lévothyrox en France. La plupart de ces traitements sont poursuivis à vie. "C'est pratiquement le seul traitement disponible en France et notre survie en dépend", souligne Chantal Garnier, l'une des responsables de l'AFMT. De l'avis des médecins, le traitement est indispensable face aux insuffisances thyroïdiennes. En cas de non traitement, les patients sont victimes de frilosité, de constipation, de forte fatigabilité voire même, pour les cas les plus sévères, de coma ou de mort.

À quoi est dû ce retard ? Comme tient à rassurer l'ANSM, contactée par Europe 1, il n'y a pas de rupture de stock. Les médicaments tardent à être acheminés à cause de problèmes de conditionnement, liés à l'ouverture du marché dans d'autres pays. La ministre de la Santé a, pour sa part, assuré jeudi qu'"aucune rupture d'approvisionnement" n'avait été observée concernant le Lévothyrox. "Aujourd'hui, aucune rupture d'approvisionnement n'a été observée, même si quelques difficultés locales de disponibilité sont décrites. Le stock de sécurité n'a pas été utilisé à ce jour", a indiqué Marisol Touraine dans un communiqué tout en reconnaissant qu'il existait "une situation de tension temporaire sur l'approvisionnement".

La ministre a demandé à l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) de "prendre les mesures utiles de gestion afin que la continuité de traitement soit assurée", a-t-elle ajouté, précisant que cette situation était "liée à des difficultés de conditionnement sur les sites de production".
 

Combien de temps la pénurie va-t-elle durer ? Dans un point fait la semaine dernière, l'agence du médicament reconnait que des difficultés d'approvisionnement existent depuis juin et que celles-ci pourraient se poursuivre dans les prochains mois, malgré l'engagement pris par le laboratoire d'accroître ses capacités de production. Mais les difficultés devraient s'estomper dès septembre et disparaître à la fin de l'année. En attendant, pour éviter des ruptures de stocks, l'ANSM a écrit aux pharmaciens pour leur demander de ne commander que les quantités strictement nécessaires à leurs patients et de délivrer de préférence des boîtes de 30 comprimés.

Que faire si l'on n'arrive pas à se fournir?  L'ANSM a décidé d'autoriser les pharmaciens à délivrer "à titre dérogatoire et temporaire" la substitution par un médicament équivalent même lorsque la mention "non substituable" figure sur l'ordonnance. Contactée par Europe 1, l'ANSM recommande par ailleurs de ne pas attendre la dernière minute, mais d'aller se fournir trois jours au moins avant d'avoir finit la plaquette. Dans ce cas toutefois, le pharmacien doit orienter le patient vers son médecin traitant dans les 3 à 6 semaines suivant la délivrance "afin de s'assurer du maintien de l'équilibre thérapeutique", ajoute l'agence.

Le lévothyrox est en effet l'un des très rares médicaments "à marge thérapeutique étroite", c'est à dire dont la substitution par un générique n'était jusqu'à présent pas recommandée par les autorités sanitaires. Les génériques, bien qu'élaborés avec la même molécule, ne sont pas dosés pareil que le lévothyrox. Et toute variation de la concentration de cette molécule dans l'organisme, même légère, pouvant entraîner des effets indésirables.