Naufrage du Sokalique : début du procès

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Naufrage du Sokalique : début du procès
Le Sokalique avait coulé en 2007 au large du Finistère après une collision avec un cargo@ MAXPPP
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Les marins du cargo mis en cause ne devraient pas se présenter au tribunal de Brest.

L'ouverture de ce procès, cinq ans après les faits, est "un soulagement" pour la veuve du pêcheur qui avait perdu la vie. La justice pénale se penche, à partir de mardi à Brest, sur l'affaire du naufrage du Sokalique. Ce caseyeur breton avait coulé en 2007 au large du Finistère après une collision avec un cargo immatriculé aux îles Kiribati, un micro-Etat du Pacifique.

Un patron resté à bord jusqu'au bout

ocean jasper cargo qui a fait couler le sokalique MAXPPP 930620

© MAXPPP

Dans la nuit du 16 au 17 août, à 60 milles nautiques (110 km) de l'île d'Ouessant, dans les eaux internationales et alors que les conditions météo étaient bonnes, le Sokalique, un bateau de pêche de 19 mètres, et l'Ocean Jasper, un cargo quatre fois plus gros, étaient entrés en collision. Bernard Jobard, patron du caseyeur, resté à la barre jusqu'au dernier moment,  "hurlant sa position à la radio pour alerter les secours", selon la défense, se noie. Les six autres marins réussissent à se hisser sur un radeau de survie, tandis que le vraquier poursuit sa route.

"Comment laisser tout un équipage se noyer ?"

"Ce n'est pas la mer qui l'a tué, c'est le comportement de voyous des mers. S'ils étaient restés sur zone, ils les auraient tous sauvés. Mais ils ont pris la fuite, c'est ignoble", dénonce sur Europe 1 Yvette Jobard, la veuve du patron du Sokalique. "Comment laisser tout un équipage se noyer ? Je ne sais pas comment ils peuvent encore dormir", s'interroge-t-elle. La veuve attend désormais que le tribunal de Brest interdise au commandant du cargo de naviguer. "Je veux que cet accident serve pour éviter d'autres drames", conclut-elle.

Armé par la société Onurhan Denizcilik, le cargo, battant pavillon des îles Kiribati, transportait un chargement de tôles d'acier appartenant à l'entreprise Onurhan Shipping. Les deux sociétés turques sont poursuivies, en tant que personnes morales, pour homicide involontaire, délit de fuite et omission de porter secours à personne en péril. Le capitaine Rafik Agaev et son second, Aziz Mirzoyev, tous deux de nationalité azerbaïdjanaise, ont été mis en examen pour les mêmes chefs. Depuis mai 2011, ils font l'objet d'un mandat d'arrêt international.

Une alarme désactivée parce qu'elle "n'arrêtait pas de sonner"

L'enquête a révélé "un refus de priorité" du cargo et "un défaut de manoeuvre d'évitement" résultant d'un "défaut de veille optique et radar". Le second, à la passerelle lors de l'abordage, a notamment admis avoir coupé l'alarme signalant la proximité des autres navires parce qu'elle... "n'arrêtait pas de sonner". Selon les enquêteurs, les marins du cargo avaient constaté la collision, mais ils ont décidé de poursuivre leur route. Dans l'après-midi, l'armateur avait donné l'ordre au capitaine de regagner au plus vite les eaux internationales, le navire s'étant rapproché des côtes en raison d'une voie d'eau.

L'ancien président de la République Nicolas Sarkozy avait obtenu l'accord de son homologue des Kiribati, pour que l'équipage soit jugé en France et non dans le pays d'immatriculation du cargo, comme le prévoit la convention des Nations unies sur le droit de la mer pour les accidents dans les eaux internationales. L'armateur turc, représentant les deux sociétés poursuivies, sera présent au procès, mais ce ne sera "vraisemblablement" pas le cas du commandant et de son second, a indiqué le parquet de Brest. Le procès, prévu jusqu'à vendredi, pourrait ainsi être écourté.