Musique : les cumulards des festivals

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Musique : les cumulards des festivals
Stromae sera l'une des têtes d'affiche les plus répandues cet été en France.@ Maxppp
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UN AIR DE DEJA VU - Fauve, Stromae, Shaka Ponk : éviter ces artistes cet été ne va pas être chose aisée. Explications.

En scène ! La saison des festivals d’été s’ouvre mardi soir. Le Printemps de Bourges, le plus ancien festival de France, accueille pour l’occasion l’un des artistes phares de l’année musicale en la personne de Stromae. Le concert se jouera à guichets fermés, mais pas de panique pour ceux qui n’ont pas eu de billets : le Belge, comme de nombreux autres artistes, se produira dans la plupart des autres grands festivals de l’été. Un petit de air de “déjà-vu” que nous avons voulu quantifier.

Ils sont partout. Pour bien se rendre compte du phénomène, Europe1.fr a compilé les programmations d’une vingtaine de festivals de l’été 2014, des Eurockéennes de Belfort aux Déferlantes d’Argelès-sur-Mer en passant par Rock en Seine. Conclusion : un peu plus d’une vingtaine d’artistes ou de groupes se trouveront à l’affiche d’au moins cinq de ces festivals, trois d’entre eux dans plus de dix. Les “cumulards” en chef s’appellent Shaka Ponk, Stromae et Fauve qui seront respectivement présents dans douze, treize et quatorze festivals cet été.

Plus le nom de l’artiste est gros, plus il est présent dans de nombreux festivals de l’été

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La réponse des organisateurs. “Stromae va faire un certain nombre de festivals, mais c’était vrai pour Bénabar il y a quatre ans, ça fait un certain moment que ça dure”, se défend Daniel Calling, l’organisateur du Printemps de Bourges. Et d’argumenter : “un festival a besoin d’un certain nombre d’artistes vedettes pour attirer des gens. Il faut des locomotives”, rappelle-t-il.

Ces locomotives sont d’autant plus importantes que ce sont elles qui permettent de remplir les caisses des festivals. Pendant longtemps, c’est l’Etat, au travers des collectivités locales notamment, qui permettait aux festivals de se maintenir à flot financièrement. Au Printemps de Bourges par exemple, il a assumé pendant longtemps un tiers des cinq millions d’euros de budget de l’évènement. En contrepartie, il demandait simplement l’installation du scène pour les jeunes artistes, souvent originaires de la région.

Des scènes et des caisses à remplir. Aujourd’hui, la vie n’est plus aussi rose. Progressivement, l’Etat, se déchargeant de ses missions culturelles, donne moins. Pour remplir les caisses, il faut donc remplir les salles et pour cela, les festivals ne peuvent plus se permettre de prendre des risques. Des têtes d’affiches ultra-connues, c’est l’assurance d’une affluence au rendez-vous.

D’autant maintenant que le robinet des subventions étant fermé, plus besoin d’installer en contrepartie des scènes pour les jeunes artistes locaux. “Ces opérations n’étaient pas rentables pour nous, on perdait de l’argent avec ça”, reconnaît Daniel Calling. Dans la plupart des festivals, tout est donc désormais fait pour accueillir le plus de têtes d’affiches “bankables”.



L’exemple Live Nation. Et pour maximiser les chances de survie financière, les plus gros festivals “mutualisent” les coûtes, s’allient, se concentrent. Daniel Calling, du Printemps de Bourges, a vendu les parts qu’il détenait à la société spécialisée C2G, déjà propriétaire des Francofolies de La Rochelle et organisatrice de nombreux évènements sportifs et culturels.

Parmi les candidats au rachat se trouvait un autre acteur bien connu du milieu sur la scène internationale : Live Nation. L’entreprise, créée en 2005, opère en tant que producteur d’artistes comme Madonna, Shakira ou encore U2, mais organise également de nombreux festivals aux Etats-Unis, et le Main Square Festival d’Arras, en France. Propriétaire ou gestionnaire de salles de concerts, l’entreprise s’est fait une spécialité de créer des “packages” pour les artistes, qui tournent ainsi dans les lieux et festivals en accord avec elle.

Se regrouper, ça permet aussi aux festivals de négocier des cachets au rabais avec les artistes, en signant plusieurs dates à la fois. La contrepartie : c'est que les programmations des festivals continueront à se ressembler. “Ce qui est important, c’est que même avec l’argent privé, il ne faut pas se compromettre dans l’identité du festival”, conclut de son côté Daniel Calling. Les plus petits festivals, qui n'intéressent pas les grands groupes privés, n’auront plus qu’à mettre la clé sous la porte.

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