Nominations : les préfets inquiets

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Nominations : les préfets inquiets
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La tendance du gouvernement à nommer des super-policiers inquiète le corps préfectoral.

Le limogeage du préfet de l’Isère a laissé des traces dans le corps préfectoral. A tel point que l'association du corps préfectoral s'est réunie jeudi en session extraordinaire. D’abord pour rendre hommage à Albert Duouy, "un homme de grande valeur" ayant exercé son métier "avec un grand professionnalisme".

"Aucune culture du corps"

Faisant les frais des graves incidents du quartier grenoblois de la Villeneuve, où la mort d'un braqueur a provoqué une flambée de violences, Albert Dupuy a été remplacé par le préfet de la Meuse, Eric Le Douaron, policier de profession. Par ailleurs, dans un contexte de difficultés locales similaires liées à la sécurité, un ancien haut fonctionnaire de police, Christian Lambert, avait été propulsé en avril préfet de Seine-Saint-Denis, là aussi selon le choix du président Nicolas Sarkozy.

"Il y a une grande inquiétude dans le corps préfectoral", a déclaré un préfet en poste à Paris. "C'est très bien de vouloir diversifier les origines" dans le recrutement, mais certains "n'ont aucune culture du corps", faute d'avoir effectué des aller-retours entre Paris et la province et fréquenté différentes directions de préfectures, a-t-il encore estimé. Actuellement, une trentaine de hauts fonctionnaires attendent leur nomination comme préfet. "Chaque nouvelle nomination de l'extérieur est un motif de déception pour eux."

"Etre préfet, un véritable métier"

Selon un membre de la préfectorale du nord de la France, "notre corps a toujours été ouverte à la diversité professionnelle". Mais "la diversité se faisait avant plutôt chez les sous-préfets. Après acclimatation au corps et formation sur le tas, ça débouchait sur des postes de préfets".

"Nous savons que la nomination des préfets relève d'une décision du pouvoir politique, c'est consubstantiel à ce métier, nous l'acceptons, nous l'assumons", notent l'association du corps préfectoral et son président, le préfet d'Ile-de-France Daniel Canepa. Selon ce dernier, "il ne s'agit pas d'opposer des préfets de terrain et des préfets énarques, nous sommes tous des hommes de terrain". Mais "être préfet, c'est un véritable métier: il faut de 20 à 25 ans à un sous-préfet pour être nommé préfet".