Pas-de-Calais : le PS pourrait enquêter

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Pas-de-Calais : le PS pourrait enquêter
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Martine Aubry va proposer une commission d'enquête sur cette affaire de corruption présumée.

Après la fédération des Bouches-du-Rhône, une autre affaire de corruption est en train de commencer à secouer le Parti socialiste. Direction cette fois le Pas-de-Calais. Arnaud Montebourg avait écrit fin novembre à la première secrétaire du PS pour l'alerter sur des faits de corruption touchant, selon lui, des élus socialistes du département. Martine Aubry l'a visiblement entendu puisqu'elle a proposé jeudi que soit créée une commission d'enquête. Europe1.fr revient sur cette affaire complexe de corruption présumée.

D'où part cette histoire ? Le 11 décembre 2010, l'ancien maire d'Hénin-Beaumont, Gérard Dalongeville, lui même mis en examen pour détournement de fonds publics, écrit à Véronique Pair, la juge qui l'a mis derrière les barreaux. En substance, il lui explique qu'il ne veut pas tomber seul et accuse la fédération PS du Pas-de-Calais de corruption. Hénin-Beaumont ne serait, selon lui, que l'une des pièces du puzzle.

Comment fonctionnerait ce système de corruption ? Plusieurs entreprises de la région achèteraient certains hommes politiques du Pas-de-Calais en échange de l'attribution de chantiers publics. Une partie des recettes de ces marchés publics servirait ensuite à financer la fédération du Parti socialiste du département, d'après Le Point qui a révélé l'affaire et une récente enquête des Inrockuptibles.

Gérard Dalongeville parle également d'emplois fictifs.

Quelles sont les sociétés concernées ? L'ancien maire d'Hénin-Beaumont met en cause plusieurs sociétés qui seraient impliquées dans ce système de corruption. Parmi celles-ci, la société mixte d'économie (SEM) Adevia, l'une des plus importantes entreprises en France pour l'aménagement du territoire et qui a notamment en charge l'implantation du Louvre à Lens. Si l'acquisition des terrains pour un chantier bloque, Adevia passerait alors par un intermédiaire, un certain Patrick C., qui "intervient par des promesses d'achat de terrains qu'il cède ensuite à Adevia", indique dans l'une de ses lettres Gérard Dalongeville.

Les autres entreprises clé du système seraient la Soginorpa et sa maison mère l'Epinorpa, deux sociétés gérant les anciens logements miniers qui comptent parmi les plus gros bailleurs sociaux de France. L'ancien maire d'Hénin-Beaumont explique ainsi les pertes abyssales de la Soginorpa par son rôle actif dans le système de corruption.

Qui est accusé ? En première ligne, on retrouve Jean-Pierre Kucheida, qui a multiplié les mandats. Le député-maire PS de Liévin est notamment président de la Soginorpa. Alors qu'il vient d'être de nouveau investi pour être le candidat aux législatives, Le Point révèle qu'il semblait utiliser la carte bleue de la Soginorpa pour des dépenses personnelles.

Jean-Pierre Kucheida, a assuré mercredi n'avoir "jamais financé le Parti socialiste à partir de la Soginorpa" et qu'il n'y avait eu "aucun emploi fictif à la mairie de Liévin". Il s'estime "profondément diffamé", affirmant qu'on essayait de "le déstabiliser sur le plan politique, alors qu'on est en pleine campagne électorale".

Martine Aubry a indiqué de son côté qu'elle allait proposer à la convention nationale du PS prévue samedi de "geler la désignation" de celui qui souhaitait être candidat socialiste dans la 12e circonscription du Pas-de-Calais.

Y avait-il eu des prémices à cette affaire ? Si, en décembre 2010, un rapport de la cour régionale des comptes pointait du doigt des problèmes de gestion touchant la Soginorpa. Les juges s'interrogeaient en particulier sur l'endettement de la société (160 millions d'euros) et certaines irrégularités importantes dans l'attribution des marchés publics. La cour cite notamment une société qui a attribué plusieurs marchés et qui est gérée par le propre fils de Jean-Pierre Kucheida. Un audit financier de la Soginorpa daté d'octobre dernier confirme certaines critiques et s'interroge sur la cession de terrains à des collectivités locales pour un euro symbolique.

Où en est la justice ? Le parquet de Lille a ouvert au printemps dernier une enquête préliminaire à la suite de courriers de l'ancien maire PS d'Hénin-Beaumont. Celle-ci a été confiée à la brigade financière de Lille et à la Division nationale d'investigations financières et fiscales de Nanterre. D'après Le Point, plusieurs chefs d'entreprise du Nord auraient déjà été auditionnés avec la plus grande discrétion.