Merah : encore des zones d’ombre

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Merah : encore des zones d’ombre
Après des mois d’enquête, l'enquête sur l'affaire Merah n’a pas permis d'établir toute la vérité.@ TF1
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Un an après le premier crime du "tueur au scooter", des questions restent sans réponse.

Il y a an, le 11 mars 2012, Mohamed Merah entamait son macabre parcours de tueur en assassinant froidement le militaire Imad Ibn Ziaten en pleine rue, à Montauban. Des mois d’enquête n'ont pas permis d'établir toute la vérité. Europe1.fr pointe les zones d’ombre qui entourent encore l’affaire Merah.

Mohamed Merah avait-il des complices ? Présenté peu après les tueries de Toulouse et de Montauban comme un "loup solitaire", Mohamed Merah, le jeune djihadiste toulousain, aurait pu pourtant bénéficier d’aides durant son parcours. Ses nombreux séjours dans des régions peu accessibles de la planète, notamment dans les zones tribales pakistanaises, mettent à mal la version de "l’individu isolé" qui serait "radicalisé seul", comme l'avait affirmé Bernard Squarcini, alors patron patron du renseignement intérieur, peu après les faits.

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Mais, après un an d’enquête, seul Abdelkader Merah, le frère de Mohamed Merah, est aujourd’hui incarcéré. Il a reconnu avoir participé au vol du scooter utilisé par son frère lors des assassinats mais nie avoir été au courant des projets de son cadet. Il a aussi admis qu'un ami commun les accompagnait mais a refusé de livrer son nom. Les enquêteurs sont donc toujours à la recherche de ce "troisième homme". Cinq personnes ont déjà été interpellées dans cette enquête avant d'être relâchées, un scénario qui pourrait encore se répéter dans les mois qui viennent.

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Le renseignement a-t-il défailli ? Mohamed Merah était fiché depuis 2006 comme membre d’un groupe salafiste toulousain. A ce titre, il faisait l’objet d’une étroite surveillance de la part des services de renseignements. Problème, sa fiche de surveillance a été désactivée entre mars 2010 et janvier 2011, sans aucune justification.

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Pour certains, dans le sillage d'Yves Bonnet, l'ancien patron de la DST, Mohamed Merah aurait pu être utilisé comme un "indic" de la part des services de contre-espionnage français. Une théorie farouchement niée par Claude Guéant, alors ministre de l’Intérieur au moment des faits. "Je suis absolument catégorique, il n'a jamais été un indicateur des renseignements français", a-t-il martelé dimanche 10 mars dans l’émission Tous politiques. "Il nous a roulés, ça c'est sûr mais je ne peux pas laisser dire que les services aient été inattentifs et aient été insuffisamment présents sur cette affaire", a précisé l'ancien ministre de Nicolas Sarkozy.

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Les policiers ont-ils été assez vigilants ?La veille du siège de l’appartement toulousain du terroriste, les 21 et 22 mars 2012, des policiers étaient postés autour de l’immeuble de la rue du Sergent-Vigné, à Toulouse pour surveiller les allées et venues du suspect. Or, malgré ce dispositif, Mohamed Merah a pu tromper la vigilance des policiers et sortir de son appartement pour passer un coup de téléphone depuis une cabine téléphonique, le soir du 21 mars. A ce propos, Claude Guéant a reconnu "une défaillance".

Fallait-il lancer l’assaut ?  Le déroulé de l’assaut, le 22 mars à 10h30, soulève lui aussi des questions. Après 32 heures de siège, les hommes du Raid ont investi l’appartement du tueur avec l’objectif de l’interpeller vivant. Cloîtré dans sa salle de bains, Mohamed Merah a surpris les policiers en surgissant et en faisant feu sur les forces de l’ordre. Alors qu’il s’apprêtait à prendre la fuite par le balcon, il a finalement été touché à la tête par le projectile d’un tireur d’élite.  

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Pour Albert Chennouf, le père d’un militaires tués par Mohamed Merah, des ordres ont été donnés pour abattre l’auteur des tueries de Toulouse et Montauban. "Je vise Claude Guéant et Nicolas Sarkozy", a-t-il explicité sur Europe 1, le 6 mars dernier. "Merah vivant, c'est l'affaire Dreyfus de l'Etat français", a-t-il estimé.

D’où venait l'argent de Merah ? Officiellement sans autre ressource que le RSA, Mohamed Merah a dû rassembler des milliers d’euros pour ses nombreux voyages à l’étranger. Il disposait en outre pour perpétrer ses crimes d’un attirail militaire d’une valeur avoisinant les 20.000 euros. Durant le siège de son appartement, Mohamed Merah a confié au négociateur du Raid avoir pu s’acheter cet attirail grâce à des cambriolages. A ce jour, les enquêteurs n’ont toutefois pas pu déterminer avec certitude l’origine de l’argent que Mohamed Merah a dû débourser pour mener à bien ses funestes projets.