Monsanto : le céréalier devra attendre

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Monsanto : le céréalier devra attendre
Paul François est invalide à 50%@ Maxppp
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Le tribunal de grande instance de Lyon a mis sa décision en délibéré au 13 février.

C'est une procédure unique au civil. La justice a examiné lundi le cas de Paul François, un agriculteur de 47 ans tombé gravement malade en 2004 après avoir manipulé du Lasso, un herbicide. Cet agriculteur de Bernac, en Charente poursuivait la firme Monsanto devant le tribunal de grande instance de Lyon pour avoir commercialisé le Lasso, malgré sa dangerosité. En 2007, ce produit a été interdit en France. Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 13 février.

"Nous attendons du tribunal qu'il déclare Monsanto responsable du préjudice et que l'obligation d'information sur le produit n'était pas respectée sur l'étiquette", a déclaré devant le tribunal son avocat, François Lafforgue.    

Paul François, 47 ans, cultive le maïs dans ce petit village du nord de la Charente. Un jour d'avril 2004, il décide nettoyer sa cuve. C'est alors qu'il inhale du Lasso. Commencent alors cinq mois de malaises et de troubles neurologiques. L'agriculteur restera même cloué au lit pendant cinq mois."J’ai inhalé ce produit parce qu’il en restait dans la cuve. C’est un accident, un concours de circonstances", a raconté Paul François sur Europe 1. "En attendant, je ne savais pas que ce produit que j’utilisais depuis 15 ans pouvait être aussi toxique. Si j’avais su, j’aurais pris d’autres précautions", poursuit le céréalier. "C’est une inhalation aiguë mais les experts ont dit qu'elle venait s’ajouter à une exposition chronique. Ça faisait 15 ans que j’utilisais ce produit", insiste Paul François.

Pour la défense de Monsanto, Jean-Philippe Delsart avance "qu'il n'est pas possible scientifiquement de retrouver des traces du produit sept mois après l'inhalation". Il reproche de plus à l'agriculteur, qui ne portait pas de masque, de ne pas s'être protégé suffisamment.  

"Monsanto savait depuis les années 80"

Pour cet agriculteur, aujourd'hui invalide à 50%, le lien entre le Lasso et ses pertes de mémoire ne fait aucun doute. Le tribunal des affaires sociales et sanitaires a d'ailleurs reconnu le lien entre son accident du travail et sa maladie en 2008. Aujourd'hui, Paul François espère donc démontrer la responsabilité du géant de agroalimentaire mondial et obtenir des dommages et intérêts. "Nous apportons la preuve que Monsanto savait depuis les années 80 car dans d’autres pays des collèges d’experts avaient mis en avant la dangerosité du produit et avait posé de réelles questions à la firme", affirme le producteur de maïs.

"Les maladies apparaissent maintenant"

L'agriculteur charentais n'ose, pour l'instant, rêver d'une indemnisation. Il veut avant tout montrer l'exemple. "J’espère, à travers le procès, qu’une firme comme Monsanto prenne sa part de responsabilité. On montre souvent la responsabilité des agriculteurs dans cette pollution. Ils vont être les premières victimes parce que les maladies apparaissent maintenant. J’ai un collègue de 42 ans qui est décédé. Il avait deux enfants de cinq ans. Les médecins ont mis en avant son métier", conclut-il.