Militaires jugés : "un homme brisé"
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Selon son avocat, un des militaires impliqués dans la mort de Firmin Mahé reconnaît la gravité des faits.

Le climat était tendu mardi à l’ouverture du procès des quatre anciens militaires français jugés devant la cour d’assises de Paris pour le meurtre en 2005 de l'Ivoirien Firmin Mahé. L’avocat de la famille de la victime, Me Fabien Ndoumou a déploré que ses clients n’aient pas pu obtenir à temps leurs visas pour assister au procès.

"J'estime que c'est une question de volonté politique", a-t-il commenté. Le président de la cour d'assises, Olivier Leurent, a demandé au ministère public de faire passer le message aux ministères français susceptibles de régler le problème, c'est-à-dire La Justice, les Affaires étrangères ou l’Intérieur.

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"Un homme humainement est brisé"

Dans une interview au Dauphiné Libéré de mardi, l'adjudant-chef Guy Raugel a dit qu'il regrettait avoir tué Mahé, tout en se disant certain qu'il s'agissait du "pire criminel de l'ouest de la Côte d'Ivoire". Des propos confirmés par l'avocat du colonel Eric Burgaud, Me Alexis Gublin, interrogé au micro d’Europe 1.

"Guy Raugel considère que, dans les choix qui se présentaient à eux, ce n'était pas une bonne solution, c'est une solution qui est inacceptable. Mais c'était la moins mauvaise des solutions, compte tenu des exactions et des crimes commis par Firmin Mahé. Lui et sa bande ont participé de manière directe à 24 meurtres et 4 viols dans le mois qui ont précédé les faits", assure l’avocat du colonel Burgaud.

Ce dernier ajoute que, de son côté, son client ressent une profonde culpabilité. "C'est un homme qui humainement est brisé, parce que cet ordre illégal qui consiste à faire en sorte que quelqu'un meurt, ça va à l'encontre de toutes ses convictions, ses convictions personnelles, ses convictions morales, ses convictions religieuses. Il vit avec ça et quelque soit la décision de la cour d'assises, il vivra avec ça jusqu'à la fin de ses jours", déclare l’avocat. Le procès est prévu jusqu'au 7 décembre.

Firmin Mahé, un criminel ?

Firmin Mahé avait été étouffé avec un sac plastique fixé sur sa tête par du ruban adhésif, alors qu'il était transporté dans un blindé français qui opérait en Côte d'Ivoire au sein de la force Licorne en 2005. Les quatre militaires français, dont un colonel, répondent depuis mardi de leur responsabilité dans la mort de cet Ivoirien de 29 ans.

Les accusés, qui affirment avoir agi sur ordre, considéraient cet homme comme un "coupeur de route", un criminel terrorisant les populations dans la "zone de confiance". Mais pour les proches de Mahé, ce n'était pas un bandit et les militaires l'ont pris pour un autre.

La question des responsabilités de chacun

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L'audience a commencé mardi avec l'interrogatoire d'état-civil des accusés, qui comparaissent tous libres et ont maintenant quitté l'armée. Le colonel Eric Burgaud, 50 ans, chef de corps à l'époque, aujourd'hui cadre en entreprise, est suspecté d’avoir appliqué l’ordre du général Poncet de tuer Firmin Mahé. Concernant les trois militaires présents dans le véhicule blindé, l'adjudant-chef Guy Raugel, a reconnu avoir étouffé le jeune ivoirien, le brigadier-chef Johannes Schnier le maintenait et le brigadier Lianrifou Ben Youssouf conduisait le véhicule.

De son côté, le général Henri Poncet, qui avait été mis en examen pour complicité d'homicide volontaire, a démenti avoir donné l’ordre de tuer Firmin Mahé et a bénéficié d'un non-lieu. Il sera entendu parmi la trentaine de témoins attendu au procès, dont l'ancienne ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie. Tout comme le général Poncet, cette dernière témoignera le 4 décembre.