Paris-Dauphine : des diplômes à vendre

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Paris-Dauphine : des diplômes à vendre
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L’université veut augmenter ses tarifs pour les mastères, mais est-ce légal ?

Qui pourra se le payer ? A en croire la décision votée par le conseil d’administration de Paris-Dauphine, être bon élève ne suffira plus pour être accepté en mastère. Il faudra aussi une bourse bien fournie.

L’université Paris-Dauphine a décidé d'augmenter jusqu'à plus de quinze fois les frais de scolarité de certains de ses diplômes de mastère. Ainsi, au lieu de débourser 231 euros, les étudiants pourraient être amenés à payer entre 1.500 et 4.000 euros leur année de scolarité.

Tour de passe-passe ?

L’établissement entend se forger une réputation de grande école au-delà des frontières de l’Hexagone. Pour cela, elle souhaite diversifier ses ressources financières. Pour mener cette politique, Dauphine a, depuis 2004, le statut de grand établissement. Un statut qui lui permet de créer des "diplômes nouveaux" qui sont des "diplômes d'établissement".

Et ces diplômes d’établissement ne sont pas soumis aux mêmes règles que ceux des universités classiques. En effet, les universités classiques ont, elles, pour leurs diplômes nationaux, des droits fixés chaque année par arrêté ministériel. Ils sont pour 2009/2010 de 171 euros pour une inscription en licence, 231 euros en mastère et 350 euros en doctorat.

Le véto de Valérie Pécresse ?

Mais cette pratique est-elle légale ? En 2008, l’établissement de Paris-Dauphine avait essayé de transformer ses "diplômes nationaux" et "diplômes d'établissement", mais le Conseil d'Etat, saisi par la ministre de l'Enseignement supérieur, avait jugé que leur requalification à l'identique au seul but d'augmenter les frais d'inscription ne pouvait être acceptée.

"Si c'est ça qu'est en train de faire l'université de Dauphine, c'est illégal au regard de l'avis que j'ai demandé au Conseil d'Etat et donc nous ne l'accepterons pas", a déclaré mardi à RTL Valérie Pécresse, en annonçant qu'elle allait de nouveau faire vérifier ce point. "Il n'y a eu aucune transformation de diplôme", a soutenu Laurent Batsch.

Dauphine, un cas à part

La ministre a aussi assuré qu'il n'était "absolument pas question d'augmenter les frais d'inscription à l'université aujourd'hui dans notre pays", refusant tout "amalgame" avec la situation de Dauphine. "Je ne suis pas dans un débat national sur les droits d'inscription, la position de Dauphine n'a pas d'autre dimension que locale", a renchéri Laurent Batsch.

Syndicats enseignants et étudiants ont eux critiqué la décision. Il s'agit d'un choix de "rupture" dans l'histoire universitaire qui "va creuser les inégalités entre les étudiants et entre les formations", a jugé le Snesup-FSU, principal syndicat d'enseignants du supérieur.