Ondes : chasse "aux peurs irrationnelles"

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Ondes : chasse "aux peurs irrationnelles"
La ministre de l'Economie numérique, Fleur Pellerin, a mis en garde mercredi contre des "peurs irrationnelles" liées aux ondes radioélectriques, dont "la dangerosité n'est pas scientifiquement étayée", tout en promouvant les kits mains libres pour réduire l'exposition.@ Julien Muguet/MaxPPP
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Les termes sont de Fleur Pellerin, avant le débat à l'Assemblée d'un texte EELV déjà amoindri.

La décla. "Il faut veiller à ne pas inscrire dans le dur des choses qui correspondent à des peurs irrationnelles". La phrase a été lancée mercredi par la ministre de l'Economie numérique, Fleur Pellerin, lors d'une conférence de presse. Quelles sont les "peurs irrationnelles" dont parle la ministre ? Celles liées aux ondes électromagnétiques, qu'Europe Écologie-Les-Verts (EELV) veut encadrer. Une proposition de loi du groupe écologiste sera débattue jeudi à l'Assemblée. Et Fleur Pellerin prévient : "la dangerosité des ondes radioélectriques n'est pas scientifiquement étayée". En réponse, les députés écolos se sont estimés mercredi "frustrés", par la voix de la députée du Val de Marnen Laurence Abeille.

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© MAXPPP

• Ce qui a été retiré du texte d'EELV. Leur proposition de loi a déjà été largement allégée par les socialistes, en commission. Les députés PS ont ainsi retiré du texte la formulation "principe de précaution". Un article prescrivant la réalisation d'une étude d'impact sanitaire et environnemental dès la sortie de nouvelles applications technologiques "ayant pour conséquence l'émission de rayonnements électromagnétiques" a également été supprimé. Idem pour la limitation du wifi dans les crèches et écoles. "Aujourd'hui, je n'ai aucune preuve que le wifi est mauvais pour la santé", a d'ailleurs insisté Fleur Pellerin mercredi.

• Au final, que reste-t-il dans le texte? Ne restent que des propositions de moindre portée : l'imposition aux fournisseurs de munir leur box d'un système simple de désactivation du wifi ou encore la commande d'un rapport sur l'impact de la mise en œuvre du principe de "sobriété" d'émission. Un principe peu contraignant résumé ainsi par Robin des toits : "s’il est possible de ne pas émettre d’ondes électromagnétiques, il convient de le faire". Par ailleurs, pour Fleur Pellerin, la plus grosse source d'exposition aux ondes reste le téléphone portable. La ministre va donc défendre dans l'hémicycle des "amendements consistant à faire des campagnes de prévention" en faveur des "kits mains libres ou des oreillettes bluetooth". Accessoires qui permettent de réduire d'au moins dix fois l'exposition aux ondes émises par son téléphone mobile.

DES PEURS VRAIMENT IRRATIONNELLES ?

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© MaxPPP

• Les ondes dangereuses pour les uns… Le moins que l'on puisse dire, c'est que les recherches stagnent à ce sujet, tant les points de vues scientifiques divergent. L'agence de recherche sur le cancer de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a classé en mai 2011 "les champs électromagnétiques de radiofréquences comme peut-être cancérogènes pour l'homme". Une nocivité potentielle également soulignée dans un récent rapport des chercheurs du groupe indépendant Bio Initiative. Les études concernent toutefois principalement les téléphones portables. L'OMS, d'ailleurs, donnent des recommandations proches de celles de la ministre : utiliser le kit mains libres mais aussi privilégier les SMS ou encore éviter d'appeler dans les zones où la réception est mauvaise.

• … pas tant que ça pour les autres. L'Académie de médecine a, pour sa part, mis en garde contre l'utilisation abusive du principe de précaution. De plus, en 2008, une étude menée au Danemark, en Finlande, en Norvège et en Suède entre 1974 et 2003 assurait qu'il n'y avait pas d'évolution notoire du nombre de tumeurs depuis l'introduction du portable. Une autre étude, menée pendant 18 ans seulement au Danemark cette fois, venait répéter la même chose l'année dernière.

• Et concernant le wifi ? Pour ce qui est des "expositions environnementales" (WiFi, antennes relais...), le flou est aussi de mise. L'OMS ne se prononce pas clairement et l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) ne le fera qu'à la fin du "premier trimestre 2013". Le Conseil de l'Europe (qui réuni les divers exécutifs de l'UE) a, pour sa part, recommandé d'interdire le wifi dans les crèches, comme le propose EELV. Et concernant les antennes relais, plusieurs études d'associations ont avancé des risques accrus de cancers infantiles ou encore de développement  d'acouphènes, de troubles du sommeil ou de défauts de concentration, mais elles n'ont pas été confirmées par des agences officielles.