Mediator : ceux qui accusent Servier

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Mediator : ceux qui accusent Servier
Plus de 350 personnes demanderont réparation à Servier et à son fondateur, accusés de "tromperie aggravée".@ MAXPPP
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TEMOIGNAGE - La première victime du Mediator a été détectée par une pneumologue de Brest.

Elle est celle par qui le scandale sanitaire a éclaté. Martine Kerebel, une infirmière de Brest, est la première patiente victime du Mediator, ce médicament suspecté d'avoir tué entre 500 à 2.000 patients, alors que s'ouvre lundi à Nanterre, le premier procès pénal visant les laboratoires Servier. Plus de 350 personnes demanderont réparation à Servier et à son fondateur, accusés de "tromperie aggravée".

Tout est parti d'un malaise et d'un passage à l'hôpital de Brest, il y a cinq ans. Martine Kerebel s'est retrouvée aux urgences car elle avait de plus en plus de mal à respirer. Les médecins avaient remarqué que son cœur était anormalement fatigué. Depuis plusieurs mois, cette femme prenait du Mediator, un médicament souvent utilisé comme coupe-faim. Dans l'hôpital, il y avait justement un médecin qui s'interrogeait sur les risques du Mediator : la pneumologue Irène Frachon. Après expertises, Martine Kerebel a été reconnue comme étant la première victime "officielle" du Mediator. Elle vit aujourd'hui grâce à des valves artificielles implantées dans le cœur.

"Je reste essoufflée quand je fais de la marche" : 

"Je ne peux plus courir. J'entends le bruit de mes valves quand je suis dans le silence. J'entends comme le tic-tac d'une horloge tout le temps. Ça me gêne pour dormir. Je suis obligée de mettre avec un fond sonore, de la musique ou la télé", témoigne cette victime au micro d'Europe 1. Et pourtant, elle ne sera pas au tribunal à cause du "stress" que lui cause le procès. Elle viendra plus tard mais seulement si c'est pour entendre des "excuses" de Jacques Servier, le fondateur.

"On va arrêter l'enfumage"

La pneumologue Irène Frachon, qui a dénoncé la première les risques du Mediator, sera, elle, bien présente au procès. Elle sera le témoin clé et tentera de démontrer que Jacques Servier a trompé les malades.

"Il se trouve que la tromperie est simple à comprendre. Ce médicament, une fois absorbé, se transforme en poison. Nous avons tous les documents qui montrent que Servier était informé de la concentration de ce poison dans le sang après absorption de Mediator", assure Irène Frachon sur Europe 1. L'accusation va ainsi mettre sur la table un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) de janvier 2010.

"Gagner du temps"

Les avocats de la défense devraient soulever deux questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) et des points de droit susceptibles d'entraîner un renvoi du procès, initialement prévu jusqu'au 6 juillet. "On va arrêter l'enfumage. Il va falloir répondre", affirme Irène Frachon qui dénonce une "fuite en avant". "L'objectif est de gagner du temps et ça ne peut être que par des arguties juridiques parce que sur le plan des faits, ils sont établis. Il faut que le temps de la justice soit aussi le temps des victimes. Ces hurlements des victimes depuis des années ne m'auraient pas laissé en repos", a-t-elle ajouté.

Alors que beaucoup de victimes ont encore du mal à faire reconnaître leurs préjudices devant les experts, ce procès pourraient ainsi permettre d'accélérer les procédures pour obtenir réparation. Jacques Servier risque jusqu'à quatre ans de prison. Les victimes réclament eux jusqu'à 100.000 euros de dommages et intérêts.