Mohamed Merah n'était pas si solitaire

  • A
  • A
Mohamed Merah n'était pas si solitaire
@ Capture écran
Partagez sur :

Le tueur au scooter avait passé 1863 coups de fil en six mois dont 186 à l'étranger.  

Les rapports de la DCRI mettent à mal la thèse du "loup solitaire" dans l'affaire Mohamed Merah. Ces documents, déclassifiés le 3 août dernier par le ministère de l’Intérieur et transmis à la justice, soulignent en effet que le "tueur au scooter" entretenait de nombreux liens avec les islamistes radicaux.

Au lendemain du raid qui a coûté la vie à Mohamed Merah, le patron de la DCRI à l'époque, Bernard Squarcini, annonçait que le jeune toulousain s'était "radicalisé seul" et qu'il n'appartenait "à aucun réseau". Mais le détail des relevés téléphoniques du tueur à scooter discréditent clairement cette thèse.

Des appels dans 20 pays du monde

En six mois, Mohamed Merah a en effet passé près de 2.000 coups de téléphone dont quelque 200 à des correspondants dans 20 pays, selon le Monde daté de vendredi. Dans un rapport déclassifié, la DCRI note ainsi "1.863 communications relevées entre le 1er septembre 2010 et le 20 février 2011", et notamment 186 appels à des correspondants de l'étranger répartis dans 20 pays différents.

Le "tueur au scooter", repéré dès 2009 par la DCRI, a notamment joint 94 fois, par SMS, ou vocalement, des correspondants en Egypte où séjournait alors son frère Abdlekader. Il a également appelé son père qui vit en Algérie. D'autres correspondants ont été joints en Grande-Bretagne, en Espagne, en Côte d'Ivoire, au Kenya, en Croatie, en Roumanie, en Bolivie, en Thaïlande, en Russie, au Kazhastan, au Laos, à Taïwan, en Turquie, en Arabie Saoudite, aux Emirats arabes unis, en Israël et au Bouthan.

Si l'identité des correspondants de Mohamed Merah n'est pas révélée dans les notes, ces documents accréditent toutefois la piste islamiste et l'influence cruciale du frère de Mohammed Merah, Abdelkader, dans la radicalisation du "tueur au scooter".

Merah surveillé depuis 2009

Ces vingt-trois documents de la DCRI, partiellement déclassifiés, montrent que les services de renseignements avaient repéré Mohamed Merah dès 2009, deux ans après qu'Abdelkader eut été repéré comme membre de la mouvance islamiste radicale de Toulouse. Les deux frères avaient alors fait l'objet d'une surveillance suivie et de plusieurs notes de la DCRI.

Alors qu'en 2010, Mohamed avait rejoint Abdelkader en Egypte. Merah est décrit dans une note comme "la nouvelle recrue toulousaine désireuse d'étudier dans les instituts coraniques du Caire". Mais ce n'est qu'en mars 2011, au retour d'un séjour en Afghanistan, que Mohamed Merah fait l'objet d'un suivi plus poussé. Le tueur de Toulouse tente alors de brouiller les pistes. Il change en effet fréquemment de boitiers de cartes SIM.

Le domicile de Merah sous surveillance

Selon les enquêteurs, Abdelkader a effectué de nombreux voyages en Egypte en coordination avec un des principaux mis en examen de la filière islamiste toulousaine, Sabri Essid, le fils du compagnon de sa mère. Un fonctionnaire fait état d'une "surveillance au domicile de Mohamed Merah, 17, rue du Sergent-Vigné, appartement numéro 2, volets toujours fermés".

"Le dispositif de surveillance dynamique engagé sur Mohamed Merah démontre qu'après une période de latence et d'observation, l'objectif amorce un rapprochement avec la mouvance salafiste toulousaine, en particulier avec [ici le nom est noirci pour préserver sa confidentialité] mais également et plus intéressant encore avec [là, deux noms sont noircis pour les mêmes raisons] tous deux partis récemment en Mauritanie", indique un rapport des fonctionnaires de police.

Les enquêteurs constatent également un "comportement inquiétant". La suite, tragique, est connue de tous. Entre le 11 et le 22 mars 2012, Mohamed Merah organise trois tueries au cours desquels sept personnes seront tuées, trois militaires, trois élèves et un père de famille le 19 mars dans une école juive.