Mediator : témoignages accablants contre Servier
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Le laboratoire aurait menti dès l’origine sur la nature du médicament, révèlent Libération et le Figaro.

Nouvelles révélations embarrassantes pour Servier. Libérationet Le Figaro font état mardi de deux auditions dans le cadre du scandale du Mediator, qui tendraient à prouver que le fabricant du médicament aurait menti dès l’origine sur sa nature véritable. Car à en croire les deux témoins, le Mediator était bien un coupe-faim, et non un antidiabétique, comme il a été présenté et vendu à partir de 1973.

"Anorexie presque complète"

Le plus édifiant des témoignages est celui du professeur Jean Charpentier, 81 ans aujourd’hui, et embauché chez Servier en 1968. Il est alors chargé de réaliser des études toxicologiques sur le futur Mediator. Ses conclusions sont claires : "il n’y a pas de propriété pour le diabète mise en évidence à l’époque", a-t-il dit aux enquêteurs, selon

  

Le Figaro. En revanche, "il diminue la faim". Le neurochirurgien a donc été "beaucoup étonné de voir le Mediator sortir comme antidiabétique car ça n'a rien à voir sur le plan expérimental, ni sur le plan clinique". Jean Charpentier avance une explication, par forcément à l’avantage de Servier : "Le choix du diabète s'explique car c'est un domaine infiniment plus rentable pour les labos".

 L’autre témoignage relayé est celui de Jacques Duhault, l’un des découvreurs du Mediator en 1966. Ce docteur en pharmacie aujourd’hui âgé de 79 ans estime que le médicament aurait dû être retiré de la vente en 1999. Surtout, il confirme bien que la molécule était d’abord et avant tout "anorexigène". Un coupe-faim, en clair.

Ces déclarations sont étayées par des rapports retrouvés par les enquêteurs. Dans une étude de janvier 1969, il est écrit que le Mediator provoque le "premier jour une anorexie presque complète". Dans un rapport de la fin de cette même année 1969, le mot "anorexie", est remplacé par l’expression "diminution très importante de la prise de nourriture", moins sensible. Une chose est sûre, en 1973, le dossier de demande d’autorisation de mise sur le marché ne fait aucune mention d’un effet coupe-faim.

"Stratégies commerciales diaboliques"

"C’est terrifiant d’apprendre ça et de le lire de la bouche des inventeurs ou en tout cas des premiers chercheurs du Mediator. Car on imagine une stratégie qui a été élaborée il y a des dizaines d’années", a réagi sur Europe 1 le docteur Irène Frachon, la première à avoir donné l’alerte sur le Mediator. "Le choix stratégique était de décider que le Mediator, qui est un coupe-faim, serait autre chose, un antidiabétique, ce qui permettait de le vendre avec un remboursement par la sécurité sociale, donc une stratégie extrêmement rentable."

Ces témoignages  et ces éléments abondent dans le sens d’une "tromperie" et d’une "tromperie aggravée", infractions sur lesquelles porte l’enquête. Elles menacent jusqu’à l’avenir du laboratoire. Car son assureur, Axa, a déjà prévenu qu’il ne remboursait rien s’il était avéré que le Mediator était bien un coupe-faim. Le laboratoire pourrait donc devoir indemniser seul les victimes de son médicament. Et comme près de cinq millions de personnes ont consommé du Mediator en France, pour un nombre de morts estimé entre 500 et 2.000, la facture pourrait être colossale.

"Pas de tromperie" estime Servier

De son côté, le laboratoire conteste. ""Les laboratoires Servier n’ont pas trompé les autorités en masquant le fait que le Mediator est un coupe-faim, ce qu’il n’était pas", a asséné Me Hervé Témime, avocat de la société. "Servier n’est absolument pas dans le déni. Servier ne conteste pas les travaux qui ont été fait dans les années 1960 et la fin des années 1960 sur cette molécule. Servier considère simplement qu’il n’y a pas eu de tromperie, il n’y a pas eu d’escroquerie, il n’y a pas eu d’obtention indue d’autorisation de mise sur le marché. C’est tout."

Mais la bataille de l’image semble elle définitivement perdue. "La deuxième question très importante posée par ces témoignages est la suivante : ces stratégies commerciales diaboliques de tromperie, concernent-elles exclusivement le Mediator ou d’autres produits des laboratoires Servier ?", s’interroge Irène Frachon. "Je ne serai pas étonnée non plus qu’on ait un certain nombre de surprise et de révélations dans d’autres domaines que celui des coupe-faim."