"Osez le clito" : chronique d’un buzz

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"Osez le clito" : chronique d’un buzz
@ Osez le féminisme
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Pour sa nouvelle campagne, Osez le féminisme s’est inspirée de la méthode pré-présidentielle d’Obama.

Sur de très nombreux sites d’info, ce slogan, parfois accompagné d'un visuel, qui interpelle : "Osez le clito". Derrière ce buzz, la nouvelle campagne d’Osez le féminisme, lancée lundi, avec pour mot d’ordre la réappropriation par les femmes de leur propre sexualité. Un buzz savamment orchestré par le réseau féministe. Caroline de Haas, porte-parole et une des fondatrices de l’association, dit s’être inspirée des méthodes de la campagne présidentielle d’Obama. Avec un leitmotiv : lier Internet au terrain. Europe1.fr décrypte la genèse de ce buzz.

ACTE 1 : DEGOTER DES MILITANT(E)S

Un mois avant le lancement de la campagne, Osez le féminisme cherche d’abord à mobiliser ses 1.500 militants inscrits, dont "15 à 20% sont des hommes", précise Caroline de Haas. Le réseau leur envoie à tous un mail, avec une newsletter qui présente "Osez le clito". Jusque-là rien d’exceptionnel.

Mais, nouveauté par rapport au militantisme féministe traditionnel, l’association mise sur la souplesse. Objectif, attirer des militants "par intermittence". "Il n’est pas nécessaire d’adhérer, on peut tout simplement participer à la campagne, ponctuellement", précise Caroline de Haas. Pour "Osez le clito", après un "teasing" sur la page Facebook et le compte Twitter de l’association, ce sont quelque 250 militants temporaires qui se sont rajoutés.

ACTE 2 : ASSOCIER LES MILITANT(E)S A LA CAMPAGNE

Le réseau féministe compile ensuite les coordonnées des militants dans un fichier, afin de leur envoyer "un mail toutes les semaines environ", précise Caroline de Haas. Rien que de très banal, à une subtilité près : les militants sont mis dans la confidence, afin qu’ils se sentent acteurs du buzz. Clip, logo, affiche de la campagne, ils reçoivent tout en avant-première, alors que ces informations sont sous embargo. Et pour que les militants se sentent vraiment partie prenante de la campagne, Osez le féminisme leur a même fait choisir, via un sondage envoyé par mail, le visuel de l’affiche.

A en croire Caroline de Haas, ça marche : entre vendredi dernier, quand les militants ont reçu l’affiche d’ "Osez le clito", et lundi, où elle a été présentée à la presse, seule une personne l’a publiée sur le web. Mais Caroline de Haas et les autres bénévoles du réseau féministe sont en veille perpétuelle : "on l’a contacté immédiatement, et il l’a retiré", précise Caroline de Haas.

ACTE 3 : REVENIR AUX "BONNES VIEILLES METHODES"

Impossible de concevoir une campagne sans le terrain. Une centaine de militants d’Osez le féminisme se sont retrouvés lundi soir, dans des locaux prêtés par le syndicat étudiant Unef, l’association n’ayant pas de locaux propres. En tout dans quinze villes de France, le même soir à la même heure, des militants se sont retrouvés pour coller les affiches de la campagne.

Le web sert en somme de déclencheur à un militantisme de base. "Ce sont des techniques issues de la campagne d’Obama", indique Caroline de Haas, qui dit en avoir côtoyé le staff "à titre professionnel" : il s’agit d’"allier une hyper-organisation" à des individus laissés "très autonomes". En effet, tous les militants ont reçu le lieu et l’heure du rendez-vous sur leur boîte mail, mais, une fois qu’ils se sont retrouvés, ils sont livrés à eux-mêmes pour aller, par petits groupes, coller des affiches. "En tout, 300 à 400 personnes ont collé des affiches ont réalisé des pochoirs lundi à travers la France", explique Caroline de Haas.

ACTE 4 : FAIRE VIVRE LA CAMPAGNE SUR LE WEB

Osez le féminisme est une association non-subventionnée, composée uniquement de bénévoles. L’équipe doit donc y consacrer ses soirées et ses week-ends. Le buzz sur Internet s’organise autour d’un site dédié, créé spécialement pour la campagne : "le site a été ouvert lundi à 20 heures, en même temps que la présentation de l’affiche à la presse. Mardi midi, il comptabilise déjà plus de 6.300 visiteurs", se réjouit Caroline de Haas.

Deuxième élément capital, les réseaux sociaux : "Osez le clito" a sa page spéciale sur Facebook, créée elle aussi lundi, qui compte mardi plus de 1.000 fans, indépendamment de celle du mouvement "Osez le féminisme" (13.090 membres). Le réseau féministe encourage ses membres à mettre l’affiche de la campagne en photo de profil, pour créer encore plus le buzz.

Et le compte Twitter @osezlefeminisme, qui compte 1.991 followers, est plutôt actif : trois tweets par jour en moyenne. Caroline de Haas s’astreint à y aller "au moins une fois par jour". Et les participants à la campagne ou simples sympathisants sont encouragés à tweeter en utilisant le hashtag #Osezleclito. Certains partagent des photos de leurs collages d’affiches, comme par exemple @LindaRamoul qui tweete "ça colle à Montreuil".

Enfin, le buzz s’entretient à travers les très nombreux sites des médias traditionnels, qui relaient la campagne. On peut dire que les e-féministes ont (presque) pris le contrôle du monde virtuel.