Meuse : pas de greffe pour Martine

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Meuse : pas de greffe pour Martine
Martine attend une greffe de rein depuis deux ans.@ REUTERS
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Une quinquagénaire se voit refuser une transplantation, malgré la compatibilité du donneur, qui est son demi-frère.

Cela fait maintenant deux ans que Martine Courrier, une habitante de Lérouville, dans la Meuse, attend une greffe de rein. Deux ans que la femme de 57 ans subit trois dialyses par semaine, destinées à débarrasser son organisme des toxines qu’elle ne peut plus évacuer, du fait de son insuffisance rénale.

Son demi-frère, Jean-Pierre, de sept ans son cadet, est prêt à lui faire don d’un rein. Or, un blocage administratif lui refuse ce sacrifice. Même si Jean-Pierre est considéré comme génétiquement "compatible à 99%" avec sa demi-sœur, la demande de greffe a en effet été retoquée par le comité "donneurs vivants" de Nancy, note lundi le site de L'Est Républicain.

Composé d'une équipe médicale de cinq personnes (dont un psychologue, un chirurgien et un membre de la société civile), le comité a pour mission d'informer le donneur sur les risques de la greffe, rappelle à Europe1.fr un médecin de l'Agence de biomédecine, instance qui assure le secrétariat des comités d'experts.

Conformément à son statut, le comité d'experts n’a pas motivé sa décision, puisque ses délibérations se déroulent à huis clos et sont soumises au secret, comme l'explique une autre source à l'Agence de biomédecine.

Xavier Bertrand est intervenu

Martine et Jean-Pierre soutiennent toutefois que le problème est purement juridique. Car aux yeux de la loi, le quinquagénaire n’est pas son frère biologique, condition de recevabilité pour la demande de don. Enfant adultérin, il n’a pas été reconnu à la naissance par son père biologique. Ce dernier a finalement reconnu sa légitimité il y a quelque temps, dans un courrier.

Frère et soeur ont décidé de se tourner vers le ministre de la Santé Xavier Bertrand pour trancher le conflit, car juridiquement, il n'existe pas pour eux de recours spécifique. Le ministère a répondu à leur demande mercredi, en demandant un "rééexamen approfondi du dossier" dans les quinze jours à venir à la directrice générale de l'Agence de biomédecine, Emmanuelle Prada-Bordenave. "Compte tenu de la reconnaissance judiciaire du lien de parenté", de la reconnaissance de l'intérêt thérapeutique et du consentement du donneur, "il me semble normal que ce don puisse avoir lieu", déclare ainsi le ministre dans une lettre à la responsable.

Les refus du comité d’experts sont rares

En 2009, sur 270 dossiers de demande de donneurs d’organes vivants reçus par les neuf comités d’experts de l’Agence de biomédecine français, un seul a été refusé, recense l'Agence de biomédecine.

En France, l’immense majorité des organes greffés sont issus de donneurs décédés. Sur 2.826 greffes d’organes, seules 223 ont été réalisées à partir de dons de personnes vivantes en 2009.