Non, les jumeaux ne sont pas des clones

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Non, les jumeaux ne sont pas des clones
Les spécialistes des jumeaux conseillent de ne pas forcer la séparation à l'école au moins jusqu'à l'âge de 8 ans.@ MAX PPP
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Europe1.fr passe en revue les idées reçues sur les jumeaux à l’occasion de la journée de la gémellité samedi.

De Romulus et Remus à Igor et Grichka Bogdanov, en passant par... les jumelles Olsen de La Fête à la Maison. Même si aujourd’hui, les jumeaux, devenus un péhnomène exponentiel (12.000 naissances par an aujourd'hui) sont mieux connus, certains stéréotypes ont encore la dent dure. A l’occasion de la journée de la gémellité, samedi, Europe1.fr propose une cure de désintox avec plusieurs spécialistes et les confidences de Baptiste et Clara, eux-mêmes jumeaux.

Les parents de jumeaux donnent des prénoms ressemblants. Sur le forum spécialisé Bébé vallée, une mère qui va bientôt accoucher de jumeaux s’inquiète. Elle n’arrive pas à choisir les prénoms de sa future progéniture. Une autre maman la conseille : "Je te propose Kim et Kaïs". Un double "K" qui n’est pas sans poser problème. Le prénom donne aux jumeaux, "une identité, une indépendance" vis-à-vis de son "double", explique Judith Bessus, pédopsychiatre à Paris, interrogée par Europe1.fr. Si le temps des Julien et Juliette pour deux jumeaux a vécu, le phénomène existe encore. Mais de l’avis de tous les spécialistes, ce n’est vraiment pas conseillé.

Les jumeaux ont les mêmes résultats scolaires. Non, "les jumeaux ne sont pas des télépathes", répond Fabrice Bak, un psychologue spécialiste de la gémellité. Pourtant, certains jumeaux se découvrent des similitudes dans leur carnet de notes, comme Clara et Baptiste, 26 ans, deux faux-jumeaux. Ils ont été régulièrement dans les meilleurs de leur classe en maths jusqu’à la fin du collège. Un phénomène peut-être dû à "une forme de compétition inconsciente" qui s’installe, précise Judith Bessus, pédopsychiatre mais là encore, "il n’y pas de règles". Très souvent, le phénomène s’estompe d’ailleurs après le lycée.

Le mauvais souvenir de la photo de classe

Les jumeaux s'habillent de la même façon. Baptiste n'a pas pu couper à "la salopette rouge et blanche de la maternelle". La photo de classe des frères et sœurs portant le même vêtement est encore dans les albums de famille. Mais c'est la seule fois où c'est arrivé. La mère des deux jumeaux a tout de suite voulu qu'ils "affirment leur caractère". Si ce phénomène vestimentaire était très présent dans les années 60-70, "la conscience des parents a bien évolué", explique Muriel Decamps, une ancienne journaliste auteur de plusieurs livres sur la gémellité, interrogée par Europe1.fr. "Les gens nous font souvent des cadeaux en double. C’est mignon de les voir habillés pareils mais il faut leur donner le choix. Surtout lorsque l'on sait comme l’habillement est aujourd’hui déterminant dans nos relations sociales", insiste Muriel Decamps.

Les jumeaux ont les mêmes centres d'intérêt. Non, tous les jumeaux ne s’appellent pas Igor et Grichka Bogdanov. Et tous ne sont pas passionnés d’astronomie. Mais les jumeaux ont parfois le même passe-temps. Baptiste, par exemple, a voulu jouer au foot, comme beaucoup de garçons de son âge. C’était sans prévoir que sa jumelle le suivrait et qu’elle irait même plus loin : "A 14 ans, je me suis retrouvée dans l'équipe régionale des moins de 16 ans", se souvient Clara. Un phénomène de compétition ? "C’est davantage un suivisme classique de la relation frère, sœur qui rentre en compte", pondère Muriel Decamps.

"Sept ou huit mois in utero", ça compte

Les jumeaux restent davantage célibataires. Pour la plupart des spécialistes, l’étape fusionnelle est réelle jusqu’à deux ans. Ensuite, c’est aux parents d’essayer de "dégémelliser" les deux enfants. Mais il est vrai que couper le cordon ombilical entre les jumeaux reste parfois délicat à l’âge de la puberté. "Pour moi, la question de la féminité continue de se poser. Ça n’a pas été facile d’avoir un petit copain. On a toujours tendance à le comparer avec son frère", confie Clara. Lorsque la relation avec son jumeau a été bonne pendant l’enfance, il y a ensuite un " phénomène de recherche du conjoint parfait qui peut exister", souligne Muriel Decamps. Mais là encore, pas de règle, comme le résume, le psychologue Fabrice Bak, "les jumeaux, ce sont simplement des frères et sœurs… avec un plus : ils ont passé sept ou huit mois in utero ensemble".