Mort de Sid-Ahmed : 10 ans de prison

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Mort de Sid-Ahmed : 10 ans de prison
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Le meurtrier du garçon de 11 ans, tué en 2005 à la Courneuve, a vu sa peine réduite en appel.

La Cour d'assises d'appel du Val-de-Marne a condamné mercredi à dix ans de réclusion criminelle le meurtrier du jeune Sid-Ahmed. Ce garçon de 11 ans avait été tué d'une balle perdue en 2005 dans la cité des 4000, en Seine-Saint-Denis, que Nicolas Sarkozy voulait alors "nettoyer au Kärcher".

Moins que les réquisitions

La peine prononcée est légèrement inférieure aux réquisitions. 12 à 14 ans de réclusion criminelle avaient été requis, lundi, contre Mhamoudou Mhadjou. L’homme de 29 ans avait été condamné en première instance à 12 ans de réclusion.

Pris dans un échange de tirs, Sid-Ahmed Hammache avait été mortellement atteint par une balle perdue le 19 juin 2005 au pied de son immeuble de la cité des 4000, à la Courneuve, alors qu'il lavait la voiture de son père.

Les frères Salah et Mohammed Ben Faiza, qui étaient poursuivis pour avoir participé à cette fusillade, ont été respectivement condamnés à 5 ans et 3 ans de réclusion criminelle pour violences volontaires avec arme et complicité de violences volontaires. En première instance, ils avaient écopé tous deux de huit ans de réclusion pour tentative de meurtre et complicité de tentative de meurtre.

"L'horreur de l'absurde"

"Cet enfant est tombé au champ d'horreur de l'absurde", a dit Me Eric Dupond-Moretti, un des avocats de la défense. Pendant une semaine, la Cour a tenté de déchiffrer les codes de la cité des 4000 pour comprendre l'irrationnel : comment trois jeunes, voisins de quelques immeubles et anciens camarades de classe, en sont venus aux armes ce 19 juin 2005.

Les débats ont beaucoup tourné autour du conflit qui opposait les deux clans, deux familles de dix enfants : les Ben Faiza ne pardonnaient pas à Mhamoudou Mhadjou d'avoir eu une liaison avec leur soeur Nadia. "Quand une fille de la cité fréquente un mec de la cité c'est comme un déshonneur", a relaté simplement à l'audience Mohammed Ben Faiza. "Chez nous les musulmans, les enfants se fréquentent pas, s'il veut la fréquenter il lui demande la main."

"Roméo et Juliette" de banlieue

Fait aggravant, Mhamoudou Mhadjou est certes musulman comme les Ben Faiza mais il est noir. "Ce sont plutôt des problèmes culturels qui expliquent qu'on est là" (dans le box), a déclaré le principal accusé, d'origine comorienne. "Je sais pas, c'est l'éducation, un Noir et un Arabe qui s'entendent bien ensemble je crois que j'ai jamais vu ça", a-t-il poursuivi.

"Avec le recul, c'était une connerie (...). On aurait dû accepter" cette relation, a admis Salah, un air de défi dans le regard. Le scénario d'un "Roméo et Juliette" de banlieue n'a toutefois pas convaincu l'avocat général. "Il y a ce vieux conflit mais il y en a un autre que les uns et les autres ont intérêt à cacher", a lancé Jean-Paul Jean.

"C'est la Star Ac' judiciaire"

Selon lui, le dossier "sent le cannabis à plein nez" et la rivalité entre les deux familles était plutôt celle de deux clans qui se disputent un "territoire", "un marché". Délaissée pendant l'enquête, l'hypothèse a fait bondir la défense. "C'est la Star Ac' judiciaire", a tonné Me Dupond-Moretti, accusant le procureur d'avoir livré à "la souveraineté populaire un réquisitoire populiste".

Il faut juger des faits, pas des personnes, avaient dit les avocats de la défense. "Je ne vous demande pas de l'aimer", a résumé Me Philippe Dehapiot, l'avocat de Salah. "Ne faisons pas de l'exorcisme", avait repris Me Lev Forster, l'avocat de Mhamoudou Mhadjou, préférant instruire le procès de cités "criminogènes".

"Si on avait écouté ceux qui dans les années 50, 60 protestaient contre la construction des 4000, qui mettaient en garde contre son caractère criminogène...", a lancé Me Forster. Chômage, tentation communautariste... "C'est une génération sacrifiée", selon Me Dupond-Moretti.